Cette mini-série d’horreur-soft située dans un petit village de Terre-Neuve, baptisée «Below» avec Josh Hartnett, Charlie Heaton et Mackenzie Davis, aborde le genre de l’épouvante maritime avec un millier de promesses... non tenues. Je vous explique.
La première séquence de «Below» raconte l’histoire d’une maison flottante transportée d’un point A à un point B et donne un premier aperçu de la menace dont va découler toute l’histoire. Ce qui va arriver à la baraque est saisissant. Puis le récit évoque assez rapidement les populations relocalisées, le parasitage d’Airbnb, puis la fonte des glaces, les maux écologiques, puis emballe tout ça dans le drame d’un père qui tente désespérément avec ses trois enfants, qui eux, rêvent de faire leur vie ailleurs. Enfin, une gigantesque iceberg arrive dans la baie comme une parfaite énigme fantastique. Le tout génère une multitude de possibilités et de questions. Le mystère est bien introduit, la photographie est belle, la manifestation des premiers effets-spéciaux est réussie, les acteurs-actrices sont bons... Bref je me dis qu’on tient là peut-être une petite pépite !
Malheureusement, les révélations qui suivent ne sont pas tout à fait à la hauteur des promesses initiales. «Below» semble ne jamais savoir exactement par quel bout saisir sa dimension horrifique, comme si le film hésitait constamment entre plusieurs approches sans parvenir à en assumer pleinement aucune. La menace, pourtant solidement installée dans cet environnement claustrophobique, perd progressivement de sa substance à mesure que le récit multiplie les péripéties et les situations censées faire monter la tension. Le film bascule alors trop souvent dans un registre franchement bis, où l’accumulation d’événements spectaculaires finit par prendre le pas sur la construction d’une véritable angoisse. Là où j’attendais une terreur sourde, insidieuse, presque viscérale, le long-métrage privilégie des effets de manche qui peinent à convaincre. Cette perte de maîtrise se ressent également dans le traitement de la survie des personnages, dont certaines échappatoires tiennent davantage du miracle scénaristique que d’une réelle logique de mise en scène. Les événements s’enchaînent à un rythme effréné, sans que le film prenne suffisamment le temps de laisser ses situations infuser, ses personnages respirer ou sa menace s’imposer durablement. Tout va trop vite, tout s’accumule, et l’angoisse, faute de pouvoir s’installer, finit par se dissoudre dans le tumulte.
Les apparitions d’une silhouette féminine, dont l’esthétique évoque irrésistiblement celle de «The Ring», constituent un autre symptôme de cette hésitation. Le film semble vouloir convoquer l’imaginaire du spectre insaisissable, cette présence dont la seule apparition suffit à contaminer l’espace d’un malaise profond. Plus que mystérieuse, elle demeure simplement opaque, et le dévoilement de sa véritable nature ne fait qu’accentuer la déception. Là où le surnaturel aurait pu nourrir une ambiguïté fascinante, il débouche sur une explication qui manque cruellement de consistance et de portée dramatique. Le mystère se révèle ainsi moins intrigant que creux, comme si la série avait confondu l’opacité avec la profondeur.
Le personnage incarné par Mackenzie Davis souffre, lui aussi, d’un manque flagrant d’écriture. Il y avait pourtant matière à construire une figure forte, dont la vulnérabilité et les réactions face à l’inexplicable auraient pu devenir l’un des principaux vecteurs d’identification du spectateur. Mais le scénario ne lui offre jamais suffisamment d’épaisseur pour dépasser sa fonction dans le récit. L’actrice se retrouve alors condamnée à une palette de jeu particulièrement restreinte, réduite pour l’essentiel à une expression d’effroi permanent, les yeux écarquillés et le regard figé dans une inquiétude dont les ressorts nous échappent trop souvent.
Aïe aïe aïe... Au terme des 6 épisodes, mon sentiment d’insatisfaction prédomine. Non pas tant parce que «Below» manquerait d’idées ou de potentiel, mais parce que le show ne parvient jamais à transformer ses intuitions en une proposition véritablement cohérente. Trop aspects sont inutilement dilués, d’autres expédiés, tandis que plusieurs pistes prometteuses ne débouchent sur rien de réellement satisfaisant. Trop dommage...