Tout n'est pas parfait, et par là, j'entends le jeu de Je [Kyan Khojandi] qui peut faire grincer des dents quand il s'agit de jouer la colère et surtout, surtout la tristesse.
Tout n'est pas parfait parce qu'on s'attend peut-être à, attention spoilers...
un traitement plus approfondi du personnage de l'Oncle (Éric Laugérias) pendant la maladie et après la mort de son frère (Éric Reynaud-Fourton), de celui de la réalisatrice Sarah Béretil (Alice David) hors plateaux de cinéma et à un arrêt sur image plus long sur l'origine de l'addiction incarnée par Ben (Mikaël Alhawi). Est-ce à dire qu'il y aura une saison 3 ?
Tout n'est pas parfait, comme les moyens mis à contribution pour des mises en scène très recherchées, certes, mais qui peuvent paraître "cheap" (visuellement uniquement), malgré le travail fou et indéniable qu'on sent derrière.
Néanmoins !
Ce n'est pas ça qu'il faut retenir de Bref.2, loin de là.
Ce qu'il faut souligner, c'est plutôt l'implication et la créativité hors du commun mises au service de ce qui était à l'origine une petite capsule sans énormes prétentions rapidement devenue culte pour une génération entière et d'autres à suivre.
Impossible de ne pas relever l'écriture incroyable, le sens du timing, la dramaturgie, le développement des personnages, les recherches qu'il a fallu faire pour aller au fond des choses, le travail sur soi qu'il a fallu réaliser pour donner naissance à chacun de ces 6 épisodes si justes et poignants, de même que la déconstruction de situations qu'on a tous vécues au moins une fois.
Bref.2 est une bombe de vie impudique qui ne s'excuse pas un instant d'aller là où les autres ne vont qu'en surface.
Le temps de 6 épisodes d'une quarantaine de minutes, Kyan Khojandi gratte et creuse au plus profond de sa psyché, prend, tourne et retourne, scrute, déchire, arrache, recolle, décolle, colle à nouveau, pince, tire, fait voler en éclat, tord, dynamite et après seulement, donne des pistes précieuses pour se réparer, tout en laissant à chacun le soin d'y aller de sa propre notice, à son propre tempo.
Alors oui, certains effets de manche ne sont pas forcément indispensables, parfois un poil trop étirés (et encore, c'est sans doute très subjectif), mais on n'en tient pas rigueur trop longtemps à qui que ce soit parce que l'œil de Kyan est si perçant que ça en devient compliqué de ne pas faire un pas de côté après chaque visionnage pour inspirer puis expirer profondément et se demander ce qu'on a à tirer comme leçon de ce qu'on vient de voir. Et ça... Ca, c'est très fort.
Comment s'arrêter trop longtemps sur un jeu un peu gauche, un effet spécial un peu moins impressionnant que ce dont on a l'habitude, un personnage secondaire qu'on aurait aimé voir traité un tout petit peu plus quand, derrière, l'intention réside dans le fait de nous toucher, je dirais même de nous aider, sans céder un seul instant aux lieux communs, à la facilité, tout en respectant le spectateur pour ce qu'il est, dans ce qu'il a de plus intime ?
Bref.2 fait le pari osé de nous présenter un personnage principal [Je/Lui] faillible, empli d'imperfections, embourbé jusqu'au crâne dans un entresoi crasse, affaibli, fruit un peu pourri de son époque, subissant son âge et ankylosé par des bagages bien trop lourds à porter seul, mais qui tente tant bien que mal de s'en sortir.
Et si on a tous un peu de Lui dans notre Je à nous, c'est pour la simple et bonne raison que Je est profondément humain.
Il en faut du vécu pour dépeindre un tel personnage, et c'est en ça qu'on sait que Kyan Khojandi, ses auteurs et sa fidèle troupe de comédiens ne mentent pas.
Bref.2, c'est un peu une tape sur l'épaule, une impulsion, un petit coup de jus vers un reboot personnel offert sous la forme d'une série inventive, riche et profonde à souhait.
On y voit défiler les sujets graves et plus légers, des métaphores inventives, on assiste à de belles reconstitutions de scènes vécues, la part belle est faite à la nostalgie de l'enfance [le premier slow], à la langue aussi [l'emploi du "je"] et aux traits de caractère qui nous entourent tous sans qu'on y prête toujours attention [les Moi aussi].
Traiter d'autant de sujets en 240 minutes environ sans se prendre les pieds dans le tapis est une véritable prouesse.
Un pari gagnant, en l'occurrence.
Voilà à peu près tout ce qu'on doit retenir de Bref.2, qui est une grande réussite et en aucun cas l'illustration d'une hype démesurée.
Si vous sortez du dernier épisode comme vous êtes entré en lançant la série, je me méfierais à votre place.
Dernière chose : Bref.2 aurait pu également être un excellent seul en scène qui se serait imposé indéniablement comme un classique du genre mais qu'importe, l'effet reste le même.
Cette dernière création de Kyan Khojandi nous fait l'effet d'un bout d'orteil placé dans l'entrebâillement d'une porte ouverte sur une grande salle de thérapie accueillante.
Qui peut prétendre provoquer ça chez tout un public éclectique sans se dénaturer ?
Merci de nous avoir fait rire, pleurer, réfléchir en chœur.
Merci pour les remises en question, c'était intense.
Bravo pour le succès, c'est plus que mérité.