Les 82 épisodes de «Bref», de Kyan Khojandi et Bruno Muschio, j’ai toujours aimé. «Bref» c’est des situations cocasses, pas mal de poésie, des gags pétillants et des répliques maintenant cultes. Les aventures «banales» de cet éternel adulescent un peu loser - assez insupportable reconnaissons-le - m’ont toujours titillé les zygomatiques. Suite attendue depuis plus de dix ans par beaucoup, ce n’était pas spécialement mon cas. Puis «Bref 2» débarque...
Cette suite tardive (13 ans plus tard !) m’intriguait, mais m’inquiétait surtout ! 6 fois 30 minutes, je le sentais pas trop. Chez «Bref», j’appréciais le montage haché, parsemé de cette voix off blanche, en mode shortmovie d’une minute trente. Le style emballé fabriquait une véritable petite bombe comique, efficace et colorée. Et puis, j’étais encore trop traumatisé par l’échec artistique du long-métrage «Kaamelot», incapable de produire la même énergie d’une pastille de quelques minutes à un étalement narratif de 2 heures.
Changer ainsi radicalement de format (30/35 minutes par épisode) constituait un risque. Mais la nouvelle formule opère un petit miracle : le rythme caractéristique et soutenu est préservé, tout en insérant dans une narration chronologique assez classique des micro-montages «à la Bref». Mieux : la saison 2 de «Bref» n’aurait pu être qu’un petit bonbon sucré agréable, un shoot de rigolade via une suite de sketchs à vedettes en version plus longue... Quel soulagement, il ne s’agit absolument pas d’un simple copié-collé teinté de nostalgie anodine à la sauce «j’ai 40 ans et je casse mes jouets» !
J’ai trouvé qu’en termes d’enjeux que de concept «Bref 2» va beaucoup plus loin :
1/ Une force indéniable, son méga-casting : Baptiste Lecaplain, Thomas VDB, Bérangère Krief, Alice David, Laura Felpin, Jean-Paul Rouve, Alexandre Astier, Doria Tillier,... Les personnages présents de la saison 1 sont épaissis
2/ J’ai adoré dans les 6 épisodes l’importance donnée aux détails dissimulés dans l’effervescence de la saison précédente. Ils sont à la fois croustillants pour les fans de la S1 et pas franchement sur-utiles, dérangeants ou perturbants pour les petits nouveaux qui découvrent «Bref» à travers la S2. C’est bien la preuve d’une écriture ciselée.
3/ Prêter attention à nos congénères naïfs plutôt que les dédaigner, repérer (enfin) les potes toxiques parmi ses fréquentations, désamorcer bien plus frontalement les vices enfouis d’une masculinité qui se regarde le nombril, appréhender et saisir les voix des autres plutôt que celle qui fait du blabla-ing autocentré dans sa propre tête... On en fait du chemin dans cette série ! Le show déploie un bataillon de métaphores volontairement sur-pédagogiques dressant un étonnant château de cartes psychologique. «Bref 2» devient une forme de thérapie fictionnelle qui porte un regard sur nos familles dysfonctionnelles, sur nos errements ou sur nos déficiences inconscientes. D’ailleurs, au cours des 6 épisodes, l’excellent Alexandre Astier en psychanalyste alcoolo fait office de fil rouge. A la fin, on comprend vraiment les défauts (attachants certes) du personnage joué par Kyan Khojandi. Et, de fait, on s’interroge forcément un peu sur soi aussi.
«Bref 2» réitère la performance de la série «En Thérapie», à savoir une saisissante et troublante séance de psy collective. Une revisite intérieure et bienveillante de ses blessures d’enfance qui fait du bien à ses personnages, et... à ses spectateurs - et avec le rire en plus !
La fin de cette saison 2 est à la fois bien fermée... et très ouverte. Donc tous les espoirs sont donc permis pour une éventuelle saison 3. Son co-créateur, Kyan Khojandi a indiqué qu’il était tout à fait envisageable de faire une suite, mais que celle-ci ne verrait pas le jour avant de longues années. Si une saison 3 se révélerait aussi émouvante, drôle, bien écrite et abordant des sujets à la fois si personnels et autant universels, je peux bien attendre 10 ans ! Bravo !