Bref.2 réussit un pari assez casse-gueule : reprendre une série culte sans simplement refaire la même chose en plus vieux. Le format a changé, l’âge aussi, les névroses se sont épaissies, mais l’écriture garde cette précision chirurgicale qui faisait la force de la première version. C’est toujours ultra-coupé, ultra-rythmé, rempli de trouvailles visuelles, de fulgurances textuelles, de petites idées de montage qui surgissent toutes les trente secondes, mais cette fois avec une ambition émotionnelle beaucoup plus large. La série tape juste parce qu’elle vise des choses très communes — les regrets, les potes qui vieillissent, la famille, les amours ratées, les non-dits, la nostalgie — et qu’elle arrive souvent à les transformer en moments très drôles, puis très touchants, parfois dans le même plan.
La grande réussite, c’est cette impression d’inventivité permanente. Les scénaristes semblent ne jamais choisir la solution paresseuse : une idée devient une image, une image devient une blague, une blague devient un souvenir, et un souvenir finit parfois en uppercut émotionnel. Le format long aurait pu diluer la mécanique de Bref, mais il lui donne au contraire de l’ampleur. On reste dans une série qui coupe énormément, qui parle vite, qui empile les concepts, mais sans que le temps paraisse long. C’est dense, parfois presque trop, mais rarement vide.
Évidemment, tout n’est pas parfait. La série a parfois un côté très donneur de leçons, avec des messages assez appuyés sur la masculinité, les relations, la famille, les blessures intimes, le couple ou l’amitié. Le propos est parfois tellement hurlé par la voix off, puis redoublé par l’image, puis encore souligné par la métaphore visuelle, qu’on a envie de dire : “Oui, c’est bon, on a compris.” Certaines séquences — les batailles façon science-fiction, les voitures-couples, les grandes métaphores émotionnelles — sont brillantes dans l’idée, mais elles peuvent aussi donner une impression de matraquage. La série assume aussi son côté cercle parisiano-auto-centré, avec ses gens qui parlent beaucoup d’eux-mêmes, de leurs traumas, de leurs histoires, de leur sensibilité, au point que cela peut parfois devenir un peu étouffant.
Et puis il y a ce petit miracle scénaristique permanent : le personnage principal, qui ressemble à un type fatigué par la vie, continue pourtant d’enchaîner les conquêtes comme s’il était une sorte de Ryan Gosling de la dépression ordinaire. À force, ça devient presque un gag involontaire. Le mec doute, s’effondre, se cherche, se plaint, se perd, mais il trouve toujours quelqu’un pour l’aimer, le désirer ou le sauver deux scènes plus tard. On y croit moyennement, mais enfin, c’est aussi ça Bref : une autobiographie émotionnelle où le héros est à la fois nul, lucide, touchant, agaçant et beaucoup trop chanceux.
Mais malgré ces réserves, la série frappe fort. L’Académie des oncles est une idée formidable, à la fois drôle, absurde et étonnamment juste. Les passages sur la nostalgie, la famille, les émotions enfouies, les relations qui se défont ou se transforment, fonctionnent très bien. Bref.2 a ce talent rare de faire rire d’une situation minuscule avant de révéler qu’elle disait en réalité quelque chose de beaucoup plus profond. C’est parfois trop écrit, trop souligné, trop conscient de sa propre intelligence, mais c’est aussi souvent brillant.
Au final, Bref.2 est une vraie réussite : inventive, drôle, dense, émouvante, parfois agaçante, mais jamais paresseuse. Une série qui veut beaucoup dire, parfois trop, mais qui a le mérite de le faire avec un sens du rythme, de l’image et de la formule assez impressionnant.
P.S: ils auraient pu un peu plus développé le pauvre Ben et lui donné une fin ou une explication.