- ÉPISODE 1:
Divisée entre une première partie sur l'enfance plutôt réussie et une seconde sur l'âge adulte malheureusement bien loin d'être à la hauteur des espoirs placés en elle, la dernière adaptation de "Ça" (et première sur grand écran), œuvre phare par excellence de Stephen King, nous avait fait quitter la petite ville de Derry et l'appétit féroce de sa créature séculaire avec bien moins de moments réjouissants qu'elle nous en avait réservés à notre accueil, nous faisant redouter que l'on n'assisterait pas à de nouvelles cabrioles de Grippe-Sou au cinéma avant au moins un réel cycle d'hibernation de vingt-sept ans du monstre transdimensionnel dévoreur d'enfants.
Mais, c'est finalement à travers le format d'une série, avec toujours Andy Muschietti et sa sœurette pour chapeauter le projet en compagnie de Bill Skarsgård dans le rôle de son clown emblématique, que "Ça" fait un retour bien plus tôt que prévu, avec la promesse d'un plan en trois saisons se focalisant à rebours sur les réveils de la créature à travers le XXème siècle et les catastrophes qui lui sont conséquentes dans le triste historique de Derry.
Et, avec sa géniale séquence d'ouverture se plaçant directement aux côtés des coups de génie de celles des films en termes d'ambiance terriblement poisseuse, dérangeante et parfaitement en adéquation avec la présence vampirisante de Ça sur cette petite communauté, "Welcome to Derry" fait tout simplement ce que l'on était en droit d'attendre d'une vraie adaptation du roman, notamment sur la partie enfance enfin située au coeur des 60's (et non d'une transposition facile dans les 80's, comme l'avait fait "Ça: Partie 1" en vue de surfer sur le succès de "Stranger Things"... elle-même inspirée de "Ça"), en utilisant ce contexte et l'image d'Épinal de la famille américaine au coeur de la Guerre Froide pour la faire exploser de tous ses vices les plus profondément enfouis à l'écran dans une montée en puissance cauchemardesque qui risque fort de rester dans les annales des manifestations de "Ça".
Pour le reste, la promesse d'une version libérée des contraintes du roman (l'entremêlement entre enfance et âge adulte sur lequel Muschietti a hélas échoué par exemple) semble effectivement bien là, faisant de l'emprise malfaisante de l'entité sur la ville et ses habitants la véritable héroïne de la série et en tordant le cou d'emblée aux attentes du spectateur sur les habituelles forces en présence qu'un tel récit pourrait mettre en scène vis-à-vis de l'adaptation cinématographique qui la précède.
À ce titre, la conclusion de l'épisode, en réponse à ses premières minutes, tient du carnage franchement jouissif et définitivement affranchi de son modèle, nous laissant sur un hurlement strident forcément très intrigant pour la suite des événements.
À voir ce que donnera aussi l'intrigue militaire, se cantonnant pour l'heure à montrer la noirceur bien rationnelle de cette époque mais avec, dans l'équation, un personnage de "Shining" (laissant augurer un vrai King-verse à la "Castle Rock") et l'idée à venir d'une escouade de soldats envoyée aux trousses de Grippe-Sou dans son nid d'égouts, autant dire que "Welcome to Derry" a de l'horreur et des ballons à revendre dans sa besace si elle continue de tracer sa route sur cette voie de grand cirque glauque que pourrait devenir Derry.
-ÉPISODE 2:
Un rapide rappel d'un certain final infernal, la découverte d'un formidable générique d'ouverture (eh oui, ils en font un !), et ce deuxième épisode, qui confirme tout le bien que l'on a pensé du précédent, nous replonge dans la petite communauté "tranquille" de Derry avec l'emménagement de la famille Hanlon et les conséquences forcément traumatiques des derniers événements meurtriers.
Au travers de ces intrigues, cet épisode assoit bel et bien l'ambition de la série de dessiner avant tout les branches du mal qui ronge la ville à ses racines, où le racisme, la violence gratuite et les plus viles corruptions d'êtres innocents sont une corne d'abondance aux manifestations d'un "Ça" s'y étant accroché comme une sangsue.
Évidemment, ce changement d'approche, bien plus posé et réfléchi que l'adaptation cinématographique, qui se contentait la plupart du temps d'empiler les séquences horrifiques en oubliant l'importance de leur liant et de leur cadre, risque de décevoir une partie du public juste venu là pour un simple tour de train fantôme piloté par Grippe-Sou... Tant pis pour eux, ils louperont ce qui est possiblement en train de devenir une vraie bonne adaptation du roman, au sens littéral, qui en conserve et en a compris l'esprit pour offrir de l'inédit au spectateur.
Et c'est d'ailleurs peut-être pour ça que les moments d'horreur de cet épisode marchent encore si bien (supérieurs à environ 80% de ceux des films), ils sont construits dans un climat délétère que la série entretient constamment, n'en faisant finalement que des excroissances monstrueuses, l'expression la plus directe et inimaginable de la créature qui les condense et la rejette aux visages de ses proies les plus innocentes.
Se mettre un drap sur la tête ou aller faire ses courses ne sera sûrement pas pareil pendant quelques temps après cet épisode mais, comme pour le premier, la force de ces séquences n'auraient été rien si si elles n'avaient pas été élaborées par des éléments en amont et autour de personnages perdus dans cirque malfaisant à ciel ouvert qu'est Derry et auxquels on commence vraiment à s'attacher sur la durée (la relation de Lily et Ronnie prise au piège de la corruption adulte par exemple).
On reste juste dubitatif sur l'intrigue militaire, en se demandant où ils vont avec ça, surtout au vu des dernières minutes (et il faudrait que le personnage de Hallorann soit vite défini par autre chose que son aura d'exfiltré de "Shining", pas sûr que le grand public le sache d'ailleurs) mais la confiance est là car, pour une fois, "Ça" paraît vraiment être entre de bonnes mains.
-ÉPISODE 3:
Premier épisode à démontrer de réelles faiblesses visuelles du côté des manifestations de Ça, rappelant d'ailleurs certaines mauvaises idées bien trop CGI-esques de l'adaptation cinématographique (l'obsession du producteur Muschietti pour les humanoïdes aux sérieux problèmes de nutrition refait surface mais cela reste toutefois pardonnable face une scène de poursuite finale au rendu malheureusement assez hideux), cette troisième visite à Derry continue néanmoins sur le fond à tenir ses promesses.
D'abord, par son introduction à un contexte plus ancien que l'on devine aisément comme celui derrière la forme clownesque de Ça (et dont, forcément, on attend beaucoup) mais qui en reste ici, pour l'heure, à une genèse plutôt maligne et inattendue sur d'autres intervenants de la série, visages-clés des différentes communautés de Derry gravitant autour de la créature et amenés à jouer des rôles tout aussi décisifs que parasites durant son cycle de repas de 1962.
À la fois bien pensé pour enrichir le lore, y laisser des pistes en suspens et donner plus de corps à ce qui est en train de se jouer dans la timeline principale de la série, ce prologue nous laisse donc sur un épisode qui va privilégier la donne militaire, véritable innovation dans l'univers de "Ça" par ce qu'elle implique comme regards insoupçonnés d'un camp sur l'autre dans l'affrontement, on le devine, cataclysmique à venir.
Si elle demeure à l'heure actuelle la plus grande prise de risques scénaristique de la série (il va falloir se montrer à la hauteur des enjeux esquissés), cette trame offre des perspectives de plus en plus réjouissantes, notamment par le personnage d'Hallorann placé dangereusement dans le viseur de Ça et, plus largement, de fourmis humaines cherchant à se rapprocher d'une entité qui dépasse leur entendement.
Face à cela, les enfants sont relégués à une mésaventure plus transitionnelle et coutumière du roman et des films, cherchant à forger leur unité de groupe amenée elle aussi à être fondamentale dans la lutte contre ce cauchemar aux multiples visages... dont le plus connu et perfide commence à se laisser entrevoir.
-ÉPISODE 4:
Le troisième épisode s'était clôturé sur une séquence de cimetière aux CGIs bien plus effrayants que n'importe quelle forme de Ça, rappelant les pires errements visuels de l'adaptation cinématographique... Bonne nouvelle (et ce même si tout n'est pas aussi réussi que voulu dans la dernière partie), ce quatrième épisode corrige le tir sur ce plan, avec notamment une étrange et bien ragoûtante expérience "oculaire"qui replace les curseurs de l'horreur délivrée au plus forts du début de saison.
Par ailleurs, on le pressent, l'apparence clownesque de Ça n'a jamais été aussi proche de sortir de l'ombre des silhouettes qu'elle réserve subrepticement ici, comme attisée par le groupe d'enfants sur ses traces et sa propre prise de conscience d'un nouveau danger revêtant l'uniforme militaire (les scènes de la rivière et de la rue, où il laisse entrevoir sa présence omnisciente à un double regard d'importance, n'est évidemment pas un hasard).
Dans ce Derry en forme de reflet exacerbé de tous les maux plus ou moins rampants de l'Amérique, la jeune génération continue en silence d'être le jouet corollaire des peurs entretenues par les adultes (et par le venin que Ça continue d'y injecter à sa façon monstrueuse) pendant que ceux perçus comme des minorités par les autorités, leur hiérarchie ou une civilisation elle-même tentent de lutter contre le poids écrasant de leurs opposants et lever le voile sur la folie qui y gangrène.
Ainsi, que ce soit par la fougue contestataire de Charlotte Hanlon vent debout contre les discriminations d'un système, par le besoin de son mari de comprendre le danger qui s'immisce de plus en plus près de sa famille ou par les secrets malmenés d'une communauté amérindienne première opposante à Ça, ce quatrième épisode continue habilement de tisser sa toile sociétale qui menace de s'enflammer à tout moment, avec le concours des yeux d'une créature devenus ses braises les plus incandescentes.
Si les enfants, très malmenés ici (pauvre Lily), sont toujours les premières proies de Ça, nul doute que ce cycle de 1962 s'annonce aussi comme celui capable d'emporter pas mal de ces adultes dans son sillage car ils sont, eux, la proie de Derry, d'une Amérique qui ouvre quotidiennement sa mâchoire béante sur eux pour s'en nourrir dans l'indifférence.
Comment ne pas finir en parlant du cadeau offert à tous les fans de la première heure du roman "Ça" par le dernier acte ? On pourra tiquer sur l'exécution, peut-être trop rapide et qui aurait mérité d'être peaufinée visuellement, mais, avouons-le, on n'aurait jamais osé rêver de voir un tel flashback autour de Ça se concrétiser à l'écran (même la deuxième partie en film n'avait pas été jusque-là), entre respect du matériau d'origine et nouveaux détails pour le prolonger.
On arrive -déjà- à mi-saison et, on le confirme, "Ça: Welcome to Derry" est sans doute l'adaptation qui a le plus compris l'atmosphère métaphorique putride du récit qu'elle met en scène. Et le meilleur reste sans doute à venir.
-ÉPISODE 5:
La fin de l'épisode 4 nous avait établi les contours du périmètre de chasse de "Ça", et pourquoi Derry était devenu son sanctuaire au fil des siècles, le cinquième lance véritablement les hostilités en envoyant les deux camps majeurs au courant de son existence à sa poursuite en passant par les entrailles de la fameuse maison de Neibolt Street.
À Derry comme dans ses sinistres égouts, des visages se montrent à découvert en faisant tomber leurs masques.
Avec, d'abord, à la surface, celui d'un personnage familier, inattendu, qui signe son grand retour dès la scène d'introduction, et se révèle être un outil scénaristique très bien utilisé pour rapprocher le groupe d'enfants un peu plus près de la mâchoire béante de leur prédateur. Mais aussi, celui d'un autre, dont l'identité était restée sciemment secrète (son interprète n'était affilié à aucun nom au générique jusqu'alors), désormais encore bien plus lié à l'histoire de Derry qu'on ne le pensait et, plus particulièrement ici, au combat que Charlotte Hanlon tente de livrer contre des autorités macérant dans la pestilence de Ça.
Lorsque, inconscients de la démesure du danger auquel ils se frottent, enfants et militaires s'engouffrent dans la tanière du monstre pour le débusquer, c'est évidemment le visage le plus attendu de la série qui se dévoile enfin: celui de Grippe-Sou et de son Bill Skarsgård d'acteur dans une parfaite entrée en scène trahissant toute l'étendue de la duplicité, du don d'ubiquité et de la perfidie d'un être amplifiant les peurs humaines pour se délecter -au sens propre- de ceux qui la ressentent.
Entre des militaires placés ironiquement devant le cauchemar de leur engagement, un tour de passe-passe cruel à faire perdre la tête aux enfants et la première démonstration (dans la série) que la créature peut être stoppée dans son élan de bête affamée, l'arrivée de la forme clownesque et donc de la plus iconique de Ça est une réussite, rivalisant sans mal avec les scènes les plus marquantes des films de Muschietti et résonnant comme une véritable récompense à sa mise en place judicieusement orchestrée dans l'ombre dès le début de "Welcome to Derry". Grippe-Sou est désormais de retour à l'écran et le fait que le carnage final à Derry de ce cycle ne va en être que plus amplifié semble assurer, surtout avec ces militaires placés dans son viseur.
D'ailleurs, le visage de la peur plus profonde qui habite Hallorann est aussi ici mis en lumière, liant de plus en plus la mythologie de "Shining" à "Ça" par l'ouverture d'une dangereuse boîte de Pandore et traduisant également peut-être, par le fait qu'il soit le premier à être victime des vilains tours de Ça, son statut d'opposant à part et à l'importance capital pour la suite des événements. Une suite que l'on attend de pied encore plus ferme. Down with the clown
-ÉPISODE 6:
Si les enfants et une partie des adultes (militaires) se sont retrouvés par hasard réunis dans les égouts de Derry pour y découvrir le rire le plus machiavélique de Ça enfin dans ses habits de cirque, cet épisode 6 va au contraire appuyer sur leur impossible réconciliation face à l'influence néfaste de leur adversaire transdimensionnel.
Des dissensions ont beau éclater au sein du groupe d'enfants suite à leur mésaventure sous terre, ceux-ci vont ici s'affirmer en duos, dans l'innocence de leurs sentiments amoureux maladroits, pour réserver de tendres moments d'émotions naissantes au fil de l'épisode.
À l'exception malheureuse de Lily, obligée de rester momentanément dans une position isolée suite aux remontrances de Ronnie à son égard et qui, quant à elle, va représenter littéralement le schisme dorénavant consommé avec le monde adulte en trouvant refuge chez son aînée confidente, au visage désormais clairement dévoilé et autour duquel l'épisode noue de superbes scènes flashbacks en noir et blanc, parsemées de traces rouges laissées par le clown.
La révélation qui en découle n'est peut-être pas aussi surprenante que voulue au vu de certains éléments antérieurs mais son exécution, elle, est très réussie, créant à la fois un personnage aux facettes complètement inédites dans l'univers de "Ça" et un versant passionnant à explorer sur les zones laissées dans l'obscurité quant à la forme favorite de son monstre. Ce pan de l'histoire, assez tordu et inventif, est extrêmement prometteur et on en redemande.
Du côté adulte, la cavale de Hank Grogan attise toujours plus les bas-instincts de la population locale blanche, conditionnée aisément à se lancer dans une chasse à l'homme sanglante aussi bien par le climat nauséabond de l'époque que par le bon vouloir de Ça, se délectant déjà sans doute des préparatifs de l'apothéose de son cycle auquel tout cela va conduire.
Car oui, le Black Spot, tristement mentionné dans le roman et, ici, seul véritable d'union entre un monde afro-américain oppressé par toute une société et celui d'enfants auxquels les adultes n'offrent aucun crédit, est voué à subir le courroux de haine décuplée de Derry à son encontre, cheval de Troie à peine dissimulé des cabrioles et autres ballons rouge du dévoreur de mondes à nez rouge.
Même Leroy Hanlon, rattrapé par sa violence contenue, et Hallorann, par les pendants les plus noirs de son passé "Shining-esque", ne semblent plus en mesure d'enrayer les rouages machiavéliques installées par Ça vers un massacre inéluctable. À moins que la piste laissée sur une utilisation inattendue du don du deuxième puisse faire un obstacle intéressant.
Plus que deux épisodes avant que Grippe-Sou achève son festin de 1962 et la situation n'a jamais été aussi explosive...
-ÉPISODE 7:
Les prémices de l'Augure, le massacre conclusif du festin cyclique de Ça en 1962, avaient été mis en place à la fin de l'épisode précédent pour mieux exploser dans celui-ci. Les étincelles initiées par les habitants de Derry transformés en meute vengeresse envers la population afro-américaine locale réunie dans l'insouciance du Black Spot vont donc virer au brasier tant redouté...
Mais seulement après un des plus beaux prologues que la série nous ait offert jusque-là, nous téléportant à nouveau en 1908 afin de nous présenter enfin le véritable Robert "Bob" Gray, Grippe-Sou le clown cabriolant dans tout ce qu'il avait alors de plus humain.
Cette séquence d'ouverture est en effet parfaite, avec un numéro d'une touchante poésie tragique faisant entrevoir la douleur qui habite l'homme derrière le maquillage, magnifiquement interprété par un Bill Skarsgård lancé en plein numéro d'artiste muet où les sourires de son clown ne laissent pour une fois présager aucune velléité autre que d'amuser et d'émouvoir son audience.
Là où la force d'une relation père-fille s'impose par l'amour d'un art commun transmis en héritage, le monstre pose son regard omniscient, fasciné par l'aisance de Gray pour attirer les enfants, et jette en toute logique son dévolu sur lui afin de lui dérober ses traits, avec toute la cruauté la plus simple dont il sait faire preuve pour en faire un compagnon de jeu de ses Lumières Mortes.
Les plus attentifs l'auront remarqué, le chef d'orchestre de cette séquence chez ces forains d'un temps lointain n'est autre qu'Andy Muschietti, reprenant à juste titre son rôle-caméo déjà aperçu dans l'épisode 3 car il est ici de nouveau derrière la caméra pour signer la première partie de cette apothéose sanguinaire de la saison.
De retour en 1962, et dès que les choses prennent leur tournant le plus funeste vis-à-vis des fêtards du Black Spot, le réalisateur fait le meilleur choix possible en donnant à cette déflagration de violence gratuite la forme d'un plan-séquence qui en traduit toute l'étendue du chaos, où courent et meurent de nombreux visages piégés dans le désarroi d'un sacerdoce social réduit à sa plus rudimentaire notion de survie à travers les flammes et les balles.
Mais la suffocation de l'incendie atteint ses véritables proportions avec l'arrivée de Ça, venu s'y sustenter de la souffrance et de la peur qui en émanent. Rarement la créature aura bénéficié d'un tel pic de scènes marquantes dans son itération la plus barbare et graphique de bête affamée pour laquelle Muschietti -et les autres réalisateurs- se montrent décidement bien plus imaginatifs et réfléchis qu'au travers de l'adaptation cinématographique (cela reste d'ailleurs bel et bien une constante de la série, Ça et sa facette de Grippe-Sou y sont d'un tout autre niveau à chaque apparition).
En point d'orgue de son carnage, ce qui fait figure de conclusion à l'arc narratif autour du "déguisement" de Grippe-Sou rime aussi avec un sublime coup d'éclat, permettant à un certain personnage d'ouvrir enfin les yeux sur la véritable nature du clown (la tête de ce dernier durant la séquence est une merveille à elle toute seule, fabuleux Bill Skarsgård !) avant de s'y perdre inévitablement, comme à jamais aveuglé par les errements de sa propre tristesse.
Aussi parfaite cette représentation de l'Augure de 1962 soit-elle, elle ne serait sans doute jamais pareille sans la déchirure émotionnelle que nous fait subir l'épisode avec son virage le plus dramatique vis-à-vis d'une partie de ses héros.
Tel un claquement sec de la mâchoire de "Ça" sur notre cœur de spectateur, l'épisode vient malmener beaucoup des attaches créées au fil des sourires et épreuves jusqu'alors pour nous laisser complètement à terre et, bien sûr, nous faire partager les larmes d'une bonne partie des protagonistes face à un des plus injustes fauchages de destinées provoqués par Ça.
Une telle concentration de haine ne pouvait appeler qu'une dose d'amour à des sommets similaires, on ne s'était peut-être pas préparé à en ressentir autant bouleversé, preuve définitive s'il en était besoin que cet avant-dernier épisode est à part par l'envergure du spectacle dans lequel il nous aura tant impliqué par sa progression.
On tiquera peut-être sur la raison qui pousse à continuer l'aventure au-delà, surtout du côté militaire, mais l'idée en elle-même contrecarre une nouvelle fois les attentes autour de l'habituel cycle de Ça (avec un plan génial en ce sens, que l'on n'aurait jamais pensé voir de Lui) et engendre un cliffhanger idéal pour nous maintenant en haleine jusqu'à ce qui s'annonce encore être un feu d'artifice au sein de cette visite dans le passé de Derry. Qui pourrait s'en plaindre après un épisode pareil ?
-ÉPISODE 8:
L'épiphanie du cycle de Ça avait été atteinte, laissant la créature faire son gros dodo digestif bien mérité pour les vingt-sept années à venir... Mais c'était sans compter sur les agissements mal intentionnés de militaires (ceux-ci en resteront à un stade absurde et mal développé, seul vrai gros point noir de cette fin de saison) qui vont briser cet habituel schéma et relancer l'appétit insatiable du clown dans des proportions inédites de chasse de sa part.
Véritablement apocalyptique, l'introduction nous offre en effet un Grippe-Sou libéré de sa principale entrave et qui s'abat désormais sur la totalité de Derry. Finies les manipulations insidieuses émanant des égouts ou les coups de dents distribués dans l'obscurité, Ça arrive en ville au grand jour pour faire son marché et file droit vers son plat préféré réuni en nombre après un petit détour chez l'ami Will. Dès lors, dans une imagerie de carnaval infernal absolument géniale, où le clown fond la vision de ses Lumières Mortes aux notes hypnotisantes du joueur de flûte de Hamelin, adultes et enfants de Derry qui ne sont pas pris dans l'emprise de son brouillard depuis le début de la série vont tout mettre en oeuvre pour l'arrêter.
La série qui s'était mise depuis longtemps à surpasser la version cinématographique de "Ça" pour devenir la meilleure adaptation spirituelle du roman à ce jour se devait de s'achever sur une note épique capable de faire taire tout élan de contestation possible sur ce point. Cet ultime tour de piste de Grippe-Sou, et sans doute son plus dangereux, répond présent à tous les niveaux !
Entre un Bill Skarsgård encore une fois impérial dans la palette de pitreteries morbides délivrées par son clown, jusque dans des facettes trop vite entrevues au cinéma (l'étendue de son omniscience, sa confrontation à quelque chose d'inconnu pour lui), l'union des enfants sans cesse plus forte, entraînée sur un grand huit émotionnel (grâce aux évènements précédents) pour en faire un des plus magnifiques et attachants groupes de Losers que l'on ait vus face à Ça, et leurs proches adultes se jetant à corps perdu dans la bataille afin de soutenir une génération vue comme l'unique lueur d'espoir de leurs maux enracinés à Derry, le combat final de ce cycle "parasité" de 1962 constitue à lui seul un morceau de bravoure continu, spectaculaire, généreux à bien des égards et presque aussi homérique que les souvenirs laissés par la lecture du roman (une certaine tortue aurait même pu voler en arrière-plan que cela ne nous aurait pas choqué !).
Le coup de force de Dick Hallorann, le numéro de marionnettiste de Grippe-Sou sur scène, le plus beau doigt d'honneur de l'année entre sourires et larmes, la plus dingue des sorties scolaires en caravane vue jusqu'ici, la porte laissée entrouverte sur une certaine approche du temps ou encore cet épilogue en forme d'ultime cadeau aux spectateurs de la première heure... "Ça: Welcome to Derry" s'achève sur une espèce de sapin de Noël décoré de tout ce qui peut ravir les fans d'un des romans fondateurs de l'œuvre de Stephen King, avec à son sommet une âme que les films s'étaient peut-être trop contentés d'effleurer et que la série, autant au sein de l'ambiance délétère de sa ville éponyme que dans le cœur de l'enfance chargé de la transcender, a elle réussi à trouver, porter et exploiter sur des versants inédits.
Une des séries de 2025, clairement. Le clown cabriolant va désormais devoir faire aussi fort lors de ses banquets de 1935 et 1908.
On a hâte.