Call of the Night est une série qui m’a globalement plu, surtout pour son ambiance nocturne, sa direction artistique et ses couleurs. Il y a dans cette œuvre quelque chose de très particulier : la nuit n’est pas simplement un décor, elle devient presque un personnage à part entière. On sent que la série cherche à faire de l’obscurité un espace de liberté, de découverte et même d’émerveillement. Sur ce point, elle réussit très bien son pari.
Une ambiance visuelle très réussie
Ce que j’ai le plus apprécié, ce sont les décors, les lieux traversés et l’atmosphère générale. La série donne envie de se perdre dans la ville la nuit, de marcher sans but, de regarder les rues autrement. C’est justement là que réside une grande force de l’œuvre : elle transforme quelque chose de banal en expérience presque magique. La nuit devient un espace de fascination, de calme, mais aussi d’excitation.
Le personnage de Kô incarne bien ce sentiment. C’est un collégien de 14 ans qui ne trouve plus de sens à la vie ordinaire, notamment à l’école, et qui découvre dans les balades nocturnes une forme de liberté. Cette quête peut sembler naïve, voire un peu absurde au départ, mais elle prend progressivement du sens.
Kô n’a pas vraiment de but au début, et son désir de devenir vampire, à la rencontre de Nazuna, apparaît comme une manière de donner une direction à son existence. C’est un ressort narratif simple, mais efficace.
Le duo Kô / Nazuna : original et attachant
La relation entre Kô et Nazuna est également un des gros points forts de la série. Nazuna est un personnage très singulier : elle n’est ni totalement menaçante, ni vraiment romantique au sens classique. Elle fonctionne selon ses propres règles, avec une forme de liberté et de désinvolture qui la rend intéressante. Son rapport aux humains, au sang, au lien affectif et à la transformation vampirique apporte une vraie originalité à l’univers.
Le système de transformation en vampire est d’ailleurs l’un des aspects les plus intéressants de l’œuvre. Le fait qu’un humain ne devienne pas automatiquement vampire après avoir été mordu, mais qu’il doive tomber amoureux du vampire qui le mord dans un certain délai, donne à la série une dimension particulière. Cela crée une tension émotionnelle qui dépasse le simple aspect surnaturel. On n’est pas seulement dans une histoire de monstres, mais aussi dans une réflexion sur le désir, l’attachement et l’identité.
Un univers qui repose sur des règles intéressantes
Ce qui fonctionne bien, c’est que la série ne présente pas les vampires comme de simples créatures sanguinaires. Elle leur donne une moralité différente, une autre manière d’exister. Certains vampires se nourrissent sans nécessairement tuer, et cela nuance beaucoup l’univers. Cette idée évite de tomber dans une vision trop manichéenne du vampire comme créature purement maléfique.
J’ai aussi aimé le fait que la série développe peu à peu ses règles et ses contradictions. On découvre certaines choses au fil du récit, ce qui entretient l’intérêt. L’univers n’est pas seulement esthétique : il a une logique propre, même si cette logique n’est pas toujours parfaitement équilibrée.
Un problème de crédibilité dans certains affrontements
En revanche, il y a un élément qui m’a davantage dérangé : la détective chasseuse de vampires. L’idée du personnage n’est pas mauvaise en soi, surtout si l’on comprend son passé et ses motivations. Mais dans certaines scènes de combat, elle devient peu crédible.
Le problème, c’est qu’elle reste humaine, alors qu’elle parvient pourtant à défier des vampires avec une facilité qui paraît excessive. Les vampires sont censés être des êtres plus rapides, plus puissants, plus dangereux que les humains. Pourtant, cette détective réussit à esquiver, piéger et neutraliser certains vampires d’une manière qui casse un peu la logique interne de l’univers. Cela donne parfois l’impression que les vampires perdent de leur aura de supériorité, ce qui affaiblit la tension dramatique.
Une représentation genrée stéréotypée
Un autre point qui m’a posé problème concerne la manière dont la série représente les vampires masculins et féminins. J’ai eu le sentiment que les vampires féminins étaient souvent associés à la beauté, au charme, au romantisme, à la douceur ou à une forme de fantasmagorie séduisante. À l’inverse, les vampires masculins sont souvent montrés comme plus brutaux, plus bestiaux, plus sales ou plus instables.
Cette opposition m’a dérangé, parce qu’elle crée une forme de déséquilibre. On a parfois l’impression que le côté masculin est systématiquement associé au danger, à l’animalité ou à la monstruosité, tandis que le féminin conserve une image plus séduisante et plus acceptable. Même lorsque des vampires féminins sont violents ou colériques, la série a tendance à les rendre moins dérangeants. Ce traitement peut donner l’impression d’un déséquilibre moral et symbolique.
Une morale parfois ambiguë
La série semble aussi jouer sur une opposition assez nette entre des vampires “acceptables” et des figures plus négatives, mais cette opposition n’est pas toujours très claire. Ce qui m’a intéressé, c’est justement que les vampires que l’on côtoie ne tuent pas forcément leurs victimes : ils se nourrissent, mais sans aller jusqu’au meurtre, sauf en cas de force majeure. En ce sens, c’est la détective humaine qui apparaît, paradoxalement, comme celle qui tue vraiment.
C’est un point assez fort, car cela renverse un peu les attentes classiques. Mais en même temps, la série ne va pas toujours au bout de cette idée. Elle laisse subsister une certaine confusion entre ce qui est moralement acceptable, ce qui ne l’est pas, et la manière dont les personnages sont jugés. C’est probablement ce manque d’équilibre qui empêche la série d’être, à mes yeux, totalement réussie.
Une fin de saison surprenante
C’est justement la fin de la deuxième saison qui cristallise le mieux cette ambiguïté. La révélation des motivations de la détective donne au personnage une épaisseur inattendue : derrière la chasse aux vampires se dessine une volonté d’éradication totale, presque une logique de suppression du mythe lui-même. Son stratagème — provoquer les vampires pour les pousser à la tuer, puis laisser des indices afin de rendre leur existence incontestable et d'imposer ensuite une forme de couvre-feu humain — ajoute à l’intrigue une dimension plus tragique et plus perverse. L’idée est forte : il ne s’agit plus seulement de tuer des vampires, mais de rendre leur monde invivable jusqu’à leur disparition naturelle.
Le dernier mouvement, lorsque Kô empêche la détective d’aller jusqu’au bout de sa logique suicidaire, donne à la conclusion une tonalité étrange, presque suspendue. C’est un dénouement déroutant, parce qu’il ne ferme rien complètement. Il laisse, au contraire, un trouble persistant : la détective n’est plus seulement une antagoniste, elle devient une figure tragique dont la radicalité est déjouée par le regard et l'action de Kô. Je n’en dirai pas plus.
Conclusion
Au final, Call of the Night est une série intéressante, portée par de très belles images, une ambiance nocturne remarquable et des idées originales autour des vampires et de la relation entre Kô et Nazuna. J’ai apprécié son atmosphère, son univers et sa capacité à transformer la nuit en expérience poétique.
Cependant, la série présente aussi plusieurs déséquilibres : certains "combats" manquent de crédibilité, la représentation des personnages masculins et féminins me semble parfois trop asymétrique, et la morale générale de l’œuvre manque par moments de clarté. C’est pour cela que je la trouve bonne, mais pas pleinement convaincante. Elle reste une œuvre avec de vraies qualités, mais aussi avec des failles qui empêchent, selon moi, d’aller plus loin.
Note : 5/10 pour les deux saisons.