Comparer un animé de 1978 avec ce qui peut se faire à l’heure actuel est à peu près aussi pertinent que de vouloir faire courir Carl Lewis à côté d’Usain Bolt…
Oui, graphiquement la série a pris un pète. Les animations sont assez saccadées, les dessins sont parfois approximatifs et il peut y avoir des pertes de son. Mais quel univers riche !
Redécouverte à l’occasion du confinement. Je suis tombé dessus par hasard en zappant sur la chaîne Mangas. Et je me suis surpris à rester dessus un moment.
Cette chaîne rediffuse bon nombre de dessins animés japonais devenus « cultes » qui ont débarqué en force en France au tournant des années 1980 : Goldorak, Albator, Cobra, Jayce et j’en passe… Et force est de constater que la plupart d’entre eux ont effectivement mal vieillis. Il n’y a là rien de plus de normal que d’accuser le poids des années, à l’aune de tous les progrès techniques qui ont été accomplis depuis.
Il ne faut cependant pas oublier la révolution provoquée par l’arrivée de ce type de production à l’époque. Pour les gamins que nous étions, c’était une véritable claque. Après le débarquement de la guerre des étoiles au cinéma, ces mangas permettaient de faire rentrer le space opéra dans le quotidien de millions de petits occidentaux en leur proposant quantité de mondes imaginaires tous plus fantastiques les uns que les autres.
Si je les regardais tous à l’époque à peu près avec la même passion, je dois reconnaître que de les revoir aujourd’hui amène des avis plus tranchés de ma part. Par exemple, Goldorak à qui je vouais un grand culte à l’époque, s’avère en fait assez insupportable, avec quasi-constamment les mêmes mécaniques d’un épisode à l’autre dans un processus de répétition des combats, des musiques et des situations. Des séquences d’animation sont même réutilisées à plusieurs reprises, témoignant d’un procédé de fabrication industriel destiné à fournir plus de quantité que de qualité. Décidément nos regards d’adulte sont parfois bien cruels quand ils éclairent d’un jour nouveau certains souvenirs d’enfance…
Pourtant Capitaine Flam échappe en grande partie à ce petit pincement de lèvre qui vous fait dire « ça a quand même très mal vieilli », grâce à plusieurs aspects.
D’abord, il faut évoquer la qualité de l’univers proposé. En passant sur le côté obsolète de la production graphique, on est bluffé par la variété et l’originalité des contextes proposés. Il y a une véritable recherche dans les civilisations que nous découvrons. Les planètes explorées offrent une faune et une flore d’une très grande richesse, agrémentées par pléthore de races extraterrestres dont certaines sont tout à fait farfelues. Les architectures, les technologies sont très inventives et contribuent à alimenter cette sensation d’évasion dans laquelle nous sommes entraînés.
Ensuite, il faut souligner la solidité des histoires proposées. Ici, il n’y pas de redondance ou de sensation de déjà-vu. Chaque scénario se déroule sur des séquences de 4 épisodes en déroulant un contenu très original. Présentées sous forme d’enquête, ces histoires sont l’occasion pour le Capitaine Flam et ses acolytes de se confronter à des énigmes bien construites. Cette variété est sans aucun doute due au fait qu’il s’agisse de l’adaptation de romans de science fiction d’Edmond Hamilton bien antérieurs à la série.
Enfin, je m’en voudrais de ne pas parler de la musique qui participe immanquablement à la dimension immersive. D’une tonalité disco-jazzy tout à fait dans l’air du temps de l’époque, elle est d’une très grande qualité, basculant de thèmes volontairement minimalistes dans les moments d’investigation propice à la discrétion, à de grandes montées plus stridentes marquant les pics de révélation ou de tension.
Le tout donne une série agréable à faire découvrir à la jeune génération, parmi le choix immense de cette époque où le très bon (comme ici) côtoyait le très mauvais (Jayce et les conquérants de la lumière, quelle horreur!)