Cross
6.2
Cross

Série Prime Video (2024)

Voir la série

Il y a du progrès, mais… [Critique de "Cross", saison par saison]

Saison 1 :

Le dernier pari de la maison Amazon, dans son bras de fer avec Netflix, s’appelle donc Cross, une série qui semble jouer sur du velours puisqu’on parle ici d’adapter les romans de James Patterson consacrés aux enquêtes du détective afro-américain Alex Cross, soit des best-sellers absolus aux USA, dans le genre « trivial », mais pas autant qu’il le paraît, de ce que l’on appelait autrefois des « romans de gare » (à l’époque où les gens emportaient des livres avec eux lorsqu’ils voyageaient en train ou en avion). Rappelons pour ceux qui n’ont pas suivi ce « héros », que si Patterson a déjà pondu une trentaine (oui !) de livres, leurs adaptations à l’écran n’ont rien eu de mémorable : c’est d’abord ce bon Morgan Freeman qui s’y est collé – alors qu’il n’avait pas particulièrement le profil du rôle -, dans deux films assez moyens, Kiss the Girls (1997) et Along Came a Spider (2001). A suivi un très mauvais reboot par Rob Cohen en 2012, Alex Cross, dont le mieux qu’on puisse faire est de continuer à en ignorer l’existence.

Le rôle-clé de Cross a été confié cette fois par Ben Watkins (Hand of God, Burn Notice), le showrunner et scénariste de la série, à un beau gosse baraqué, Aldis Hodge – qui a, a priori, plus l’allure convenant pour jouer un super héros afro-américain chez Marvel ou DC (tiens, d’ailleurs, il a été Hawkman dans Black Adam…). Il a plus à faire, cette fois, pour rendre crédible un personnage de psychologue hyper-cultivé et plutôt intello, qui plus est censé dans cette première saison être complexe et torturé (sa femme a été abattue, comme on le découvre dès les premières minutes du premier épisode, et il ne s’en est toujours pas remis, un an plus tard…). Ne soyons pas trop exigeants, Hodge se tire plutôt bien d’affaire, et ce d’autant qu’il doit se débrouiller avec une écriture la plupart du temps assez superficielle, pour ne pas dire pleine des clichés habituels du genre.

Car on réalise rapidement, après une paire d’épisodes qui se révèlent intrigants, que Cross s’engage sur des sentiers maintes fois empruntés par le genre policier : voici encore un serial killer, particulièrement pervers, qui a monté un plan « diabolique » assez peu logique à partir de ses obsessions pour les tueurs en série US les plus célèbres. Riche et séduisant, blanc (il ne fait plus trop bon être blanc aujourd’hui dans les séries TV US…) et membre de la haute société de Washington DC, Ed Ramsey, bien incarné par un Ryan Eggold qui est sans doute la meilleure raison de regarder la série, est un excellent personnage, desservi lui aussi par les errances du scénario, qui s’aggravent de plus en plus au fil de la saison. Jusqu’à un dernier épisode frôlant le ridicule à force de jouer sur des apparitions quasi miraculeuses des uns et des autres pour sauver les situations inextricables dans lesquelles se trouvent des « victimes » qu’il n’est clairement pas question de laisser mourir (happy end assuré, on l’a deviné depuis longtemps…).

Tout n’est pas mauvais dans Cross, loin de là, et la série reste très honorable pour un téléspectateur qui n’a pas besoin d’être « surpris » : son ancrage dans la réalité des quartiers populaires de la ville de Washington est très crédible (ce qui nous change agréablement de New York et Los Angeles), et les tensions entre les policiers et la population locale, harcelée par les criminels autant que par la police, constituent un contrepoint intéressant à la description de la vie des classes supérieures – blanches ou noires – qui dirigent la ville. Les jeux politiques au sein de la ville, entre la mairie et la police, sans atteindre la complexité de celles des livres de Connelly, sont ainsi plus intéressants que les trucs habituels des « histoires de serial killers ». On appréciera aussi la crédibilité des rapports entre Cross et ses co-équipiers, en particulier son ami proche (Isaiah Mustafa, très convaincant), qui permettent d’enrichir l’intrigue grâce à des relations humaines moins stéréotypées. Et puis, il y a au moins un très bon épisode, le cinquième (What Happens at Ramsey’s), qui laisse entrevoir pendant une heure ce que la série pourrait (aurait pu ?) donner, en sortant un peu plus des sentiers battus.

Il est dommage que les scénaristes de cette première saison aient voulu la complexifier en ajoutant une seconde « intrigue », avec une menace inconnue pesant sur la famille de Cross, dont la résolution finale laisse à désirer, et s’avère même caricaturale. Il est aussi regrettable que, comme dans de nombreuses séries TV, la mise en scène de Cross se contente du strict minimum, avec ce choix « à la mode » mais discutable d’une image uniformément sombre, et des scènes d’action manquant de dynamisme et de tension.

Bref, en dépit d’un matériau de base qui a fait ses preuves, Cross laissera partiellement les amateurs de thrillers intelligents sur leur faim. Il faut néanmoins noter que, fait exceptionnel, la série a vu ses producteurs valider une seconde saison avant même la mise en ligne de la première. C’est dire la confiance qu’Amazon a en son nouveau « produit » !

[Critique écrite en 2024]

https://www.benzinemag.net/2025/01/03/prime-cross-il-y-a-du-progres-mais/

Saison 2 :

La situation politique actuelle de US affecte tellement notre environnement, politique et économique, qu’elle va même jusqu’à contaminer la manière dont nous regardons et apprécions les « produits culturels » états-uniens, et évidemment en premier lieu les films et les séries TV : les dérives qui nous sont rapportées tous les jours dans le comportement des policiers et des agents du FBI « de la vraie vie » polluent littéralement la fiction, et rendent désormais peu crédibles le spectacle (habituel dans le divertissement) d’hommes et de femmes de loi faisant leur métier avec honnêteté, rigueur et indépendance. En résumé, certaines séries TV « standard » sont juste « irregardables » en ce moment.

On ne sait pas si c’est ce constat – que la réalité US dépasse tellement la fiction qu’elle la vide de sa pertinence et de sa crédibilité – qui a convaincu la maison Amazon (dont le Big Boss est pourtant bien introduit dans le système politique corrompu mis en place) de ne pas faire l’autruche, et de nous offrir une seconde saison de sa série « de prestige », Cross, qui ne soit pas tirée d’un livre de James Patterson, mais bien inspirée (de manière indirecte, mais évidente) de certains des sujets actuels qui préoccupent le monde. En tout cas, quelle que soit la raison de cette décision, ça fonctionne !

Lance Durand, le milliardaire qui a fait fortune dans un agro-business pollueur et décuplé par l’intégration de technologies avancées, est menacé de mort, et c’est au brillant Alex Cross qu’on fait appel, en collaboration avec le FBI, pour le protéger. Mais ce que Cross va découvrir sur Durand va le faire douter de l’utilité de son rôle, et lui rendre même sympathiques ceux qui s’attaquent au milliardaire… Un sujet pour le moins osé, qu’on peut – à la limite, mais quand même… – voir comme une légitimation de la résistance aux ordres reçus quand ils ne sont pas moralement acceptables…

Car le Mal, ici, est protéiforme, et adopte les visages que l’on voit chaque jour aux « actualités ». Durand est un Elon Musk crédible, avec toute l’arrogance inhumaine du personnage, mais qui tremperait en outre dans des trafics inavouables (sexuels, en particulier, le clin d’œil à l’affaire Epstein étant évident dans le premier épisode, et également d’enfants pour des motifs « économiques »). Dans cette saison, le FBI est profondément corrompu, la police locale voit ses pouvoirs limités pour des motifs politiques, et les victimes de toutes ces « magouilles » sont avant tout des immigrés clandestins venus du Mexique ou d’Amérique Centrale. Bref, « welcome to the MAGA United States of America » !

Cette seconde saison, comme la première avec le formidable Ed Ramsay, fonctionne avant tout grâce à ses personnages secondaires passionnants, tels Durand (Matthew Lillard, haïssable à souhait), mais surtout Rebecca (Jeanine Mason), la passionaria vengeresse. Notre bonheur serait complet, si Ben Watkins et ses scénaristes n’avaient pas eu la main lourde sur le versant sentimental de la saison : entre la rupture de Cross avec la nouvelle femme de sa vie, son affaire peu crédible (ah, la scène du bal country, ridicule !) avec sa collègue, et surtout le coup de foudre instantané entre Rebecca et son « disciple » qui plonge un moment la série dans le grand n’importe quoi, ce sont les peines de cœur improbables qui tirent cette seconde saison vers le bas, malheureusement.

Quant à la conclusion, elle autorise la série à en rester là, même si un « rebond » est toujours possible dans le monde merveilleux des plateformes de streaming.

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/04/05/prime-cross-saison-2-dans-lactualite/

Eric-Jubilado
7
Écrit par

Créée

le 23 janv. 2025

Modifiée

il y a 4 jours

Critique lue 421 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 421 fois

2

D'autres avis sur Cross

Cross

Cross

7

Eric-Jubilado

6818 critiques

Il y a du progrès, mais… [Critique de "Cross", saison par saison]

Saison 1 :Le dernier pari de la maison Amazon, dans son bras de fer avec Netflix, s’appelle donc Cross, une série qui semble jouer sur du velours puisqu’on parle ici d’adapter les romans de James...

le 23 janv. 2025

Cross

Cross

5

Le_Geekosaure

136 critiques

Cross : Une adaptation ambitieuse mais maladroite ?

Disponible sur Amazon Prime Video, Cross s’inspire des célèbres romans policiers de James Patterson. Cette nouvelle série nous plonge dans l’univers d’Alex Cross, détective et psychologue criminel,...

le 22 nov. 2024

Cross

Cross

Critique de Cross par la douce folie de l'écran

J'ai adoré la démarche du tueur, c'est assez original. C'est bien joué, mais il y a un petit bémol, le traitement de la population noire aurait pu être plus travaillé.Et le dernier épisode est très...

le 19 nov. 2024

Du même critique

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6818 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6818 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6818 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020