- Saison 1 - « Va falloir changer l’eau de la piscine » - « Hitler a fait le plus gros audimat en Allemagne, mais il était pas bien »
Isabelle de Rochechouart aspire à transposer, sur le sol français, l’omnipotente mécanique de Big Brother.
Prolégomènes à une Radiographie du PAF en Mutation
Dès ses premiers instants, la saison inaugurale de Culte s’impose comme une fresque télévisuelle d’une somptueuse densité, où chaque plan semble doté d’une conscience aiguë de la métamorphose tectonique du paysage audiovisuel français. La série, dans une verve presque prophétique, déploie une réflexion subtile sur la genèse insidieuse du phénomène de la télé-réalité, cet avatar moderne de la vacuité érigée en divertissement national. Par une écriture foisonnante et une mise en scène prodigieusement articulée, l’œuvre met à nu les rouages cyniques qui présidèrent à l’émergence d’une ère où la notoriété se mesure moins à l’intellect qu’à la capacité de se laisser scruter.
Une Mise en Abyme Opulente et Délectablement Cruelle
Ce première saison se distingue par une mise en abyme ensorcelante retraçant avec une élégance venimeuse la lutte acharnée pour l’audience entre producteurs, diffuseurs et courtisans médiatiques. Le microcosme des chaînes apparaît comme une ruche bourdonnante d’ambitions effrénées, de manœuvres sibyllines, de rivalités à peine feutrées. La productrice, figure ambitieuse aux appétits adamantins, devient l’allégorie d’un système happé par la quête de visibilité et d’influence.
L’Audace Fictionnelle comme Miroir Déformant du Réel
Dans ce théâtre aux mécanismes délicieusement retors, le casteur surgit comme un personnage volontairement trouble, brouillant les frontières du plausible et de l’affabulation. L’épisode où il introduit dans le dispositif une âme dérangée, se livrant à un onanisme pour le moins indécent à proximité immédiate de Loana — séparée seulement par une vitre salvatrice — confère à la série une puissance allégorique irrécusable car comme il explique si bien « c’est ce que font des millions de français devant leur télévision ». Cette scène, d’une audace folle, illustre à merveille la dérive d’un système prêt à tout pour capter l’attention, tout en révélant la dissonance morale qui irrigue les origines de la télé-réalité.
Dialogues Augures et Observation du Vide
Les dialogues, finement ourlés d’ironie clairvoyante, apportent à l’ensemble un éclat supplémentaire. Entendre que « les lofteurs parlent davantage de fêtes que de politique » résonne comme une sentence implacable, une mise en garde contre l’appauvrissement progressif des imaginaires collectifs. L’écriture s’avère parfois hyperboliquement lucide, en parsemant son récit de remarques qui, sous leurs allures anecdotiques, tracent le portrait alarmant d’une société se délectant de son propre vertige.
Le Verdict : Splendeur Crépusculaire d’un Monde qui se Sabrerait Lui-Même
La dernière image, implacable comme une épitaphe, rappelle que onze mille heures de ce type de programme délétère sont diffusées chaque année. Ce constat donne à l’œuvre la stature d’une œuvre à la fois flamboyante et funeste, où le spectaculaire se conjugue à une réflexion érémitique sur le voyeurisme, le cynisme et l’avidité.
Peut-on divertir à tout prix ? La télévision française a-t-elle encore une morale ?
- Saison 2 - « Les boys ne bandent plus »
Évocation de l’éphémère fulgurance triomphale des 2Be3, météores pop aussitôt exaltés que dissipés.
Préambule d’un Spectateur Parfaitement Désarçonné
Je l’avoue sans détour : je me contre-flûte absolument des 2Be3, dont le destin météorique ne suscite chez moi ni égard particulier ni curiosité nostalgique, d’autant plus que je n’étais même pas né lors de leur brève effervescence. Je m’étais néanmoins naïvement imaginé que cette seconde saison de Culte entreprendrait une dissection analytique et xérophile du phénomène a l’instar de la précédente : l’emprise des producteurs véreux, la fabrication de leur image déifiée, et les rouages profondément troubles de cette machinerie médiatique.
Hélas, le résultat se révèle d’une platitude consternante.
Une Exploration Falote des Enjeux
Là où j’espérais un regard incisif, la série se contente d’un survol languissant. Les enjeux réels — exploitation, mythification, pression commerciale — ne sont qu’effleurés avec une timidité soporifique. Les épisodes se drapent dans une tonalité faussement grave, mais ne parviennent jamais à atteindre la moindre profondeur hermétique. Tout y semble aseptisé.
Une Narration qui S’écrase dans l’Indécision
La saison se déploie avec une inertie brumeuse, oscillant entre l’hagiographie édulcorée et la chronique pseudo-documentaire, sans jamais oser choisir. Les tentatives d’émotion apparaissent artificielles comme si l’on cherchait à insuffler du drame là où il n’existe que vacuité scénaristique.
On peine à discerner la moindre ambition, sinon celle de remplir laborieusement le temps imparti.
Un Éclatement Inexpliqué, la Plus Grande Béance du Récit
Le comble de cette entreprise poussive réside dans son incapacité à élucider ce qui, précisément, devrait constituer son noyau incandescent : la désagrégation du groupe.
Les causes véritables demeurent noyées dans un flou aporétique, comme si l’on craignait d’exposer les fractures, les rancœurs, les pièges contractuels ou les egos manipulés par l’industrie.
Le spectateur ressort non pas éclairé, mais assommé par l’absence d’analyse.
Conclusion : Une Saison Dévitalisée, Incapable de Devenir « Culte »
Bref, cette production échoue à transcender son sujet, se réduisant à une fresque indolente, privée de nerf, de pertinence et de cette lucidité que l’on attend d’une enquête se prétendant rétrospective.
L’œuvre, engoncée dans sa propre prudence, laisse une impression d’inaboutissement chronique : un récit qui se voulait révélateur et qui ne révèle hélas rien, sinon la déconcertante vacuité de son ambition.