Alors que j'ai vu et adoré la version US, je me souviens que je n'avais pas trop aimé la première saison.
La version américaine relève le défi de filmer une thérapie : un huis-clos, des problèmes insolubles et néanmoins peu spectaculaires. Cette série montre avec brio les chemins empruntés par la thérapie pour se rétablir, à défaut de guérir.
Dans cette deuxième saison, je vois à tout moment que ce huis-clos ne suffit plus. Il faut ajouter des rebondissements extérieurs, la vie du psy, comme si les problématiques des patients n'étaient pas assez passionnantes. Et en effet, elles ne le sont pas, d'abord parce que les patients sont toustes rétif-ves à la thérapie. On assiste donc toujours à ce bras de fer et on ne voit pas l'accouchement pratiqué par le thérapeute mais plutôt la parole du thérapeute qui interprète pour les patient-es. Et ça ne m'étonne pas : c'est le fantasme de toustes celleux qui n'ont jamais fait de thérapie, le psy qui comprend tout mieux que tout le monde. Alors que le secret de la thérapie est tellement plus passionnant et fascinant : il s'agit d'accompagner les patient-es dans leur prise de conscience. Pas de formuler à leur place. Cette série ne s'appuie pas dramaturgiquement parlant sur le potentiel d'enquête et de révélation de la thérapie mais créé incessamment des conflits entre le thérapeute et l'analysant. C'est facile et décevant en plus de ne pas refléter la réalité : quel patient paie 80 euros par séance alors qu'il n'a pas envie d'y aller ? ça doit arriver...mais 4 sur 4 ça fait beaucoup.
Et, plus grave, comme dans la saison 1, le docteur Dayan ne respecte pas les règles déontologique de la thérapie sans que ça soit critiqué par les réalisateurices et les scénaristes.
Il accepte de suivre la collaboratrice de son avocat, à la condition, bien maigre qu'elle ne suive plus son dossier (ce qui veut dire qu'elle l'a suivi) et quand elle transgresse la règle, il ne se passe rien.
Il accepte de suivre l'enfant de parents qu'il a vu pour une thérapie de couple ! mais quelle confusion des places ! et il accepte que la mère de l'enfant qu'il suit, vienne au début de la séance de son fils et à sa place !! sans que ça pose aucun problème. Au secours !!
Il accompagne sa patiente malade d'un cancer à l'hôpital, comme s'il n'avait aucun autre patient qui suivait, ou s'il en avait, comme s'il pouvait annuler ses RDV au dernier moment pour le faire ! Sans parler du fait qu'il sort totalement de son rôle à ce moment-là.
Quant à ses séances avec sa "superviseuse", elles sont carrément ridicules
imaginer qu'un thérapeute de son âge en est là de ses prises de consciences vis-à-vis de ses parents et de son histoire familiale ne me semble pas crédible du tout ! Et si c'est le cas, c'est grave, parce que ça veut dire qu'il a très peu travaillé sur lui et qu'il projette énormément sur ses patients !
De plus, comme les autres patients, il est hyper rétif à. la thérapie, mettant toujours en doute ce que lui dit sa collègue...
encore une fois, le seul ressort dramaturgique, c'est l'affrontement, alors que ça pourrait être le mystère, la surprise, l'enquête ! y'a tellement de matière dans une thérapie...celle-ci est bien pauvre.
Le cadre thérapeutique n'est pas du tout clair, pas respecté, tout est mélangé et c'est très grave de laisser penser que c'est normal ou anodin. Si ça se produisait dans la vraie vie et que le patient n'y trouve pas d'inconvénient cela pourrait avoir des conséquences psychiques. Le cadre thérapeutique existe pour protéger le patient de la toute puissance du thérapeute, notamment.
Dans cette série, les scénaristes sont très à l'aise avec leur toute-puissance. A moins que ça ne soit un problème récurrent de mélange des places, comme dans leur dernier film "Juste une illusion" et donc que ça ne soit pas une maladresse mais que ça représente leurs valeurs. Ou plutôt leur absence de valeurs.