Ce qui est bien lorsqu'on fait tourner des comédiens c'est d'éviter que le téléspectateur (ou spectateur tout court d'ailleurs) devine que justement le comédien joue, qu'il récite un texte qu'il a appris la veille, le matin, puis dans la navette qui l'a emmené depuis son Ibis (oui un comédien de série TV France Télévision, à moins d'être un peu connu il dort à l'Ibis, il est déjà content de taffer pas la peine de lui assurer un confort exagéré, c'est le pognon des français quand même non?), enfin dans la loge entrain de se faire maquiller avant qu'un assistant vienne le chercher pour lui dire, timidement, euh... Jérôme (si le comédien en question se prénomme ainsi, cela peut être Stéphane, Brice ou Didier, c'est très variable mais ça vous aviez compris) cela va être à toi sur le plateau.
Cette mini-série de F2 a des ambitions, d'ailleurs elles sont explicitement visibles avec une trame simpliste et une frontière poreuse entre les méchants blancs colons et les gentils noirs asservies, bon à un moment donné la fille du méchant béké couche avec un gros noir tout musclé, elle est amoureuse, tellement amoureuse que cela en devient curieux surtout sur une minuscule île à un coup de fouet de la Réunion en 1806; et puis il y a les méchantes qui font rien qu'embêter les esclaves en leur réclamant de leur montrer leur gros bazar, bon, je m'éparpille, donc cette mini-série de F2 a des ambitions et a filé du boulot à une pelleté de comédiens locaux qui souvent - hélas - roulent des yeux, baissent la tête et récitent des phrases apprises le jour même dans la loge pendant que Marie-Thérèse la maquilleuse œuvre sur leurs beaux visages. Evidemment Olivier Gourmet, Eric Caravaca sont excellents, reste que les épisodes s'enfilent à la queue leu leu comme une suite de shots de rhums. Le premier glisse tout seul, le suivant est plus délicat, à partir du 3ème on titube, quitte à s'emmerder un chouia. C'est bien fait mais on a assez vite deviné de quoi il retourne sans que cela nous oblige à considérer cette mini-série 6 épisodes comme indispensable. Salutaire oui, indispensable c'est selon; bon si cela peut rappeler à certains que la colonisation et par extension l'esclavage fut une abjection on n'a pas tout perdu au change.