Aujourd’hui, il va être question de la saison 2 de la série Amazon Prime Fallout.
Après une saison 1 que j’avais bien aimée tout en critiquant le fait qu’elle était, dans son essence, pas foncièrement du Fallout,
j’attendais la saison 2, surtout vu le teasing de fin de saison 1, avec beaucoup d’impatience.Le cadre de New Vegas, tout l’imaginaire qui va avec et surtout tous les souvenirs que cela induit liés au jeu légendaire…
Autant dire que la douche a été plutôt froide, même à ce niveau-là, parce qu’avec cette saison, j’ai un petit peu l’impression que Bethesda en a profité pour, une nouvelle fois, bien faire comprendre à Obsidian que leur Fallout: New Vegas n’était pas accepté.
C’est tout le paradoxe de cette saga : elle a deux développeurs.
D’un côté Obsidian, de l’autre Bethesda, et malgré le fait que ces deux équipes sont souvent comparées et que maintenant elles sont carrément dans la même entreprise, il y a toujours eu une sorte de petite guerre entre les deux.Je ne vais pas revenir entièrement sur pourquoi la licence est passée d’un studio à l’autre. Il faut juste savoir que Bethesda a racheté Fallout et que, depuis, ce sont eux qui gèrent la licence. Malgré tout, ils ont laissé Obsidian faire un dernier opus, à savoir New Vegas, et cet opus est l’épisode préféré des fans.Et pendant toute cette saison 2 de la série, j’ai eu l’impression que Bethesda réglait ses comptes une nouvelle fois, de façon un petit peu enfantine.
Ils ont pris New Vegas et ils l’ont dilué le plus possible. Ce que les gens aiment dans New Vegas, c’est que c’est un DRPG qui offre le plus de liberté morale ; c’est vraiment l’épisode qui prend le plus en compte cet aspect-là.
Eh bien, dans cette saison 2, cet aspect-là, il s’est fait foutre.
Parce que ce n’est pas compliqué : il n’y a aucune zone de gris. J’ai même envie de dire qu’il n’y a même pas de zone d’ombre.
Tous les personnages sont gentils.
L’univers est gentil.
Les seuls personnages un peu méchants, ce sont ceux de la Légion, et encore, ils sont plus comiques que méchants.
Alors tout l’aspect cynique, l’aspect corrosif du jeu New Vegas, autant l’oublier.Ça va jusqu’au nom, car ici Las Vegas ne s’appelle pas New Vegas, mais bien Las Vegas.
Et si ce n’était que ça, si cette saison 2 n’était qu’une petite pique à un rival mais qu’à côté ils avaient quand même réussi à construire une vraie intrigue…
Eh bien non, même pas. Cette saison 2, pour schématiser, c’est un immense sur-place, c’est un contenu qui devait faire au maximum 1 h 30 / 2 h et qui a été étiré sur 8 h.
Les quatre premiers épisodes de la saison, je pourrais même les qualifier d’épisodes filler.
On rentre dans Las Vegas seulement dans les dernières minutes de l’épisode 4 (la moitié de la saison, pour rappel).
Les quatre premiers épisodes, les personnages sont à côté de Vegas mais n’y mettent pas les pieds. Ils font des quêtes secondaires.
Une fois à Las Vegas, l’épisode 5 est très bien et enfin j’ai eu l’impression que la saison commençait.
Quelle erreur, car juste après il y a l’horrible épisode 6, où il ne se passe strictement rien, mais vraiment.
Et ensuite on a l’épisode 7 et l’épisode 8 qui sont les mieux notés de la saison, donc j’avais de l’espoir.
Au final, à part des révélations qui n’en sont pas vraiment, ils n’offrent rien de plus.Alors oui, enfin, le personnage de Lucy a retrouvé son père et son arc par rapport à ça a en effet été terminé.
De façon extrêmement frustrante, mais plutôt maligne.
Et c’est bien la seule chose qui est terminée dans cette saison.
Le personnage de Maximus, lui, ne sert plus à rien ; il est ramené dans l’intrigue de façon complètement gratuite, avec une énorme facilité scénaristique.
Le personnage du Ghoul, eh bien, arrivé à la fin de la saison, il trouve juste un indice pour savoir où il doit aller à nouveau chercher sa famille, alors que c’était le but de cette saison 2 de les retrouver.
Donc oui, il a fait 8 épisodes pour revenir à la case départ.Le frère de Lucy, alors lui, en tout et pour tout, son segment sur les 8 épisodes cumulés ne doit même pas dépasser les 20 minutes.
Le montage par rapport à ce personnage est atroce.
Et au global, le montage de cette série, en termes de chronologie et de où et quand se passe l’action, est une catastrophe.Pour revenir donc à ce personnage : sur les 8 épisodes, il arrive à sortir de l’abri 31, il arrive dans un bâtiment et il en sort vivant. C’est tout.
Dans le monde de la série, son segment a dû durer même pas une après-midi, alors que le segment avec les autres personnages, on voit très clairement plusieurs jours passés.
Alors il s’est passé quoi ? Ils ont découpé un segment qui devait être présent dans le premier épisode en entier et ils l’ont étiré sur les 8 épisodes ?
Ou ils ont vraiment écrit un truc complètement à l’arrache ?
Parce que je ne vois pas à quel moment tu peux écrire quelque chose comme ça et te dire « je vais étirer ça sur 8 épisodes ».
Parfois tu avais l’action qui revenait à lui pour même pas une minute, et ensuite ça revenait à un autre personnage.
Et toute la série, c’est ça : le rythme est à chier.Je reviens à ce que je disais plus haut : j’ai vraiment l’impression que cette saison 2 est un scénario qui a été écrit pour un ou deux épisodes grand max, et qu’ensuite, pour une raison que je ne connais pas, ils n’avaient plus rien écrit.
Du coup, au lieu de faire un ou deux épisodes complets avec l’histoire qu’ils avaient, ils en ont fait 8 avec cette même histoire.Les segments dans les abris, c’est vraiment le truc où je me suis demandé : mais à quoi ça sert ?
On a toute une partie sur une espèce de club sur les habitants des abris issus de la consanguinité.
Je ne déconne pas : il y a plusieurs segments avec ce club de consanguins et, à la fin de ce segment (c’est-à-dire quand même à l’épisode 7), je ne sais toujours pas à quoi il sert, sauf à étirer la saison et faire un truc un petit peu comique.Et l’un des trucs qui m’a le plus énervé – et là encore, ça revient à quelque chose que je dis plus haut –, c’est à quel point l’univers a été édulcoré.
Il n’y a plus aucune aspérité ; même les personnages qu’on va dire antagonistes ne le sont plus.
J’ai bien aimé dans la saison 1 le retournement de situation par rapport au personnage de la femme Howard, le fait qu’elle soit l’une des instigatrices de la fin du monde : c’était quelque chose de plutôt couillu.
Dans cette saison 2, on apprend qu’en fait non, en fait c’est une gentille mère de famille qui était forcée, et en fait ce n’est même pas sa société qui va faire la fin du monde.
Je ne comprends pas.Le père de Lucy, c’est pareil : le mec, dans la saison 1, on nous le présente comme un gars qui a littéralement nucléarisé une ville.
Alors là, pour le coup, ça on ne lui enlève pas (encore heureux), mais on n’y revient pas non plus.
Car pendant toute la saison, le gars va juste être dans des bureaux et tenter de lobotomiser des gens. Pourquoi faire ?
Pour qu’il devienne gentil, bienveillant et poli.
J’en revenais pas : même lui, son intention, en fait, c’est de rendre les gens gentils.
Je ne sais même pas comment c’est possible de prendre un univers comme Fallout et d’en faire quelque chose d’aussi cucul. On parle quand même d’un univers post-apocalyptique et ça, j’ai l’impression que les showrunners l’ont complètement oublié.Quand on arrive à Las Vegas et qu’on voit la population dans le fond (parce que concrètement ils n’ont aucune importance), ce sont des gens qui font leur vie tranquillement, comme si de rien n’était.
Et puis quand je dis Las Vegas, attention : c’est trois bâtiments au milieu d’une rue et c’est tout.
En termes de décor, cette saison 2… ah, ils se sont vraiment pas lâchés.Et sur toutes ces personnes qui habitent ce lieu, eh bien ce sont des gens que vous pourriez croiser chez vous n’importe où : ils vivent tranquillement, ils vont faire leurs courses, ils disent bonjour aux voisins pépère.
Quoi, monde post-apocalyptique ? Personnages qui doivent se battre pour survivre ? Mais de quoi vous parlez ? Ben non.Où sont les thèmes du post-apocalyptique ?
On nous parle de contrôle de masse pour rendre les gens gentils : c’est plus un thème cyberpunk.
On nous parle de guerre civile, ça à la limite pourquoi pas, mais alors on n’en voit rien.
Et plus globalement, je ne sais pas de quoi a voulu parler cette saison 2.
J’ai bien vu le thème récurrent de la guerre civile certes, mais je comprends pas ce que ça fout là.
Surtout quand au final, eh bien, la guerre civile en question, encore une fois, c’est un à suivre.Pour moi, cette saison 2, je la comparerai à la saison 2 de The Mandalorian.
C’est une saison fan service.
Elle n’a pas pour but de raconter quelque chose, elle a juste pour but de montrer des choses :
« Oh regardez un écorcheur. »
« Oh regardez la NCR. »
« Oh regardez la Légion. »
« Oh regardez un super mutant. »
« Oh regardez un rad scorpion. »
Et la scène post-crédits de l’épisode 8, c’est que ça aussi : regardez le robot géant.C’est tout ce qu’est cette saison 2 : une saison à références, à clins d’œil, une saison de fan service.
Et bien entendu que ça a marché, bien entendu que les gens sont tombés dans le panneau : on leur met devant les yeux ce qu’ils voulaient voir.La saison 1 avait au moins l’intelligence de reprendre la formule des jeux et de très bien l’adapter pour en faire une histoire de série.
Oubliez ça tout de suite pour la saison 2.
Ils ont fait ce que font toutes les mauvaises adaptations de jeux vidéo : c’est-à-dire juste faire des références.
Pourquoi se casser le cul à écrire une histoire quand tu peux juste balancer un truc que les gens connaissent, même si ça sert à rien et que tout le monde est content ?
Et bien oui, le film Super Mario est passé par là entre-temps.
Du coup bah tout le monde suit l’exemple, tout le monde a adoré regarder un patchwork de références et bien du coup maintenant tout le monde va faire un patchwork de références.
Pourquoi faire un effort quand tout le monde trouve génial de juste balancer des easter eggs ?Pour moi, cette saison 2, c’est un NON complet.
Un ratage artistique total. Reste pour elle une très bonne production (même si beaucoup moins ample malgré tout), restent des acteurs impliqués.
Mais en termes d’écriture, c’est une catastrophe totale.
C’est un sacrilège même pour la saga parce que ce que je viens de voir là, ce n’est pas Fallout, c’est même l’inverse.D’ailleurs on est beaucoup plus proche des thématiques, encore une fois, de Westworld (vous savez, l’ancienne série des showrunners, celle qu’ils aimaient vraiment et qu’ils ont été dégoûtés de devoir finir parce que pas renouvelée).
Déjà dans la saison 1, leurs obsessions avaient déteint sur Fallout.
Là, ce n’est même plus déteindre : ils ont littéralement travesti une licence à cause d’une autre.
Cette série n’a que le vernis de Fallout.
Car même l’aspect violent qui avait été salué dans la saison 1 a quasiment disparu toute la saison 2.
Quand je vous dis qu’elle a été édulcorée totalement…Je ne comprends pas que des gens qui ont aimé même la saison 1 puissent dire que cette saison 2 est meilleure.Vous l’aurez compris : je vous déconseille cette saison 2 et, vu comme c’est parti, je pense que la série n’a plus rien à offrir parce que je ne peux plus croire au fait que cette série soit une série Fallout.