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le 15 sept. 2026
SuivreTrois femmes furieuses
Furious ne commence pas de manière très excitante : encore une histoire de serial killer qui sera traquée par une jeune policière – qui est en fait entrée au FBI et passe par de sévères difficultés...
Furious ne commence pas de manière très excitante : encore une histoire de serial killer qui sera traquée par une jeune policière – qui est en fait entrée au FBI et passe par de sévères difficultés dans sa vie personnelle, suite à sa rupture avec son fiancé ! Petite différence quand même, qui semble d’abord improbable, le tueur en série est UNE tueuse (Lola Petticrew, par ailleurs jolie révélation de la série, puisqu’elle peut être tour à tour enfantine, drôle, terrifiante, vulnérable et monstrueuse dans la même scène !). Et très vite, on comprend qu’elle agit par vengeance…
… Mais on réalise aussi que Furious ne va pas jouer les cartes auxquelles nous sommes désormais beaucoup trop habitués. Pas d’énigme puisqu’on sait tout de suite qui est la criminelle, et qu’on découvre assez rapidement son mobile. Ce qui évacue une grande partie des schémas habituels du thriller, de l’enquête policière, pour déplacer Furious vers autre chose. De beaucoup plus douloureux. Et plus original.
Au centre de Furious, il y a un trio de femmes : Catherine, qui tue des hommes par vengeance, parce que demander justice contre des puissants est inutile et vain, dans notre monde ; Alice (Emmy Possum, plus dérangeante encore que Petticrew, dans un rôle très inhabituel, peu plaisant, de femme déséquilibrée, dysfonctionnelle), l’enquêtrice qui se révèle elle aussi victime de violences masculines, de la part de l’homme qu’elle aimait, qu’elle aime peut-être encore ; et Nora, gradée du FBI, alcoolique et provocatrice, travaillant sur les abus sexuels sur des enfants (Quincy Tyler Berstine, très drôle). Les hommes qui gravitent autour de ce noyau « de fureur » sont tous soit des bourreaux, soit des faibles : on imagine bien que nombreuses seront les âmes conservatrices qui s’irriteront de ce portrait à charge de la masculinité en 2026, mais le scénario de Furious, reprenant largement des situations réelles et des comportements avérés de l’Affaire Epstein, peut difficilement être accusé de fictionner de manière invraisemblable.
Si Furious échappe aux pièges du « sujet de société », c’est qu’Elizabeth Meriwether (New Girl, Dying for Sex) utilise habilement l’humour pour éviter que son discours sur les violences faites aux femmes transforme la série en démonstration militante. Car il y a quelque chose de presque grotesque dans certains comportements masculins, dans l’univers des milliardaires aveuglés par leur pouvoir sur le « vulgum pecus », comme dans la bureaucratie policière. De plus, grâce à cet humour, Furious reste supportable, alors que nombreuses sont les scènes qui frôlent l’insoutenable du point de vue moral.
Bien sûr, on pourra regretter le choix « politique » de la série, très « américain », de justifier, au moins partiellement, l’exercice de la vengeance personnelle, une fois admis que le système protège les coupables. La question posée – que l’Affaire Epstein illustre parfaitement dans « le monde réel » – est bien : pourquoi respecter une justice qui n’a pas respecté les victimes ? Le moment où le héros US cesse de croire à la loi est évidemment le point de départ d’une véritable tragédie, qui a souvent été illustrée, dans le western comme dans le thriller, mais Furious parvient à renouveler ce motif en le féminisant et en le psychologisant.
Une poursuite de la série avec une seconde saison est annoncée, ce qui ne nous réjouit guère, l’histoire de Catherine étant proprement bouclée au huitième épisode : on a du mal à voir ce qui pourrait être apporté par une suite, sans redite ni répétition. Mais peut-être devons-nous faire confiance au talent déployé ici par Meriwether pour échapper aux clichés et aux évidences ?
[Critique écrite en 2026]
Créée
le 15 sept. 2026
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