(J'ai modifié mon texte après avoir vu la saison 2)
J'avais entendu parler de cette série, du livre et de ses auteurs depuis un moment. Une personne m'a tannée et tant mieux, car j'ai fait deux belles découvertes que j'aurais pu zapper. D'abord celle de la série, puis quelques mots plus rapides sur le livre.
Donc dans ces six épisodes, pour commencer, l'humour, une fantaisie poétique et énormément d'amour sont utilisés pour évoquer des thèmes plus profonds et angoissants qu'il n'y paraît (l'existence du mal, la fin du monde, l'aspiration dangereuse à la pureté et j'en passe), pour caractériser ou critiquer une époque, son cauchemar technologique et environnemental par exemple. Et ça, j'aime! Ensuite, l'univers visuel (ainsi que sonore) est hyper soigné, et là c'est important puisqu'on joue sur des oppositions en permanence (principalement, on le sait, entre l'ange Aziraphale et le démon Crowley, les forces de l'enfer et celles du paradis -les deux lieux étant assez particuliers, mais la créativité l'emportant dans la représentation glaçante du paradis. Pas étonnant qu'Aziraphale devienne très vite réticent à y passer l'éternité!). Passons sur les techniques d'écriture un peu cousues de fil blanc (on prend un lieu commun du genre "il faut parler à ses plantes" pour en faire un truc plus ou moins utile, mais c'est toujours amusant et ça peut aider à dénouer des situations, par exemple "un père c'est celui qui est présent et pas uniquement un géniteur", héhé), sur la narration un peu fouillis... D'autres qualités sont là.
Et enfin. Evidemment. L'interprétation des deux acteurs principaux, avec les choix radicaux sous jacents : je pense essentiellement à l'orientation vers une touchante et très moderne (non, pas "bien pensante", comme on le lit ici et là) comédie romantique (accompagnée par les choix d'écriture, donc), et c'est là que j'en viens au livre, car c'est un aspect qui me semble en être quasi totalement absent (mais c'est vrai que j'ai lu le livre après le visionnage). Le livre m'a semblé surtout animé par le contexte de la Guerre froide (ne pas oublier qu'il est sorti en 1990) et des inquiétudes qu'elle engendrait (visibles ne serait-ce que parce que les duettistes n'arrêtent pas de se soûler, ce qui reste quand même un peu dans la série). Les remarques sur les deux agents qui restent trop longtemps entre deux mondes, leur côté espions... cela a bien sûr disparu dans la série de 2019, mais le livre gagne à cette adaptation, ne serait-ce que par le double dénouement, époustouflant, de la première saison!
Et donc la saison 2 : une énorme surprise, magnifique, pour moi. J'en avais lu tellement pis que pendre ! Ce serait au bas mot les Sept plaies d'Egypte! "Wokisme", "fan-service", "pas de scénario", que n'avais-je entendu! Alors, pour commencer, les fils d'intrigue sont plus simples, plus linéaires par rapport à la saison 1 (seule, on le rappelle, à être basée sur le livre, mais c'est quand même Gaiman aux commandes en saison 2) mais je les trouve aussi chacun plus denses et émotionnellement plus prenants. Les interrogations sur la destruction de l'humanité ne manquaient pas de saisir, hein, mais là on va dire que les histoires sont plus incarnées, avec des acteurs très en forme. La dynamique Crowley-Aziraphale est exploitée à fond dans toutes ses dimensions, des interrogations métaphysiques à la réflexion sur la nature de leur attachement. La construction du lien entre Nina et Maggie est aussi vraiment touchante et porteuse de scènes dignes des meilleures comédies romantiques brits. Et Gabriel ! Mais! John Hamm reprend son personnage dans une situation bien mystérieuse (j'ai été très surprise par le dénouement) tantôt hilarante, tantôt tellement émouvante. J'ai eu les larmes aux yeux pour lui à plusieurs reprises!
Du coup tout ça semble bien sérieux et bien triste. Alors on ne fait que réfléchir et pleurer dans cette saison? Mais non! et même, quand on pleure, les auteurs nous préparent, nous préviennent et nous consolent ensuite (enfin, à peu près), notamment avec un humour totalement incroyable qui fait penser que le budget "moquette" de la production a été pulvérisé. C'est tout le temps, sans prévenir, dans tous les sens, entre jeux d'acteurs (John Hamm encore, entre autres), personnages et situations surréalistes (cet ange enquêteur!), trouvailles absurdes (les unités de mesures des miracles) et calembours bien basiques (ce "are there shoes in Shua?" qui sort de nulle part est à peu près la seule chose dont je ne me suis pas remise). Explosion également de la qualité visuelle, des couleurs et des lumières, dans les décors déjà connus (je veux aller prendre soin de cette librairie et ce paradis me tente de moins en moins!) ou amenés par le sujet. La séance d'ouverture est magnifique, en plus de nous faire cogiter sur ce qui a pu arriver à Crowley au commencement. Les reprises de façons de faire comme les films de zombies ou gothiques sont très réussies, même si elles s'accompagnent de quelques longueurs (c'est en milieu de saison, on perd un peu de rythme). Les deux derniers épisodes sont haletants, magnifiques visuellement. Evidemment, savoir qu'il y a une suite à cette fin ouverte est une bonne chose, on attend avec impatience et cette fois on est volontaires pour l'Apocalypse!