J'ai pas compris. Voilà une affaire d'espionnage tirée d'un roman de Len Deighton, un remake d'un classique des années 60 qui fut une réussite dans son genre à l'époque, grâce à la présence de Michael Caine dans le rôle principal qui s'est ramassé une brouette de prix pour son interprétation à l'époque, mais aussi grâce à son réalisateur canadien, Sydney Furie, qui n'avait jamais encore rencontré le succès dans son pays et qui à la suite de ce film commença sa carrière en Grande-Bretagne. Sydney Furie avait une mise en scène très originale, adepte des plans cassés, so sixties, pour les échanges entre protagonistes et ses films avaient un rythme fluide, rapide et vigoureux pour l'époque.
Et personne ne parle de cette série ! En gros, c'est l'histoire d'un agent secret futé qui se fait embaucher pour résoudre une affaire d'espionnage dont il va finir par être la victime.
Faire un remake de ce film mythique en 2022 dans le cadre d'une série nous permet de la voir comme un superbe hommage au travail de Sydney Furie.
Cette intro (longuette, je l'admets) était nécessaire pour apprécier le professionalisme du scénariste John Hodge (Trainspotting) et du réalisateur James Watkins (Eden lake) pour porter cette série à l'écran.
En écho au film original, presque tous les plans sont cassés. La fidélité des décors et des costumes est bluffante, les accessoires sélectionnés avec précision. (Sauf une scène avec une 2cv bleue qui fait plutôt années 70)
Le découpage et le montage sont irréprochables, les acteurs excellents: Joe Cole (Peaky blinders) et Lucy Boynton (Bohemian Rhapsody) habitent parfaitement leurs rôles, ils crèvent l'écran par leur présence. Le générique (qui sert de "previously") est daté avec tant de précision que l'on pourrait le croire issu de l'imagination d'un Otto Preminger européen. Le graphisme et les lettrages utilisés sont aussi au style de l'époque. Le tout est proposé comme une grande devinette pour repérer ces références innombrables, comme le lieu de rencontre entre l'espion américain et Jean Courtney (Lucy Boynton) sur la plage, face à une maison déjà repérée je sais plus où, le Picaddilly Circus recréé au hasard d'un court plan et son cinéma attenant, l'Odéon, nous passant un extrait de Le mépris de Godard à l'occasion. Chaque plan nous suggère une familiarité troublante, chaque trouvaille de ce genre est un plaisir de cinéphile.
Appréciant les reconstitutions britanniques sur les années d'après-guerre, pour moi, la référence était The hour une série sur des producteurs d'une émission d'actu dans le cadre rigide de la BBC de l'époque. Je pense que cette dernière a été dépassée par The ipcress file.
Quand le réalisateur et le scénariste (qui sont aussi les producteurs) s'amusent autant pour concevoir et paufiner leur projet, on ne peut que les applaudir. Bravo les artistes!
PS: ... et si quelqu'un peut me trouver le titre du film où l'on voit la maison sur la plage dans le dernier épisode, je lui en serais infiniment reconnaissant.