Genre trop souvent sous-estimé, le mélodrame est pourtant celui qui se rapproche le plus de ce qu'Aristote considérait comme une représentation dramatique productrice d'un effet de « purification » (ou catharsis). C'est le pouvoir de la tragédie ; la pitié et la crainte ressenties à l'extrême par les personnages sont censées répugner les spectateurs des passions qui les ont provoquées. Évidemment, Hotel King n'est pas non plus dans la veine d'Œdipe Roi... Mais le drama offre à voir une palette de destins malheureux, lesquels ne cessent de faire sombrer davantage les protagonistes dans l'infortune.
Pour un peu que vous sachiez faire abstraction de tout sauf du drama en question lors du visionnage, c'est une véritable tristesse qui envahit tout votre être à chaque épisode. Et il n'y a pas mensonge : littéralement à chaque épisode. Au nombre de trente-deux, d'une heure chacun, ces épisodes s'enchaînent sans difficulté et ne m'ont emplie d'aucune lassitude (ce qui est loin d'être le cas de tous les drama, même bien plus courts). Ils sont construits sur un même schéma, certes répétitif mais non rébarbatif : résolution d'un drame - court bonheur - nouveau drame. Il n'est laissé aucun répit, ni aux personnages, ni aux spectateurs (ce dont certains osent se plaindre).
Se déroulant au cœur d'un hôtel raffiné, le drama suit les mésaventures de Cha Jae-Wan (Lee Dong-Wook), le directeur général de l'établissement. Enfant des rues aux États-Unis, rapatrié en Corée — après avoir tué le chef d'un gang alors qu'il n'était pas encore adolescent — par un homme qui se dit être une connaissance de son père, lequel aurait abandonné le jeune Cha Jae-Wan et sa mère pour vivre seul dans le bonheur... Éduqué sous le joug de la vengeance, il intègre ainsi l'hôtel que son père possède, l'hôtel Ciel, avec l'objectif simple de punir son géniteur. En voilà une histoire réjouissante pour bien commencer un drama ! Forcément, tout se complique quand le père en question finit défenestré sans que Cha Jae-Wan ait réellement pu prendre sa vengeance... « Heureusement » pour lui, une nouvelle cible, la fille du défunt (sa sœur donc...), débarque à l'hôtel avec la ferme intention de comprendre ce qui s'est passé et d'occuper la place de présidente qui lui revient de droit...
S'ensuivent un amour proscrit, des mensonges éhontés, des trahisons basses, des révélations tordues... Chaque épisode présente son lot de tristes divulgations et appelle les larmes du héros (et les miennes au passage). Lee Dong-Wook pleure souvent donc, et c'est un beau spectacle en soi. L'acteur retrouve d'ailleurs Lee Da-Hae (elle joue l'héritière), déjà sa partenaire dans My Girl ; ils sont toujours aussi bons ensemble. Côté « méchants » qui s'assument, il y a le très habitué Lee Deok-Hwa, friand des mauvais rôles (coutumier du mélodrame grâce, entre autres, à May Queen) et en réalité ami de Lee Dong-Wook (cf. Roommate, épisode 10).
Je ne gâcherai pas plus la découverte de ce drama et de ses personnages mais atténuerai vos possibles craintes tout de même : Hotel King n'est pas qu'une tragédie. Il y a quelques moments amusants et réconfortants disséminés ici et là ; des sourires soulagés alors que les protagonistes survivent à une crise ; et bien sûr, des histoires d'amour comme on les aime...