Fincher fait du Fincher : House Of Cards est dans la lignée de ZODIAC, SEVEN et THE GAME : une traque obsessionnelle de la vérité, le portrait d'un serial-killer froid et cynique et le récit d'un jeu de manipulation et de pouvoir.
Serial Killer, Kevin Spacey ? Oui comme dans SEVEN, même si ici il ne tue pas vraiment, il est cynique, froid, avide de pouvoir et aime jouer avec l'humanité comme si il en était séparé, tout le portrait du serial killer classique. Et House Of Cards est construit comme ça : ce n'est ni plus ni moins que le récit d'une traque, d'une recherche de la vérité à tout prix.
La photographie est froide et géométrique, plaçant Spacey quasiment tout le temps au centre d'une construction géométrique parfaite, le faisant même parler au spectateur directement : ainsi Francis Underwood est à la fois par l'écriture et par la mise en scène présenté comme extérieur à la série, tellement au dessus du lot qu'il est à la fois du coté du spectateur et de la fiction. Mais est-ce pour autant l'abrogation du quatrième mur ? Et bien je ne crois pas. En fait je pense que Francis Underwood est vraiment malade, et qu'il commente sa vie tout seul, se mettant systématiquement en valeur. Comme s'il n'avait personne avec qui il pouvait partager ses pensées les plus intimes, ses satisfactions les plus cyniques. Solitaire et cruel, Spacey est le prédateur parfait des films de Fincher, celui après qui tout le monde court dans ZODIAC.
J'ai lu que certaines personnes reprochaient à la série de n'être pas réaliste : évidemment ! Ce n'est pas West Wing, le sujet ici n'est pas politique, il est sur la nature du Mal, sur la Vertu, sur la Vérité. Cette obsession du contrôle d'une part, et d'autre part celle de la rigueur qui mène à la Vérité : ne sont elles finalement pas les 2 cotés d'une même pièce ? Les méthodes des journalistes ne sont elles pas les même que celle de Spacey au final ? Les journalistes, de bonne foi, sont tout de même des manipulateurs, ils ont recours au chantage, aux menaces, au sexe, à l’illégalité pour démasquer les agissements de Underwood. Le coté politique dans tout ça est réduit à un simple terrain de jeu, c'est le décorum de la série, il est réduit aux traditionnels jeux de pouvoirs, ici ce sont les mécanismes humains qui sont décortiqués.
Dommage que seuls les deux premiers épisodes réalisés par Ficnher soient vraiment à la hauteur des ambitions de la série. Les deux premiers épisodes sont du cinéma à proprement parler, il y a de vrais idées de mises en scène. La suite de la série devient vraiment télévisuelle pour le coup, dans le sens ou c'est le scénario et les acteurs qui prédominent, tout en gardant la direction artistiques (par ailleurs très belle) voulue par Fincher. C'est un peu dommage.
C'est tout de même une des série les plus ambitieuse du moment sur le plan esthétique et formel, ce qui n'est pas rien.