House of Cards par cinematraque
La première saison suit les pas de Frank Underwood, membre du Congrès Démocrate déçu par une fausse promesse du président Garrett Walker, récemment élu. Pour mener à bien son implacable vengeance politique, Underwood compte sur l’appui de sa femme Claire, dirigeante d’une ONG, et sur ses capacités à manipuler à sa guise les pions dont il aura besoin. S’inscrivant dans la tradition très américaine de la série politique, avec la Maison-Blanche en toile de fond, House of Cards se présente presque comme un négatif de la série d’Aaron Sorkin. Dans The West Wing (1999-2006), l’équipe présidentielle était efficace, solidaire, et très idéaliste (voir les «épisodes de Noël», seule fausse note de la série, qui récitaient la bouche en cœur les idéaux américains) ; quant au président Bartlet, il était intelligent, charismatique et très soucieux de représenter une certaine éthique de la démocratie occidentale.
Ici, le président Walker est un grand dadais fadasse qui semble ne jamais réaliser ce que le machiavélique Frank Underwood trame derrière son dos. Précisément, ce cynisme total du personnage d’Underwood est à la fois l’un des attraits de la série, et l’un de ses principaux problèmes. Car, au-delà de l’absence totale d’empathie pour les personnages (tous ou presque sont corrompus par l’ambition et la soif de pouvoir) qui se révèle au bout de quelques épisodes, c’est la crédibilité même de la série qui est en jeu. Sans être naïf, on peut douter du fait qu’un personnage tel que Frank Underwood soit très vraisemblable, tant est criante son absence de faiblesses : c’est bien simple, il est toujours plus intelligent que tout le monde, et même lorsqu’un grand patron proche du président semble lui tenir tête, il parvient sans trop de difficulté à s’en tirer à son avantage. Quant au dérapage scénaristique du dernier tiers de la saison, il semble bien grossier et fait basculer la série dans un univers caricatural à la Dallas.
Par Benjamin Untereiner pour Cinematraque