Kevin est à l'école, il ne travaille pas. Sa maîtresse d'école, un jour, lui dit qu'il n'arrivera à rien dans sa vie. 20 ans plus tard, la maîtresse est atteinte d'une maladie extrêmement rare, que seul un médecin peut soigner. Le médecin la soigne quand tout à coup, la maîtresse devient pâle, elle ne respire plus et meurt...
Kevin est arrivé et a débranché l'assistance respiratoire pour charger son portable. Vous avez vraiment cru que c'était lui le médecin ?

*Rires*


Kevin can fuck himself est une sitcom de 2021 dans laquelle Ali.. pardon je recommence.

Kevin can fuck himself est une série dramatique diffusée sur AMC dans laquelle Kev... ah mince.

Kevin can fuck himself est un high concept. Une œuvre au concept fort sans lequel on n'aurait p'têt pas lancé 5 minutes du pilot mais qui fait donc bien plus parler pour son dispositif que pour son pitch qu'on pouvait retrouver dans déjà bien d'autres œuvres (là en tête j'ai Comment tuer son boss, une référence pas évidente à mettre en valeur).


Mêlant donc habilement deux genres bien distincts du monde du petit écran, la série de Valerie Armstrong détonne par le pont qu'elle relie entre deux visions de la mise en scène, du storytelling et finalement deux visions de la vie. D'un côté tout n'est que rires enregistrés, punchlines à chaque phrase et insouciance. On filme en plan large, avec des couleurs acidulés et des petits inserts des lieux avec une musique générique. De l'autre, c'est fadeur voir obscurité, plan serré sur les émotions et musique arty pendant les moments tristes. D'un côté il faut désamorcer le moindre problème par une blague, rien n'est conscientisé (ou alors c'est un personnage à part) et à l'instar de Kevin on finit toujours par gagner face à la vie. De l'autre c'est quiproquo après quiproquo jusqu'à être face au mur, l'humour ne peut être que noir et la mort s'invite souvent à la table. Finalement, d'un côté c'est le rêve américain, on consomme, on rigole et on ne pense pas au lendemain alors que de l'autre c'est... Bah le rêve américain ?!


La principale erreur de lecture qu'il peut y avoir avec Kevin can **** ******** est que la partie sitcom serait une version delulu de la réalité tandis que la partie drama serait sans filtre, authentique. Et pourtant, quand la porte se referme, que les rires disparaissent, quand les couleurs fondent, tout ça c'est encore de la télévision. C'est là tout le génie du dispositif qui en faisant tomber le rideau nous laisse alors croire que ça y est, le magicien est en train de nous montrer son tour. Mais quand un prestidigitateur raconte l'envers du décor, il nous manipule toujours. Et ce n'est pas deux trois tours de passe passe qui doivent nous leurrer, car in fine, tout le monde est toujours impeccablement maquillé/coiffé (même dans leurs pires moments), les maisons restent toujours immenses pour une middle classe supposée ne pas pouvoir joindre les deux bouts et l’Amérique reste l’Amérique. Elle déplace juste légèrement ses contradictions, s'autorise à pleurer et à reconnaître certains de ses travers. Mais dans le fond la plupart de ce qui fait le drame de la partie "réelle" de ***** *** **** ******* tient dans ce qu'on retire de la partie sitcom. L'absence de rires, un silence qui finit même par angoisser les personnages comme il a pu angoisser une partie du public arrivée à la fin des années 2000 où le genre perdait en vitesse. Pas d'inquiétudes de la musique plus ou moins diégétique vient remplir les trous. L'image plus sombre et moins colorée, un reflet de la part obscure en chacun de nous mais pourtant visuellement il reste de l’opulence partout.

Kevin c** f*** him*** n'est en surface qu'une pirouette visuelle. Comme s'il suffisait de passer d'un style à un autre pour changer le ton. Une comédie musicale dans Grey's Anatomy, une sitcom dans Supernatural, "un tigre ne change jamais de rayure", c'est pas moi c'est Sawyer qui le dit dans Lost. Mais alors en franchissant les portes interdites que raconte ce show bicéphale ?


KC*H c'est l'histoire d'Alison mariée à Kévin un mec peu reluisant, profondément débile et intensément misogyne. C'est un gag de Tex ou Arthur qui ne s'arrêterait jamais. "Ma femme est chiante" "Hey en vrai vous avez pas marre des bonnes femmes ?". On retirera juste le côté sexe qui n'est jamais un enjeu dans ce couple parce que puritanisme américain oblige et parce que c'est finalement ça le genre le plus USA compatible, la sitcom. Et en particulier celles des années 80 et 90 même si le genre n'a jamais su évolué comme avec les 4 incels de Big Bang Theory ou Barney le queutard de How I Met par exemple. C'est un monde qui en apparence paraît idyllique, ou les contrariétés sont mineures, où on ne bosse jamais (un comble pour un pays où les jours de congés sont précieux) et ou l'argent n'est jamais un problème, même pas une réalité. Et puis dans le fond c'est surtout des couples dysfonctionnels. C'est un monde où la femme est forcement au foyer (alors oui tout le monde y est techniquement mais personne ne fait les tâches ménagères), toujours apprêtée quand bien même elle sort avec un Bidochon et où pour paraître cool elle doit adhérer à toute ses lubies. Ce qu'on nous vend comme le modèle parfait, la famille nucléaire idéale, c'est forcement un système inventé par des mecs où on ne se soucie pas trop de savoir si les femmes sont heureuses puisqu'avant même de leur demander on a déjà répondu à leur place et que de toute façon elles n'ont pas intérêt à répondre non pour casser l'ambiance.

De ce constat, K**** C** F*** H***** nous fait les complices. Transformant alors toute les scènes de sitcom en calvaire dont on souhaite s'échapper avec Alison. Il sous entend qu'on sait que rien ne va parce qu'on est en big 2021 post me too et qu'à priori AMC n'est pas la plus républicaine des séries (pas à gauche pour autant hein) et de toute façon il va nous le faire comprendre de force avec la bascule dans l'autre monde. Il arrive surtout à une ère où plus que le machisme, c'est la sitcom elle même qui est devenue has been. On l'a moqué, parodié, détourné, et même si bon nombre de chaînes du câble épuisent encore le filon jusqu'à l'os, une grande partie du public ne peut plus entendre ses rires enregistrés combinés aux 3 mêmes intérieurs et 6 personnages. Alors avant même qu'on n’apprenne la dépression d'Alison on a déjà un peu de la peine pour elle, perdue au milieu de ses idiots qui font marrer une audience qui n'existe plus, plus maintenant.


Le problème c'est que pour que l'"Upside Down" puisse exister il faut tout de même valider le carnaval. Et donc à nous de se demander à peu près dès la cinquième minute ce qu'une femme aussi respectable, charmante et intelligente fait avec un énorme enfoiré qui ne sait même pas lasser ses chaussures. Parce que quand la sitcom fonctionne par elle même et rien que pour elle, elle fait sens. On ne se demande pas comment les trentenaires perdu•es de Friends vivent dans de si grands apparts new-yorkais, on se fiche de savoir qui ferait 2 fois des enfants avec l'immonde déchet de Mariés, deux enfants. Il n'y a pas le temps pour la réflexion parce que la société s'efface au profit d'un microcosme régi par ses propre règles. Tout fait sens quand plus rien ne fait sens. On finit par supputer que les sitcoms ne nous montre que des weekends, que l'argent vient d'ailleurs, que les couples se mettent ensemble faute de mieux. On fait bien toute les histoires qu'on veut car les séries elles, ne nous montrent que des Thanksgivings, Noël et Springbreak à répétition. Parce que réfléchir deux minutes à sa condition c'est triste et que les seuls chagrins acceptés ce sont ceux d'amour, qui se règle en général la saison suivante, avec une remplaçante, avec des excuses sous la pluie.

Mais alors quand Kevin quitte le salon, quand le lien indéfectible des deux non amoureux se défait et que toute la mise en scène change, eh bien il est toujours là le couple. La maison ne s'autodétruit pas, la vie continue, on a juste changé de paires de lunettes. Seize épisodes, c'est le temps qu'il faudra pour que **F* réponde à la question qui m'a pourtant tenu en haleine "QU4EST CE QUE TU FOUS AVEC CETTE RACLURE DE BIDET ?8?8?". Et loin de moi de penser que la série fait exprès de laisser ça en suspend ou même d'en faire un point d’intérêt principal, juste je trouve ça énormément frustrant et peu satisfaisant dans les réponses finalement apportées. Un pauvre flashback sitcomesque nous montrera une rencontre toujours invraisemblable, des discussions nous laisseront comprendre qu'il était drôle et que les parents étaient abusifs et puis vient le final que tout le monde pouvait sentir venir. Mais non. Ça fait juste trente minutes que j'écris, c'est trop tôt pour en parler non ?


Le point central du scénario c'est une femme qui veut tuer son mari. Ça laisse quelques questions en suspend comme "Pourquoi tu ne t'en vas juste pas ?" "Le divorce est-il interdit dans votre état ?" "Est-ce que tout drama américain doit comporter un meurtre pour intéresser son public ?" mais globalement les showrunners font du suspens sur le Où et le Comment du méfait. Encore un habile tour de passe-passe. Vous vouliez des questionnement philosophiques sur le couple, le mariage, le bonheur, la toxicité, il y en aura un peu mais on va quand même rajouter des flics, des dealers et de la romance. Et vous savez lequel de ses trois éléments façonnera l'identité de la série ? Vous savez hein ? Je parle à qui en fait ?


Quelques jours après la rentrée des classes, on procède à la traditionnelle photo de classe. La semaine suivante, l'institutrice essaie évidemment de persuader les enfants d'en acheter une chacun :"Pensez un peu à l'avenir. Vous serez bien content dans quelques années, quand vous serez grands, de vous dire en regardant la photo:"Tiens, là c'est Julie, elle est médecin maintenant"Ou encore - "là c'est Kévin, il est ingénieur" et - "là, c'est Amélie elle est manucure"A ce moment là, une petite voix se fait entendre du fond de la classe :
- "Et là, c'est la maîtresse, Mme Planchon, elle est morte."

*rires ?*


Kévin can fùck Himse|f n'est pas un drame noir à la Fargo. Il y a bien des quiproquos, une photographie par moment léchée, quelques monologues et surtout une enquête policière en parallèle de petites gens qui tentent de s'en sortir sans avoir à décimer tout le comté mais il y a surtout des romances, de l'humain et de l'amitié. C'est un drame romantique, ni plus ni moins. Ce n'est pas un gros mot, c'est juste qu'il se prend les pieds dans le tapis parfois à vouloir trop faire de pas de côté et se prendre pour plus sombre qu'il ne l'est. Déjà parce que, j'sais pas si vous avez remarqué (tiens ton micro par le bout, raconte une blague sur le métro, le public va adorer), mais depuis le début je me dépatouille comme je peux pour écrire cet horrible titre qui nous rappelle que la télévision, c'est grand public et que pour vendre, les gros mots ce n'est pas bien. Les États-Unis qui ont su faire du F word un truc terriblement edgy, mais qu'on ne va quand même pas trop mettre en avant. Alors OUI, ça donne un super générique qui change à chaque épisode (et qui me rappelle les grandes heures de Supernatural, encore lui) mais c'est surtout le signe qu'on reste sur une grand chaîne et que les personnages seront sous une couette après le sesque, que le sang sera dilué avec de l'eau et que globalement on ne va choquer personne (à part quelqu'un qui regarderait ça en 1991). Et c'est tout à fait ok mais tout le high concept donne envie d'en voir tellement plus, de tenter un truc un peu fou. Parce que plus que du Wandavision qui fait du genre un outil on voulait du Too Many Cooks qui désosse le procédé. Au lieu de singer le genre sitcom comme l'ont fait des Scrubs ou Community pour la blague je veux du malaise comme le futur film Buddy qui s'annonce anxiogène à souhait.

Force est de se limiter à donc quelques habiles jeux de regards, références et brusques changement de tons tant la série respecte son matériau de base voir presque l'admire dans ce qu'il peut avoir de naïf et réconfortant. Dans le monde de Kevin (parce que c'est bien lui qui le fait exister plus que la maison ou n'importe qui d'autre) il n'y a pas de longues tristesses, il n'y a pas d'amour (donc pas de rupture) et pas de violence. Et si cette dernière arrive alors un coup de bouteille remet tout en place.

De par mon éducation filmique j'aurais voulu quelque chose d’expérimental, jouant en permanence avec les codes pour les détricoter et proposer un trip furieux qui à la fin mélange tout, fait exploser le petit écran et l'american dream par la même occasion. La proposition ci-présente n'en est pour autant pas dénuée d’intérêt, elle choisi juste de se concentrer plus sur le fond que la forme, qui reste surtout une porte d'appel pour rentrer dans la série mais qui ne variera pas trop par la suite. Finalement ce perpétuel basculement devient une zone de confort à son tour. Chaque vase communiquant permettant de respirer quand l'autre est saturée en faux rire ou en dépression. On oublie ses problèmes ou on y revient juste assez longtemps pour avoir sa dose de spleen. Kevin peut aller se faire ****** n'en reste donc pas moins un pur produit américain, dans lequel tout le monde a le droit à l'amour (genre vraiment TOUT LE MONDE, c'est fou comme ils ne savent pas écrire la solitude totale), avec des je t'aime moi non plus à gogo (le personnage de Sam est vraiment là pour nous exciter à chaque baiser, tant lui et Alison sont des girouettes sans que ça ne fasse jamais vraiment sens) et le pardon pour toustes même la police. Kevin le dit assez tôt et ce sera étonnamment une clé de l'intrigue, il gagne toujours. La vraie surprise, c'était comment.


Le 26 septembre 2001, dans le début de la saison 2 de Touche pas à mes filles, quand sa fille Claire descend les escaliers, Michael fait remarquer qu'elle a changé de coupe de cheveux. Rires. En réalité l'actrice Jazz Raycole a été remplacé par Jennifer Freeman, se ressemblant très peu physiquement et entrainant surtout un changement de personnalité chez l'adolescente qui passe de sarcastique et intelligente à une énième pimbêche, risée de sa famille (et la famille est pourtant sacrément abrutie dans son ensemble).


Le 4 novembre 2003 est diffusé Goodbye, un double épisode de la série 8 Simple Rules plus connu en France sous le titre Touche pas à mes filles. Il fait suite à la mort de l'acteur John Ritter et stupeur, les showrunners décident de poursuivre pour encore deux saisons une œuvre qui tournait essentiellement autour d'un père ultra protecteur avec ses filles. La sitcom prend alors un ton funéraire et mélancolique qui ne la quittera jamais vraiment. Le personnage meurt aussi subitement que son interprète. Sa famille et surtout sa femme ne le remplaceront jamais, associant alors aux ennuis du quotidien un long travail de deuil. Un grand père encore plus conservateur et un oncle adulescent sont rajoutés au forceps pour aider le benjamin de la fratrie/sororité à devenir le mâle alpha.


Le 25 septembre 2017 était diffusé, Civil Ceremony, premier épisode de la seconde et dernière saison de Kevin Can Wait, une énième sitcom merdique avec un flic bedonné et bidonnant et sa gentille famille. Famille à l'exception de sa femme Donna qui est morte à la salle de gym. Au cours des horribles 21 minutes et 18 secondes de l'épisode, cette mort est évoqué l'espace de 26 secondes. Il reçoit un courrier de la salle qui pense que leur cliente ne veut plus venir chez eux, "Moi aussi elle me manque" avant de demander à sa fille de ne pas jeter le bon de réduction qui allait avec la lettre. Aussitôt remplacé par une autre grande brune aux cheveux longs, la série ne fera plus jamais d'allusions au personnage qui était pourtant principal dans la première saison. Hystéries des fans.


Erinn Hayes est bien vivante contrairement à John Ritter rassurez vous, en fait, elle est même au casting du sujet qui nous intéresse aujourd'hui. Parce qu'au delà de la référence dans leur titres, Kevin Can Talk a motivé K**** C** Fuck H*******. Les sitcoms n'écrivent pas juste très mal les femmes, ils les suppriment et les remplacent comme de vulgaires pions, la mauvaise écriture facilitant la suppression vous en conviendrez. Alors quand SPOILER ALERT au terme d'une pas nécessaire seconde saison Alison décide de mettre en scène sa mort plutôt que de tuer un Kevin désormais personnage public on est surpris de voir qu'en l'espace de 6 mois il retrouve déjà une autre ravissante jeune femme joué par la dite Erinn Hayes. Bon j'étais aussi surpris par SPOILER GONE GIRL ALERT la transformation minimaliste d'Alison comparé à une Rosamund Pike dans un film qui traitait bien plus en profondeur le sujet du couple parfait, du rêve américain et de tout le mal que l'on se fait tout comme j'étais surpris par le fait que finalement elle aurait pu très bien se barrer sans tout ses stratagèmes mais la série se réveille donc comme elle se réveillait en fin de saison 1 pour redistribuer les cartes. Désormais armé d'une barbe Kevin a miraculeusement retrouvé l'amour le temps qu'Alison vienne semer la zizanie et confronter une ultime fois son ravisseur. Et voilà que dans ses ultimes minutes le poteau rose est enfin révélé, Kevin est toxique. Pas toxique de stupidité non au contraire, il sait très bien ce qu'il fait et il veut détruire sa future ex compagne. On passera sur le fait qu'il devient méchant une fois qu'on lui colle une barbe (PARCE QUIL EST MÉCHANT VOUS AVEZ COMPRIS ?) mais à la mesure de ce qui pourra en satisfaire certain.es dans ce que le show finit par dire des hommes qui peuvent tous être des agresseurs en puissance j'ai tout de même des réserves sur encore une fois.. la forme.


La saison 1 de Je n'en peux **** de ce titre avec des **** se concluait avec le choc de l'agression par Neil, ultime adulte enfant incapable de blesser une mouche (pas tant par compassion que par manque de jugeote). C'était impactant, ça laissait présager des folies et pourquoi pas tout l'univers qui sort de la sitcom. Les huit épisodes suivants tenteront pourtant de revenir dans le status quo. Ce qu'on pourrait arguer soit comme un manque de prise de risque soit comme un discours sur une société qui ne veut pas voir ses errances. Néanmoins, le fait de ne jamais montrer le trio masculin dans le "vrai" monde et d'en faire comme seul trait notable des idiots laissait songeur sur la soudaine intelligence mis au service du mal du bonhomme à la caquette. Et encore une fois, on peut arguer dans les deux sens, c'est fait exprès pour dénoncer ou c'est du plot twist facile.

Ce qui manque juste à la série, c'est des indices, tant visuels que scénaristiques que les hommes sous couverts d'être des buddies insouciant sont capable de frapper, de tromper ou de menacer. Et c'est brillant de faire que le monde sitcom n'existe que par la présence de Kevin (voir même d'un objet lui appartenant ? c'est pas bien clair) mais alors quand on découvre enfin sa vraie facette qu'en était-il avant ? Et puis même, la vie sitcomesque d'Alison commence avec sa mère, elle aussi abusive, sous entendant donc que cette illusion serait une barrière qu'elle se crée pour éviter d'affronter des personnes problématiques qui ont une emprise sur elle. On peut donc alors se demander pourquoi quand elle pense que le beau Sam veut la contrôler ou même que le dealer la menace on ne passe pas en sitcom ? Pourquoi elle n'avoue pas dès le début vouloir tuer son mari parce qu'il est dangereux plutôt que con comme un balai ? Alors donc la sitcom serait une apparence de façade des hommes ? Encore une fois le dispositif visant à les effacer totalement du monde réel (on ne les entend même pas dans la salle à côté) ne fait pas sens.

Et qu'on se comprenne bien, rien de tout cela n'en fait une mauvaise série, qui est d'ailleurs porté par un casting impeccable tant du côté masculin pour la sitcom que le duo féminin pour le côté drama qui a aussi ses tics de jeu mais reste attendrissant. Les plus gros points noirs étant la saison 2 rallongie, certaines intrigues pas supers et trop d'amourettes partout. Ils gâchent juste un peu un superbe concept qui aurait pu donner un joyau brut d'une saison qui dynamite aussi bien la société américaine que le couple traditionnel et la télé à papa, les trois étant historiquement lié•es dans le soft power US.


Kevin can FUCK himself est un jeu de miroir qui ne s'assume pas toujours, avec d'un côté l'alcool montré comme festif et de l'autre comme exacerbant tout nos vices sans pour autant qu'il n'y ai de vraies gueules de bois. D'un côté des rires et de l'autre des pleurs, mais toujours contrôlés, aucune vraie rage. D'un côté la célébration de chaque jour, de l'autre la violence, mais qui se retient toujours, on ne tuera personne, pas intentionnellement (parce que Kevin dans une dernière idiotie se laisse mourir dans son canapé ? Il y avait limite une saison entière à faire en sachant qu'il était toxique). Mais attendez, la violence, elle était où depuis le début ? Qui casse des tables, fait des vendetta auprès des voisins, pète une porte sur sa femme ? Elle est où la violence des mots ? Dans les vérités qui font mal ou dans les blagues incessantes sur le mariages et les conjointes insupportables ?

Nous sommes complices, complices de toujours arriver à sourire face à une sitcom qui nous montre un cochon mort, un autre vivant qui marche en chaussure sur le canapé. Révoltant. Comme sa coupe de cheveux, comme le fait qu'ils sont censé•es avoir la trentaine mais sont installé•es toustes dans un quotidien de cinquantenaires.

Il faut se calmer car tout ceci est de la télévision, personne n'est vraiment pauvre sauf pour les besoins du scénario. Chaque personne a sa garde robe établie, ne connaît personne en dehors de ce microcosme. La politique se résume à une élection de maire à la télé, la police est noire et gentille, l'alcool remplace l'eau. Petit mépris de classe envers les cul terreux qui aiment le hockey et les fast-food mais finalement incapable de partir d'une région dont ils disent le plus grand mal. Ce n'est pas HBO, c'est la télévision et elle finit toujours par gagner contre la vie. Vivre ensemble ou mourir seules, mourir ensemble seules.

Enfin surtout vivre avec Alison, vivre pour Alison. Parce que le renversement le plus intéressant qui s'opère d'un côté à l'autre de la porte est dans l'effacement complet du personnage d'Annie Murphy en version sitcom à son omniprésence une fois la frontière franchie. Si le patriarcat et les bromances finissent de la cacher, de la taire et de la réduire à un sentiment d'ennui d'un bord, à l'autre elle est sur toute les discussions et dans toute les motivations. Tout le monde gravite autour d'elle, tout le monde finit par agir dans son intérêt et de toute façon elle consulte ses "ami•es" et familles uniquement quand elle a besoin d'aide. Et la cause est noble puisqu'on le rappelle il s'agit de se débarrasser d'une relation toxique. Néanmoins à l'instar d'un Walter White, elle pourrait finir par avouer qu'elle fait tout ça pour elle. Et la série est plutôt habile à nous montrer comment malgré toute la sympathie que nous inspire la protagoniste, elle reste cruellement autocentré, sourde aux histoires de son entourage et avec une empathie variable.

Là encore, nous sommes à la télévision, vous êtes le centre du monde, l’héroïne principale. Toute matière vivante gravite autour de vous, tout le monde finira par vous aimer. Vous pouvez devenir la meilleure version de vous-même, ce sera dur, ce sera long et de toute façon, il y aura toujours un twist au prochain épisode.


Kevin, alcoolique depuis de nombreuses années, participe pour la première fois à une réunion des Alcooliques Anonymes. C'est à son tour de parler : - Bonjour, je m'appelle Kevin... - Bonjour Kevin ! répondent en chœur tous les autres membres. Kevin poursuit : - Je me souviens de la première fois où j'ai utilisé l'alcool comme produit de substitution aux femmes. - Oui, et alors, que s'est-il passé ? Demandent les autres. Et Kevin leur répond : - Et bien, je me suis retrouvé avec la bite coincée dans le goulot de la bouteille...

Rideau.

Kaptain-Kharma
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il y a 3 jours

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