La série L'éternaute est une production post-apocalyptique argentine adaptée d'une bande-dessinée éponyme des années 50. On y suit Juan, quinquagénaire, dans tout ce qu'il va vivre durant la catastrophe qui s'abat sur la ville de Buenos Aires.
Au début il rejoint des amis pour jouer aux cartes, comme tous les vendredis et c'est là qu'arrive une tempête de neige en plein début d'été (pour information, cela se passe dans le courant du mois de décembre). L'employé du garage qui vient de leur ramener une bouteille d'alcool vient de s'effondrer dans la neige en train de tomber. Puis c'est le tour d'un des amis qui a voulu partir pour rejoindre sa famille. Le groupe réagit comme il peut face à ces événements et va devoir faire face à cette situation exceptionnelle où tous les moyens de communication sont coupés.
[La suite contient des spoilers sur la série]
Par la suite, on suit la vie du groupe au début dans la maison d'Alfredo, puis les excursions de Juan pour retrouver sa fille. Il va découvrir une ville de Buenos Aires métamorphosée et dévastée. Il va retrouver sa femme et rejoindre son groupe d'amis. On voit les difficultés de maintenir la solidarité dans un monde sans communications vers l'extérieur, dans une lutte pour la survie.
Je ne vais pas faire tout le résumé de la saison et je vais en venir à ma critique.
* Le plus gros point fort de la série selon moi, c'est sa photographie. L'ambiance provoqué par cette apocalypse neigeuse est superbe ! On se croirait dans une ambiance proche de Silent Hill, où le monde entier semble s'être transformé sous l'effet de cette neige étrange. On est totalement happé-e, on ressent le côté invasif par les nombreux plans larges sur les rues où les voitures sont retournées, les corps recouverts de neige.
* L'autre point fort de la série et sa plus grande particularité dans ce type de productions est la dynamique globale des personnes entre elles. L'action est centrée sur la dynamique sociale à l'intérieur du groupe de Juan mais aussi entre les groupes. On voit clairement une volonté de mettre en avant un récit populaire de la résistance face à la situation. Quand on commence à voir les insectes extra-terrestres on voit que les réactions individuelles font face à la dynamique des groupes et aussi des autres groupes.
* Un autre point fort est le jeu d'acteurice impeccable, qui nous imprègne d'autant plus dans ces dynamiques de proximité entre les personnages et non pas d'inconnu-es super fort-es qui se retrouvent comme par hasard ensemble (coucou Le jour d'après).
Cependant il y a selon moi plusieurs points négatifs.
* Mon principal problème avec cette série ce sont les effets spéciaux des insectes géants. A plusieurs moments leurs mouvements saccadés et les différences de lumière me faisaient sortir de l'action et j'avais l'impression de me retrouver avec des effets spéciaux des années 80, voire moins parfois. En soi cela ne me dérange pas, mais il y a un tel écart entre les effets spéciaux de la photographie, des effets avec la ville sous la neige avec les véhicules et le mobilier urbain dévastés, que c'est impossible de ne pas le voir. J'ai ressenti à tous ces moments des formes d'uncanny valley dérangeants.
* Un autre point négatif est le manque de cohérence par rapport à l'aspect mortel de l'air, avec des personnages qui peuvent retirer leurs masques dès lors qu'ils sont un peu en intérieur et cela même si le lieu a une immense ouverture vers l'extérieur. Comment expliquer qu'au début des personnages meurent à peine sortis dehors et qu'un lieu qui donne directement sur l'extérieur mais couvert ne tue pas ?
* Un troisième point négatif est le manque d'originalité de certaines situations qui sont du vu et revu dans le domaine postapo et qui étaient du coup ennuyeuses. Par exemple, le personnage de Juan qui sait tout faire parce que lui il a vécu la guerre et qui sauve tout le monde tout le temps. Le coup des batteries qui ne fonctionnent plus et en fait si. Les extra-terrestres qui mettent bien plus de temps à attaquer les personnages principaux que les autres. Les quiproquos vus et revus.
Pour ce qui est du scénario je suis mitigé-e. A la fois l'aspect original de la mise en avant de la solidarité populaire face à un danger inconnu est super. Mais je trouve que tout est trop vague et la fin de la série est trop énigmatique. J'ai dû chercher une explication pour vraiment bien comprendre ce qui venait de se jouer, de quoi il en retournait vraiment.
Donc je vous le partage :
La majorité des gens du camp militaire ont été "enchantés" par "l'ennemi" et en réalité le but était de faire sortir les gens de chez eux pour aller au camp militaire pour pouvoir les enchanter aussi. Mais du coup qu'en est-il des personnes tuées par les bestioles plutôt qu'enchantées ? Pourquoi emballent-elles dans une toile, telle des araignées, certaines des victimes au début pour qu'ensuite on voie d'autres personnes se mêler à ces insectes en toute normalité ? A savoir aussi que Juan a en fait des pouvoirs de voyage temporel (d'où le nom de la série) mais même cet élément primordial est laissé dans une totale incertitude à la fin de la saison ce qui pose un gros souci scénaristique selon moi.
Globalement cette série mérite selon moi d'être regardée pour tous ses points positifs tout en ayant à l'esprit que les incohérences sont assez nombreuses et visibles. Cela promet cependant une suite qui sera, je l'espère, meilleure et qui fera prendre encore de la hauteur à cette production.