Avec La Grammaire de l’Amour, on se retrouve encore avec un titre à prendre avec du recul.
Contrairement à ce titre nunuche, c’est une histoire d’amour douce-amère, certes pleine de défauts mais aussi de sincérité.
Dès le début, on est plongé dans un Tokyo nocturne, dans le quartier coréen de Shinjuku, avec un réalisme à la Japonaise, accompagné de son ton parfois légèrement décalé.
Manami est professeur de Japonais dans un lycée catholique pour filles. C’est une femme de 35 ans qui paraît simple et coincée, mais sous ses airs indifférents et pragmatiques, elle cache un caractère audacieux, enthousiaste et déterminé. Elle a un esprit presque enfantin, c'est pourquoi elle est à l’aise avec la jeunesse. C'est vraiment une beauté cachée, quelqu'un qui gagne à être connu. L’actrice Fumino Kimura est naturelle et spontanée. Elle interprète Manami avec beaucoup de délicatesse et de jolis sourires.
Comme indiqué dans le pitch, par un concours de circonstances, Manami va se retrouver dans le bar à hôtes où travaille Kaoru, un grand et beau jeune homme de 23 ans au caractère fougueux. L’acteur Raul Maito Murakami possède un charme très particulier avec cette voix, ce sourire, ce regard, un vrai charisme. Il développe vraiment plein de belles nuances, on dirait que le rôle a été taillé sur mesure pour lui. Bref, les deux comédiens principaux sont parfaits, avec une bonne complicité et un jeu naturel et réaliste. Je n'en dirais pas autant des rôles secondaires, ces derniers m'ayant semblé poussifs la plupart du temps.
Alors qu’elle est amenée à faire rédiger une lettre d’excuse à Kaoru, Manami va s’apercevoir qu’il a des difficultés à lire et à écrire. Elle va alors se proposer de l’assister pour la rédaction de cette lettre. Ce sera le point de départ d'un duo totalement improbable. La série nous offre alors une première scène d'écriture tellement belle, assis tous les deux autour d'une minable pompe à chaleur, sur le toit de cet immeuble, en pleine chaleur de l’été et avec une bande-son envoûtante. Etant moi-même en plein apprentissage du Japonais, je n'ai eu aucun mal à ressentir beaucoup d'empathie pour l'élève Kaoru. C'est probablement une des langues les plus compliquées à lire et à écrire entre les hiraganas, katakanas et autres kanjis... Toujours est-il qu'au contact de Kaoru, Manami va peu à peu sortir de sa zone de sécurité et ressentir une joie oubliée. A partir de là va se nouer une relation pleine de complicité et de réciprocité. Elle s'y connaît en grammaire, il s'y connaît en femmes, et ils vont s’apporter un soutien mutuel grandissant.
On développe donc deux thèmes importants, l’univers des bars à hôtes Japonais, et l’illettrisme. Bien que ces deux sujets ne soient pas traités avec profondeur, ils ont le mérite d’être bien mis en avant. A titre personnel, dans ma vie professionnelle, je suis amenée à côtoyer régulièrement des personnes illettrées, et je peux être témoin du fait que c’est toujours mal vécu par ces personnes, peu importe la bienveillance qu’on peut leur accorder et peu importe les bonnes raisons qui les ont empêchés d’apprendre. Cet aspect-là est bien retranscrit ici, Kaoru fanfaronne à tout va pour cacher sa honte, pour oublier qu’il ne sait pas. Il ne prend rien au sérieux et, afin de cacher ses failles, il a développé des techniques d'auto-défense face aux impératifs de la société. Il fait le fou, il fait l'idiot. Mais quand son petit frère lui demande de lui lire un livre, il sait qu’il doit faire quelque chose pour changer cela. En effet, les enfants sont souvent un déclencheur dans cette situation.
Quant à l’univers des bars à hôte, je me garderai bien de porter un jugement sur le réalisme dans le traitement de l’histoire, ce genre d’établissement ne faisant pas partie du décor dans nos contrées, ou alors sans commune mesure avec ce qui est montré ici.
Au départ, Manami est attirée par la relation pédagogique avec Kaoru, et ne peut consciemment concevoir autre chose. Même lorsque Kaoru lui ouvre son cœur, elle ne peut le croire, se voile la face et balaye tout cela d'un revers de la main, pour se replonger encore plus profondément dans une relation prof-élève. Mais une histoire d’amour va naître, semblant sortie de nulle part, et ne menant certainement pas à une voie toute tracée. Sous ses airs de chien fou, Kaoru est délicat mais à force de jouer la comédie pour séduire les femmes, il a du mal à faire face à de vrais sentiments. Ce qui ne facilite pas toujours la tâche à Manami qui ne trouve pas toujours la frontière entre l'hôte, l'élève et le jeune homme tout simplement. Il tombe amoureux de la seule femme qui ne le voit pas que pour ses charmes, et elle tombe amoureuse de tout ce qui lui est interdit, la jeunesse et la différence de classe sociale. Il veut qu'elle vive heureuse et sans honte, elle veut qu'il vive comme elle l’a aimé : fougueux, fier et confiant. C’est une relation pure et transparente, ils peuvent tout se dire sans se juger l’un l’autre.
En parallèle de cette histoire d’amour, il y a bien sûr des arcs secondaires, avec le fiancé de Manami (et oui), l’amie journaliste, les parents de Manami, le lycée, les incidents au club.... Jusqu'à l'épisode 6 on est dans la construction du lien très fort qui se noue entre Kaoru et Manami. Ensuite, la seconde moitié est beaucoup moins intense, l’intrigue se concentrant sur les incidents qui ont eu lieu au club et aux conséquences de la relation interdite. On est moins dans l'émotion, mais malgré tout on sent bien que leur lien ne fera que se renforcer et on a encore la chance de profiter de quelques magnifiques scènes et dialogues entre nos deux amoureux. Franchement tous ces récits secondaires ne m'ont pas du tout accrochée, je les ai trouvés mal exploités ou inintéressants.
En outre, l’histoire bien qu'elle ne soit pas du tout compliquée, souffre de longueurs, et de quelques découpages surprenants et parfois un peu maladroits.
Quelques passages m’ont aussi paru dérangeants dans la mise en scène : la soirée à l'hôtel avec l’étreinte forcée, la quasi agression de la journaliste par Tsubasa, la colère effrayante du père lors de la nuit du déménagement… Autant les scènes romantiques sont pleines de lumière, de douceur, de délicatesse, autant ces scènes un peu plus dramatiques sont vraiment mal jouées, mal amenées et mal cadrées. C’est vraiment poussif par moments. Le dernier épisode l'est aussi d'ailleurs.
Pour finir, je dirais tout de même que c’est une histoire pleine de difficultés et d’espoir. Je ne la conseillerais pas si vous n'êtes pas amateurs de romance. Maintenant que je l’ai terminée, je pense que j’en garderai un beau souvenir, si j’efface de ma mémoire tous les défauts, pour ne garder que l’essence de l’histoire : un amour qui se donne le droit d’exister.