Je viens de finir l'adaptation de Bille August du Comte de Monte-Cristo, roman d'Alexandre Dumas.
Décidément, aucun réalisateur n'aura jamais le courage d'aller au bout de ce que l'oeuvre de Dumas cherche à démontrer.
Dans cette série, qui n'est pourtant pas la pire, et qui a le mérite de donner un rôle un peu plus conséquent à l'abbé Faria, on notera notamment parmi tout ce qui m'a agacé :
- l'incompréhensible détournement de la figure de Caderousse, qui demeure l'un des traitres, pas le plus affûté certes, mais de là à en faire l'agent de Monte-Cristo, alors qu'il subira lui aussi les foudres de Busoni-Monte-Cristo ;
- Les multiples personnalités endossées par le Comte sont éludées, et pourtant elles sont nécessaires ;
- l'absence de Bertuccio, condensé dans un Jacopo assez crédible pourtant, le comédien Michele Riondino est vraiment bon ;
- Vampa, condensé à son tour avec le personnage de Cavalcanti, mais cette fois la condensation est moins réussie, mais je dois reconnaître que Lino Guanciale, alias Vampa est particulièrement excellent ;
- le pire de la série reste l'inconsistance d'un personnage pourtant central, Haydée, au profit d'un personnage hautement secondaire, Mercédès.
Ma note est une moyenne faite des notes de chaque épisode, selon moi le meilleur restant l'épisode 2 avec Faria, subtilement interprété par Jeremy Irons.
Bref, encore une adaptation non réussie.
Auteurs, autrices, si vous souhaitez ne pas suivre une oeuvre inventez-en une, mais ne trahissez pas les propos de celle que vous souhaitez adapter.
Alors vous me direz : "qui suis-je pour me permettre de fustiger une oeuvre ?" Juste une amatrice du roman, que j'ai lu cinq fois, et qui considère Haydée comme un des personnages centraux des intrigues.
Dans ce qui suit je m'offre l'espace de la réhabilitation de son personnage :
Haydée représente l'altérité radicale, celle qui ne parle, ni ne juge, celle qui apporte un regard autre sur le discours occidental de l'époque (pas si différent du discours contemporain d'ailleurs), c'est une femme, d'une autre culture.
Pourquoi Haydée n'intéresse-t-elle pas ou trop peu les créateurs d'adaptations de ce roman ?
Peut-être parce que, et là est le génie de Dumas : Haydée ne parle pas suffisamment, autrement que comme témoin de sa propre souffrance ou dans le dévoilement de son amour pour Monte-Cristo, elle n’explique pas son désir, elle ne cherche pas à guérir Edmond, et elle ne permet pas de clore l'affaire. Haydée c'est celle qui force Dantès-tout-puissant à devenir Dantès-héros-déchu, à accepter de ne pas être consolé, à se laisser prendre dans un amour presque lacanien "donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas".
Tout cela est bien moins sexy que la quête d'un amour passé, romantique, devenu fantasmatique, voire fantomatique, et inatteignable, d'autant plus que son échec est à l'origine de toute cette affaire ; bien moins télégénique qu'un trauma, ainsi que préférer la survie du héros plutôt que l'acceptation de sa condition humaine, son incomplétude, qu'il retrouvera pourtant dans l'amour d'Haydée.
Haydée serait, dans une des possibles lectures plus psy que l'on peut en faire, une Autre qui ne garantit rien, et pourtant rend le risque de l’amour possible ; Haydée c'est le point de capiton du roman, où Monte-Cristo n'est plus ni juge, ni maître, et encore moins Dieu, avec elle, Monte-Cristo, ayant pris la place de Dantès (je vous épargne le nom-du-père), accède à un amour dépourvu de possession.
Bref, ceci est mon avis, il n'engage que moi, et n'empêche pas, qu'en s'éloignant du roman nous-même, on savourera les images des panoramas, des paysages, le talent des comédiens, la volonté de se donner le temps de baigner dans l'ambiance d'une série en costume, que j'affectionne particulièrement.
Bon visionnage !