Saison 1 - épisodes 1 à 4
Drôle de chose que de regarder cette série en France en 2026, à l'heure où la moindre once de début d'interrogation envers les actions militaires israéliennes vous range instantanément dans la catégorie des antisémites, pendant que de l'autre coté, le bon, se trouvent tous les héritiers politiques du national-socialisme. Dur, dur !
Pas si simple donc de regarder "simplement" cette série comique sur les interrogations d'une rabbine ; série qui pis est inspirée par le livre de Delphine Horvilleur, rabbine qui s'est depuis tristement illustrée par ses multiples prises de positions sur "X", contre la fameuse blague anti-Netanyahou de Guillaume Meurice ou pour d'autres anathèmes envers des personnalités de gauche ; "X" dont, faut-il le rappeler, le patron s'est rendu célèbre par deux saluts nazi en public en 2024... Cf mon premier paragraphe sur l'inversion des gens acceptables et indésirables. Là encore la légèreté prend ses distances de quelques milliers de kms.
"Le sens des choses" suit donc Léa (incarnée par la lumineuse Elsa Guedj) dans ses premiers pas de rabbine, tiraillée entre un dogme religieux glacial (qu'elle finit toujours par suivre et imposer aux autres) et sa profonde humanité qui n'a de cesse de percuter la violence de ses croyances. Or c'est peut-être l'effet le plus étrange et involontaire de cette série : remettre un coup de projecteur sur l'absurdité des obligations du judaïsme, et leur violence réelle ou symbolique. Léa finit toujours par (se) convaincre de leur bien-fondé via un petit conte qu'elle (se) raconte, mettant en scène des personnages de la Torah. Malheureusement ce paradoxe ne semble pas être le sujet de la série, puisqu'à la fin ses interlocuteurs plient l'échine et la musique se lance et tout le monde est content et hop écran noir fin de l'histoire.
C'est bien dommage car pour le coup il y avait là un sujet : dans l'épisode 1, Léa imagine donc une allégorie de filiation et de liberté pour justifier la découpe du sexe d'un bébé : "les pères ont besoin de faire circoncire leur fils pour lui permettre l'émancipation". Bon, déjà il faut s'accrocher à son slip, mais là nait une question dans le cerveau du téléspectateur malade : "d'accord, mais, et les filles ?". Question d'autant plus légitime que le sujet de la série est une femme qui devient rabbine. Eh bien, cette question, l'héroïne va finir par se la poser en toute fin d'épisode, mais là il n'y aura pas de réflexion, c'est juste une blagounette, elle plie l'échine et la musique se lance et tout le monde est content et hop écran noir fin de l'histoire.
PS après les épisodes 5-8
Pas de miracle (lol), la formule ne change pas. En bonus on a aussi droit à une bonne becquée d'une autre religion : le psychanalysme, incarné par le père (excellent Eric Elmosnino malgré des répliques mal écrites) qui est donc censé être le "straight man" cartésien de la famille alors qu'il croit aux élucubrations ultra-sexistes d'un autrichien, d'un suisse et d'un français, élaborées sur la base des cinq patientes avec qui ils couchaient.
La série choisit aussi de plonger tête la première dans un autre magnifique travers : l'héroïne de 30 ans et son mentor de 98 ans tombent amoureux l'un de l'autre et c'est trop romantique. Miam... hâte de voir ce développement narratif hyper audacieux dans la saison 2 (non).