France 4 est l'un des terrains d'expression et d'expérimentation les plus passionnant à suivre sur la télévision française. C'est grâce à la chaine qu'on a pu avoir la saison 3 et 4 de Wakfu ainsi qu'une cinquième saison en préparation (je dirais plutôt qu'on a eu une bonne saison et au moins deux saisons de trop, mais nous n'irons pas plus loin), qu'on peut découvrir/redécouvrir des pépites trop sous-estimé comme Les grandes Grandes Vacances, et que si on a aussi de sacrés ratés comme Alex Player, on a aussi de très belles créations originales qui respirent une honnêteté et une volonté de bien faire qu'on ne pourra pas retrouver ailleurs. Parmi elle Les Gardes Chimères, une série sur fond de vacances d'été avec des créatures magiques à préserver.
La première chose qui saute aux yeux lorsque l'on suit la série, c'est à quel point celle-ci est élégante. La réalisation mixant la technique du papier découpé et l'animation traditionnelle, on obtient très rapidement de très belles scènes, où les chimères et les décors en papier découpé se marient parfaitement avec l'animation traditionnelle représentés par les personnages principales. Le risque aurait été d'avoir quelque chose de très vite plat, où la réalisation peinerait à suivre le chevauchement entre animation traditionnelle et papier découpé, dans un jeux constant entre plan utilisant une technique puis une autre. Pourtant ici, on n'hésite pas à vraiment prendre des risques en mettant des personnages 2D traditionnelle chevauchant du papier découpé, en chorégraphiant des mouvements de chimères qui entourent les personnages, passent derrière eux, au dessus, en dessous... on sent une réalisation qui veut t'en mettre plein la vue mais tout en cultivant un atmosphère calme et poétique. On veut nous faire profiter de la quiétude de la campagne et des montagnes qui permet de canaliser les personnages toujours bourrée d'énergies. Cela se passe parfois dans des mouvements et des scènes parfois lente, mais qui permet de mieux profiter de la poésie ambiante. Maintenant, si la réalisation est irréprochable, l'écriture l'est beaucoup moins.
On est dans une volonté d'évasion dans un univers se voulant intimiste et bon enfant, où l'on joue constamment sur la vraisemblance des chimères qui sont peu être le fruit de leurs imaginations car au final, le plus important est le respect de la nature... Oui, de prime abord, la série n'est pas très fine, et le coup des enfants s'imaginant des aventures et devant le cacher aux autres pour conserver la magie, que ce soit dans Mes Parrains sont magiques ou Shaker Monster récemment on a déjà vu ça mille fois ailleurs. Pourtant, étrangement, on arrive à plutôt bien apprécier la chose. La situation initiale utilise des recettes vieilles comme le monde, mais c'est fait dans une forme de sincérité et de candeur qui fonctionne car ne s'attardant pas tant sur la nécessité de cacher l'existence des chimères au voisinage, mais plus sur l'aventure que pourront vivre les jeunes filles avec ces chimères. On a ainsi un cadre très intimiste qui a son charme mais dont le soucis est qu'à force de vouloir mettre en avant l'atmosphère poétique et le calme ambiant, on finit par n'avoir plus grand chose à quoi se rattacher pour vouloir continuer le visionnage. Oui c'est très beau, et la série mérite à être découverte pour cela, mais on finit parfois par penser que c'est un grand travail esthétique pour la beauté de l'esthétique. Tout cela est renforcé par la quasi absence d'enjeux, ces derniers apparaissant presque au bon vouloir du scénario de chaque épisodes pour justifier le fait d'exister. Les jeunes filles partent s'occuper des chimères, soit parce qu'elles voient le problème au loin, soit parce qu'elles en ont envi, mais jamais par réel nécessité. On n'est plus tant dans une logique de découverte et d'exotisme à la Pokémon (ce qu'on s'attendrait à avoir avec une série à la réalisation aussi marqué, afin de mettre en avant le savoir faire et pouvoir au mieux émerveiller), mais plus dans une routine que tu dois prendre en cours de route bon gré malgré. L'émerveillement est à moitié gâché par le manque de réaction des filles qui sont toutes les deux habitués à voir les même créatures entre les épisodes, et on finit parfois perdu et perplexe face à des récits qui ont la fâcheuse tendance à s'éterniser pour pas grand chose. L'action se situant à proximité de la maison, dans un périmètre ne permettant pas les grandes escapades car poussant les filles à revenir d'une manière ou d'une autre à la maison en milieu d'épisode, on finit par (littéralement) faire le tour des possibilités et à vouloir voir plus loin. Ce sentiment est amplifié lorsque l'on commence à faire le comparatif avec d'autres séries comme Flapacha où es-tu ? qui parle elle aussi des vacances et de comment la redécouverte de la nature permet une évasion vers le merveilleux, mais qui arrivent beaucoup mieux à nous embarquer dans leur univers avec beaucoup moins de moyens.
Cela n'empêche pas Les Gardes Chimères d'être une très belle bizarrerie poétique qui se démarque de son soin apporté à l'esthétique, et qui met en avant le savoir faire de ses réalisateurs. Dommage que la série a tendance à un peu trop se limiter qu'à cela.
11,5/20
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