Même si les premières minutes m'ont laissé perplexe – un pitch quelques fois peu crédible et un jeu d'acteur qui semble de prime abord particulier (sûrement dû à des dialogues un peu trop policés) – je me suis vite laissé embarquer dans ce duel franco-japonais pour un colossal héritage vinicole.
En une phrase, Camille Léger, une parisienne trentenaire qui ne boit pas d'alcool, et Issei Tomine, l'un des meilleurs oenologues du monde, s'affrontent pour glaner l'héritage d'Alexandre Léger, père de Camille et précepteur d'Issei. J'ai d'abord eu du mal avec cette idée qu'un père puisse mettre en compétition sa fille pour son héritage. On comprend bien sûr pourquoi au fil des épisodes, à commencer par le fait qu'Issei ait occupé une place particulière dans la vie d'Alexandre : son élève favori, qu'il aura finalement plus fréquenté que Camille, dont la mère a tout fait pour l'éloigner d'un père dangereux.
Il y a un (gros) côté Jeu de la dame dans cette autre mini-série, en ce qui concerne le personnage de Camille. La jeune fille, qui souffre d'un traumatisme vis-à-vis de l'alcool, que lui faisait goûter son père lorsqu'elle était petite, doit réapprendre progressivement tout ce qu'elle a perdu. Mais il ne s'agit pas de connaissances, sinon que de sensations, de pur instinct, bref de talent. À l'image d'Elisabeth Harmon, qui peut anticiper les coups de ses adversaires en projetant visuellement une partie en accéléré dans son esprit, Camille Léger ressent le vin comme personne, avec des images, des couleurs, des notes de musique ou évidemment des arômes. Surtout, elle le ressent avec une précision exceptionnelle, qui lui permet de combler des années de retard sur Issei.
De la même manière que la série de Scott Frank et Allan Scott était parvenue à nous communiquer la complexité (la folie, même) des échecs, Quoc Dang Tran parvient là à nous faire vivre celle du vin, qui renferme un monde en soi. Si tout n'est pas réussi, Les Gouttes de Dieu a tout de même le mérite de vous accrocher rapidement et surtout de monter en puissance de manière implacable, à mesure que l'on se laisse prendre au jeu. C'est l'autre dimension, issue elle aussi du manga (que je n'ai pas lu) : celle de la compétition prévue par Alexandre, le père biologique et spirituel, pour départager ses ouailles. Si l'on passe heureusement de 12 épreuves à 3 dans la version audiovisuelle, elle n'en demeure pas moins grisante, et nous rappelle l'efficacité du jeu en fiction pour souligner et décupler la concurrence, la rivalité (un côté Squid Game, cette fois).
La fin est loin d'être décevante, de même qu'à de nombreux moments l'intrigue évite des pièges de facilité ou de déjà-vu. L'équipe de scénaristes s'est même permis quelques (légers) pas de côté à mesure que l'histoire progressait, ce qui fait son effet dans une série à l'esthétique très "premium".