La série Lucky Luke avec Alban Lenoir est probablement l'une des adaptations les plus incompréhensibles d'un classique de la bande dessinée franco-belge depuis longtemps.
Le principal problème est simple : ce n'est pas Lucky Luke.
Les auteurs semblent avoir pris l'univers de Morris et René Goscinny, conservé quelques noms célèbres, puis raconté leur propre histoire. Au lieu de suivre les aventures du cow-boy solitaire qui parcourt l'Ouest en rétablissant la justice, la série le transforme en héros de feuilleton moderne embarqué dans une quête autour d'une jeune femme nommée Louise, de sa mère disparue et d'un vaste complot.
Le résultat ressemble davantage à une série d'aventure générique qu'à une adaptation de Lucky Luke. On passe plus de temps à suivre des intrigues inédites qu'à retrouver l'esprit des albums qui ont fait le succès du personnage pendant des décennies.
Le deuxième problème est la trahison du personnage principal. Lucky Luke est censé être un mythe du western humoristique : un homme taciturne, sûr de lui, presque invincible, qui traverse les événements avec un calme légendaire. Ici, il est constamment ramené à des questionnements personnels, à son passé, à ses émotions et même à une forme d'origine story.
Cette obsession moderne consistant à vouloir expliquer chaque héros finit par lui faire perdre son mystère. Personne n'a jamais eu besoin de savoir d'où venait la légende de Lucky Luke. La légende était justement le personnage.
Même les figures emblématiques comme les Dalton, Billy the Kid ou Calamity Jane donnent souvent l'impression d'être là parce qu'il fallait cocher des cases du cahier des charges. Ils apparaissent, mais rarement avec la saveur et l'efficacité comique qu'ils possèdent dans les albums.
Quant à Alban Lenoir, le problème ne vient pas forcément de lui. C'est un acteur solide dans le registre de l'action. Le problème est surtout que l'écriture ne lui permet jamais d'incarner réellement Lucky Luke. On voit Alban Lenoir déguisé en Lucky Luke, mais rarement Lucky Luke lui-même.
Là où les bandes dessinées mélangeaient humour, satire, caricature historique et aventures courtes parfaitement rythmées, la série privilégie une narration moderne, plus lourde, plus bavarde et beaucoup moins drôle. Elle semble parfois embarrassée par son matériau d'origine, comme si être fidèle à la BD était devenu secondaire.
Au final, cette série donne l'impression qu'un scénariste avait une idée de western familial pour Disney+, puis qu'on a collé le nom "Lucky Luke" dessus afin de profiter d'une licence célèbre. Les costumes sont là. Les noms sont là. Quelques références sont là.
Mais l'âme de Lucky Luke, elle, est restée dans les albums.