Maudin le malin
4.5
Maudin le malin

Émission Web YouTube (2021)

Il y a des chaînes qu’on n’a pas besoin d’investir pour savoir ce qu’elles contiennent. Par avance, on sait.

Et si je dis ça par rapport à ce Maudin malin, c’est bien évidemment parce qu’il en est la plus pure incarnation.

Pas besoin de lancer une seule vidéo. Parcourir la page suffit.


40 vidéos postées à ce jour (23 avril 2026). Dix lignes de quatre.

Quels sont les titres des quatre vidéos de la première ligne ?

Vidéo n°1 : Comment un mythomane a berné toute une génération (avec la tête de Kalala Omotunde en vignette.)

Vidéo n°2 : J’ai voulu enquêter sur une communauté de cinglés, mais c’est allé beaucoup trop loin (avec un perso de v-tubing à gros nichons en guise de vignette).

Vidéo n°3 : Je te fais changer de point de vue sur la question des « inégalités » (avec une fille aux cheveux rouges qui crie « discrimination » et un skinhead qui hurle « race » sur la vignette.)

Vidéo n°4 : Je termine Libération en dévoilant un document qu’ils ont voulu cacher (avec une faucille et un marteau sur la vignette à côté du logo de Libération.)


Moi, déjà, rien que là, j’y vois une ligne éditoriale assez claire. Derniers sujets de préoccupation, donc : le révisionnisme afrocentriste, la solitude et les nichons sur Internet, les filles à cheveux rouges qui parlent d’ « inégalités » (avec des guillemets s’il vous plaît) et la presse gaucho-stalinienne qu’il conviendrait de dénoncer.

Prendre en compte les autres vidéos ne change bien évidemment rien au constat : si on rajoute les 36 productions restantes, on se retrouve en tout avec six vidéos s’attaquant à l’afrocentrisme ou à des figures décoloniales (K. Omotunde, Kemi Seba, Houria Bouteldja, Wissam Xelka et une dernière sur « la face cachée des Noirs américains »), quatre s’attaquant au « progressisme », à l’écologie ou au « wokisme » (avec une s’intitulant littéralement Comment les progressistes ont détruit le monde), quatre pour défendre des arguments masculinistes et s’attaquer aux arguments féministes (les titres sont, là aussi, sans ambiguïté : Pourquoi les féministes détestent la biologie ? ou bien encore Les hommes ne servent plus à rien), trois s’attaquant à l’islam, une s’attaquant aux trans, et deux s’attaquant à l’école (dont une avec une vignette représentant une racaille à casquette et une fille voilée : tout un programme).

S’ajoutent à cela sept vidéos défendant ou reprenant les arguments de figures suprémacistes blanches (Papacito, Elon Musk ou, plus récemment, Charlie Kirk) et huit autres vidéos « d’enquêtes » sur des questions diverses telles que les cucks, les moneyslaves, la communauté furry, les addicts du porno, les fétichistes des pieds, l’attraction pour les seins et les fesses (je vous jure) ou bien encore la Dictature du plaisir (avec une fille à gros seins en guise de vignette, ça me semble important de le préciser).

En vrai, plus qu’une ligne éditoriale, j’aurais presque envie de dire de la vidéographie de Maudin Malin qu'elle exprime surtout un profil sociologique.


Partant de là, on serait en droit de considérer que les démonstrations contenues dans ces vidéos sont connues d’avance. Or, il se trouve que, pour les quelques-unes que je me suis permis de lancer, c'est effectivement le cas.

Concernant celle sur Kalala Omotunde par exemple, ça commence avec les effets d’appel habituels. Cet homme serait « le plus gros escroc intellectuel (sic) que le monde ait connu » ; un escroc que « beaucoup, beaucoup, de gens (sic) ont réussi à gober les foutaises que vous allez entendre ici. » Dès lors, cette vidéo du Maudin en deviendrait par conséquent « indispensable », tant « l’influence d’Omotunde est grande, à tel point qu’on peut retrouver des traces de sa pensée chez des chanteurs célèbres, des joueurs de foot ou des grands pontes du mouvement panafricain comme Kemi Seba ».

Alors, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Kalala Omotunde, il faut savoir que c’est un essayiste révisionniste afrocentriste parmi d'autres. Il n’a aucun diplôme, il est reconnu comme charlatan dans tout le milieu. Quant aux personnalités populaires qui auraient repris ses théories, Maudin n'est capable en fait de n'en citer que deux : Maître Gims, qui s’est d'ailleurs copieusement fait moquer pour ça par tout internet, et Lilian Thuram qui, certes, peut lui aussi produire de belles bêtises, mais sans que, à ma connaissance du moins, il se réfère à Omotunde. Par contre, il reste vrai que l’extrême droite adore afficher ce genre d'essayiste en guise d'épouvantail, et cela justement parce qu’ils sont l’incarnation parfaite de ce que cette frange de l'échiquier politique perçoit de toute la mouvance antiraciste. Avec Omotunde, l’antiracisme devient le nouveau racisme, donc CQFD. Ne cherchons pas plus loin : envoyons tous les antiracistes à Cayenne…

Et voilà comment en conclusion, Maudin questionne : « mais pourquoi [Omotunde] n’est-il pas pointé du doigt par la pensée critique ? » Bah sauf que… si, en fait, il l’est, hein. Enfin, il l’est quand il est connu ! (Parce que, pour rappel, ce mec, à part dans les milieux afrocentristes, quasiment personne ne le connaît.)


Je me suis aussi risqué à « changer mon point de vue sur les "inégalités" » en lançant la vidéo du même nom et autant dire que, là encore, j'ai navigué en terrain plus que connu.

D'ailleurs, en ce qui vous concerne, ça va être quoi, d'après vous, le propos tenu par Maudin Malin sur les inégalités ?

a) Va-t-il d’abord s’interroger sur la nature et l'ampleur des inégalités qui s’expriment aujourd’hui en France ?

b) Va-t-il ensuite s'appuyer sur les recherches déjà entreprises sur le sujet ? Va-t-il questionner les études qui ont déjà été menées pour essayer de quantifier et de qualifier ces inégalités ?

c) Va-t-il produire une contre-argumentation étayée s’appuyant sur des données fiables, vérifiables et reproductibles, en ne manquant pas de faire preuve des précautions d’usage quant à leur interprétation ?

d) ...Ou bien va-t-il tout simplement chercher à relativiser l’existence des inégalités en France en s’appuyant simplement sur son bon sens, parce que bon, ça va deux secondes les gens qui se plaignent, et d’ailleurs ça ne tiendrait qu’à lui, il te mettrait tout ce petit monde au travail comme ça ils auraient beaucoup moins de raisons et de temps pour se plaindre ?

Si vous avez encore un doute, matez-vous juste les deux premières de la vidéo. Tout est dit dedans. Ou plutôt non. Mieux encore : ne lancez pas la vidéo et restez juste sur cette miniature. Pour rappel, celle-ci représente d’un côté la fille aux cheveux rouges qui crie « discrimination » et de l’autre le skinhead qui crie « race ».

Cette illustration résume à la perfection la position que Maudin soutient lors de ces deux fameuses minutes. D’un côté, il y aurait la gauche qui réduirait l’explication des inégalités aux seules discriminations (parce que, manifestement, pour Maudin, la lutte des classes, ce n'est pas un truc de gauche) et de l’autre, il y aurait la droite qui ne réduirait cette question qu’à la seule génétique (autant dire qu'on parle ici d'une droite très très très à droite, pour le dire en euphémisant un peu). Partant de là, Maudin se crée un boulevard pour amener sa solution du juste milieu, à savoir : « arrêtez de vous plaindre et allez bosser bandes de feignasses. » Et c’est effectivement ce qu'il va faire dans la foulée…

Ou plutôt, non. Il va même aller encore plus loin que ça.


Parce qu’en fait, sur sa vidéo de 27 minutes concernant les inégalités, la conclusion est déjà posée dès la quatrième. Après un nouveau faux-dilemme (l’un de ses sophismes préférés du Maudin) entre les Youtubeurs qui expliquent leur succès par le travail et ceux qui l’expliquent par la chance (admirez la pertinence de l’exemple choisi), Maudin tranche la question à notre place en nous annonçant qu'il préfère la première option puisque ceux qui se revendiquent de la seconde ne le font en fait que pour l'image. Alors à quoi servent les vingt minutes suivantes, me diriez-vous ? Eh bah à dérouler tout le discours méritocratique propre à la sphère libérale en citant… Thomas Sowell.

Oui. Thomas Sowell, quoi.

Mais… Il s’est renseigné un petit peu, le Maudin, sur Thomas Sowell ? Est-ce qu’il n’est pas positionné, lui aussi, le Sowell, dans ce fameux clivage gauche / droite ?

Mais franchement : pourquoi taire ça ? Qu’est-ce que ça lui coûterait au Maudin, d’assumer un peu son ancrage à la droite de la droite ? Ce n'est pas parce qu'il ne le revendique pas ouvertement que ça ne se voit pas comme le nez au milieu de la figure ! Ses positions flirtent ostensiblement entre le libéral-nationalisme des Le Pen, Bardella, Retailleau et le libertarianisme des Sowell, Kirk, Musk. Ce sont littéralement des figures qu'il lui arrive même parfois d'invoquer nominalement ! Alors autant qu'il aille jusqu'au bout de sa démarche ! Ça manque de couille tout ça, surtout pour quelqu’un qui estime que les vrais bonhommes sont en voie de disparition…


En même temps, je crois malheureusement que c’est un élément un peu constitutif de ce genre de chaîne : cette absence d’assumation. Et je pense que tout ça est lié au profil-type de leurs auteurs.

Parce que, non, je ne conclurai pas mon propos sans qu’on s’attarde un petit instant sur cette thématique porno / nichon / furry à laquelle le Maudin a consacré par mal de ses vidéos… Pour le coup, il faudrait vraiment fermer les yeux pour ne pas y voir de sérieux centres d'intérêt. Des centres d'intérêt qui en disent quand même long sur le personnage, tant ils font système avec tout le reste. Il y a d'abord ces femmes qui ne savent plus apprécier les vrais mecs. Et tout ça, c'est forcément de la faute de ces femmes qu'on a mal éduquées, et donc c'est aussi de la faute des wokes qui ont envahi les écoles et qui ont niqué les esprits de tout ce petit monde. Mais c'est aussi de la faute des noirs et de leurs grosses teubs, parce que c'est bien connu que les meufs elles aiment les grosses teubs de noirs. Et en plus, les noirs, avec leur islam radical, ils peuvent bien soumettre leurs femmes et les tenir en laisse – et on ne leur dit rien ! – alors que nous, les blancs cathos, on nous reproche de juste vouloir faire la même chose, rien de plus ! Non mais c'est tellement injuste ! Donc, moi j'vous l'dit comme j'le pense : j'suis pas raciste, mais vivement qu'on renvoie tout ça en Bamboulie, ma p'tite dame ! Plus de concurrence déloyale sur les meufs ni sur les emplois ! La France aux Français !


Mais tout ça transpire tellement le soralisme par tous les pores... Et en cela, les questionnements de ce Maudin sur les cucks, sur les V-Tubers cochent toutes les cases du portrait-robot de la parfaite victime. Le portrait d'un homme blanc normatif standard dont la fragilité morale a été grandement entretenue par une vie en bulle.

Au fond, il n’y a rien d’étonnant à ce que ce type de profil-là investisse à ce point le net.

Ces gens n’étaient pas prêts pour le monde d’aujourd’hui. On leur a dit que s’ils étaient sages, que s’ils obéissaient bien aux règles et qu’ils faisaient bien tout ce qu’on leur demandait de faire, alors tout allait bien passer pour eux. Mais comme au final, ça ne s'est pas exactement passé comme ils l'auraient voulu, alors il y a eu de la frustration et de l'aigreur. Et vu que leur culture de l'obéissance et/ou leur goût du confort normatif les rend absolument inaptes à l’auto-critique, à l'auto-correction, voire tout simplement à l'adaptation, alors ils préfèrent critiquer le monde, chercher à le corriger et à l'adapter à leurs représentations. Or Internet est le lieu rêvé pour ça.


Sur Internet, on peut choisir sa réalité. On peut fermer les onglets qui dérangent, on peut ne regarder que ce qui nous conforte et nous réconforte, on peut se replier dans sa bulle.

Maudin Malin n’est pas une chaîne qui a été créée pour enrichir la réflexion ou élever le débat. Non, Maudin Malin, comme des milliers d’autres, est une chaîne qui a été créée pour se rassurer, pour se convaincre de ne pas être le problème, et pour rassembler autour de soi celles et ceux à même d'atténuer cette profonde panique morale qu’alimente ce réel qui gronde derrière les onglets fermés.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ces contenus sont aussi nombreux et qu’ils se ressemblent tous. Ils ne sont que des épouvantails et des hommes de paille qu’on s’échange comme des totems protecteurs. Des totems qu’on invoque jour après jour, avec les mêmes mantras, pour préserver la bulle fragile de leurs certitudes.


Voilà pourquoi je n’investis pas la chaîne de Maudin Malin.

Voilà pourquoi je ne pense pas nécessaire non plus de regarder ses vidéos pour savoir ce qu’elles contiennent.

J’ai déjà lu ou vu ça cent fois ailleurs. Je sais que ça n’aspire pas à produire de la réflexion ni à produire de l’information.

C’est juste le monologue d’un gars qui cherche à se rassurer pour préserver son petit confort intellectuel.

C’est juste 98 % de ce que produit Internet, en fait.

Ce renard vit dans sa bulle. Et si ça lui convient, moi je l’y laisse.

Je préfère pour ma part la culture qui élève, plutôt que le verbiage qui rabaisse.

Créée

le 23 avr. 2026

Critique lue 307 fois

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