Si l'on pousse l'exercice un peu plus loin pour décortiquer Memory of a Killer, la série offre un terrain de jeu fascinant, entre une idée de départ ultra-stimulante et un grand écart permanent sur le plan de l'écriture.
1. Une trouvaille conceptuelle redoutable
Le vrai coup de génie sur le papier, c'est d'avoir marié la figure archi-classique du tueur à gages avec la lente désintégration cognitive de l'Alzheimer. Faire reposer le suspense sur un protagoniste qui risque littéralement d'oublier sa cible, son plan ou le nom de ses alliés au milieu d'un contrat insuffle une urgence redoutable. C'est un compte à rebours interne, invisible et implacable, qui change radicalement la dynamique des traditionnels thrillers d'action.
2. Le capital sympathie d'un casting habité
Impossible de nier la force de frappe de son tête d'affiche. L'incarnation de ce protagoniste partagé entre ses vieux démons et ses brumes mentales insuffle une épaisseur mélancolique bienvenue. La série profite d'une distribution solide qui maintient l'édifice à flot, même lorsque le scénario commence à tanguer dangereusement sur les bas-côtés de la crédibilité.
3. Les montagnes russes d'une écriture inégale
C'est là que le vernis commence à s'écailler. À vouloir jongler entre les cellules criminelles, les secrets de famille et les intrigues secondaires parfois dispensables (notamment autour de la sphère intime), la mécanique se grippe. La série hérite de ces fameux tunnels d'écriture où les personnages secondaires prennent des décisions tellement irrationnelles qu'elles transforment le drame psychologique en comédie involontaire. On frôle parfois le syndrome du soap opera nocturne engoncé dans un costume de polar ténébreux.
En bref
Memory of a Killer se savoure pour son postulat de départ brillant et son intensité par éclats. C'est un objet bancal, plombé par quelques facilités narratives majuscules, mais qui retombe presque toujours sur ses pieds grâce à la partition intense de son acteur principal. Une amnésie sous haute tension, fascinante à observer... quitte à en perdre parfois la mémoire.