Lancé en novembre 2025 sur MBC, ce sageuk réalisé par Lee Dong-hyeun et écrit par Cho Seung-hui avait de quoi intriguer. Porté par un duo très attendu – Kang Tae-oh et Kim Se-jeong – et une prémisse mêlant romance de palais et échange d’âmes, le drama suscitait une certaine curiosité. À l’arrivée, l’impression qui domine est celle d’une œuvre inégale, mais qui possède suffisamment d’atouts pour se laisser suivre jusqu’au bout.


Une alchimie et une photographie qui font oublier bien des faiblesses


La principale raison de s’y intéresser reste sans conteste son duo principal. Kang Tae-oh, vu ailleurs dans des rôles plus modernes notamment Attorney Woo, incarne ici un prince héritier brisé par un deuil amoureux avec une intensité silencieuse qui impressionne. En face, Kim Se-jeong, apporte sa lumière habituelle daans une belle interpréttion campant une marchande itinérante amnésique avec une justesse qui évite toute mièvrerie. Leur complicité est palpable, naturelle, et porte à elle seule une grande partie de l’émotion du récit. Les seconds rôles ne sont pas en reste : certains personnages secondaires, notamment ceux interprétés par Jin Goo ou le couple formé par Je-woon et Woo-hee, apportent une profondeur et une tension bienvenues, parfois même plus captivantes que l’intrigue principale.


Sur le plan esthétique, la photographie est un régal pour les yeux. Les compositions, soignées et presque poétiques, installent une atmosphère feutrée qui sert magnifiquement le ton mélancolique du drama. Les plans sur les paysages glacés ou les décors de palais baignés d’une lumière douce participent à cette immersion. La bande originale, avec des morceaux comme But a Dream, renforce cette ambiance et accompagne avec efficacité les moments clés.

C’est malheureusement du côté de l’écriture que le bât blesse. Le scénario donne l’impression de vouloir trop en faire : complots politiques, romance contrariée, mystère mémoriel et échange d’âmes s’entremêlent sans toujours trouver un équilibre cohérent. L’intrigue, surtout dans son deuxième tiers, semble s’essouffler et tourner en rond, avant de s’emballer brusquement dans les derniers épisodes, créant une sensation de déséquilibre narratif. On ressort avec l’impression que trop de fils ont été tirés dans tous les sens, sans que tous ne trouvent une résolution pleinement satisfaisante.


L’élément fantastique, pourtant central avec ce concept d’échange d’âmes, est sans doute la plus grande déception. Loin d’apporter une réelle profondeur ou un mécanisme narratif ingénieux, il semble parfois plaqué sur l’histoire. Plutôt que de servir de levier pour déjouer les complots ou explorer les personnages, cette touche surnaturelle crée une certaine confusion et n’apporte finalement pas grand-chose au cœur dramatique du récit. On aurait aimé que cette idée soit exploitée avec plus d’audace et de clarté.

Un rythme inégal mais une fin qui sauve l’ensemble.

Le rythme est un autre point d’achoppement. Le début est lent, presque languissant, et certains passages semblent étirés inutilement. Avec ses quinze épisodes, le drama aurait sans doute gagné à être resserré. Le dernier épisode, en particulier, laisse un goût mitigé : trop bâclé dans sa construction pour certains, il n’en reste pas moins porteur d’une conclusion douce et émotionnellement satisfaisante qui récompense la patience du spectateur.


Pour nourrir la réflexion, quelques détails techniques et anecdotes méritent d’être mentionnés. Le titre original, Igangeuneun Dari Heureunda, signifie littéralement « La lune coule dans cette rivière », une poésie qui colle parfaitement à l’ambiance visuelle du projet. Produit par le studio HighZium, le drama a connu des audiences modestes, le dernier épisode culminant à environ 3,7 % de parts de marché selon Nielsen, un score correct mais en deçà des grands hits du genre. Les amateurs de clins d’œil ont néanmoins pu sourire en repérant quelques références amusantes disséminées dans les dialogues, comme un couturier royal nommé « Cha Eun Woo » ou un personnage se présentant sous le nom de « Park Bo Gun », de petits clin d’œil qui témoignent d’une certaine autodérision de la part des scénaristes.


Au final, Moon River est un divertissement agréable, porté par le talent de ses interprètes et une réalisation soignée. Il ne révolutionne pas le genre et pâtit d’une écriture trop brouillonne et d’un élément fantastique mal digéré. Mais pour qui cherche une romance de palais aux belles images et portée par un couple attachant, le voyage vaut le détour, à condition d’accepter quelques longueurs en chemin.


GillesRochet
6
Écrit par

Créée

le 18 août 2026

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