Mona, une fillette à tête de pois, est dans le jardin de sa mamie, Nana (Bea).
Accompagnée du chien de cette dernière, Russel, elle découvre le monde qui l'entoure, un animal, une matière, un son.
Le duo impossible rameute alors la mère grand pour partager la joie de la découverte puis se dirige à une porte qui rejoint le jardin du voisin, un vieux monsieur prénommé Hank mais que tout le monde appelle Mr. Wooka.
Probablement marionnettiste avant sa retraite, il offre alors une prestation qui nous en apprend plus sur la vie, une morale ou bien juste un moment rigolo.
Tout le monde se félicite et s'enhardit mais Mona a des choses à faire et retourne dans le premier jardin (le Nana's Land) pour poursuivre ses aventures.
Nana l'invite à venir écouter une histoire sur ses genoux, là encore toujours reliée au fil rouge et donc page après page c'est une leçon de vie déguisée qui est apprise.
Soudain la porte sonne, c'est la maman de Nana qui vient récupérer sa fille à la fin de la journée.
On lui raconte alors les pérégrinations, un bisou d'au revoir et fin.
Ce résumé, c'est le résumé assez fidèle de 85% des épisodes. 5 personnages, du théâtre de marionnettes, un livre et rien de plus. Une formule parfaite qui s'explique par le fait que Nanalan est une série animée (au sens où l'on anime des marionnettes) pour les enfants de bas âge.
Mais fout** *ieu pourquoi donc après du catch, un documentaire sur une loutre et un jeu smartphone est-ce que donc j'aurais définitivement perdu la raison en écrivant une critique sur ça ?
En fait, Nanalan (mais on peut dire Nanaland parce que c'est quand même super pas intuitif) est ce qu'on peut appelé une curiosité. Débuté en 98 à la télé canadienne, le show s'accorde ensuite 5 ans de pause pour revenir complètement changé pour deux saisons puis comme toute série pour enfant disparaît gentiment des programmes sans que personne ne l'installe au Panthéon du petit écran. Et c'est pourtant un écran encore plus petit qui permet 20 ans plus tard un incroyable retour en force puisque quand les deux créateurs/scénaristes/producteurs/doubleurs Jamie Shannon et Jason Hopley décident de faire découvrir à internet leur création ils sont loin d'imaginer que les compteurs vont exploser. C'est en particulier une chanson de princesse qui fait péter les scores sur TikTok, plate-forme parfaite pour partager des petits extraits d'une série donc les épisodes de 25 minutes sont facilement découpables.
Et la sauce prend car déjà il faut le dire mais Nanalan n'a pas pris une ride, pour la simple et bonne raison que le travail d'artisanat qui a été fait dans la production lui confère un aspect intemporel. Ainsi aucun effet spécial numérique ou même dessin animé n'est présent. Le fait aussi que l'on soit déjà dans les années 2000 où le matériel vidéo devient honnête fait que l'image est belle et rend honneur à tout les éléments. La mise en scène est classique à part de rare fois où la focale change pour des besoins de mouvements ou de décors plus serrés mais sinon tout les épisodes se ressemblent, tout est maitrisé et la formule se décline donc à l'infini. Les trouvailles sont vraiment à chercher dans les marionnettes et les décors. Ce qui aurait vite pu devenir cringe est en fait tout le temps admirable d'ingéniosité et de générosité. Les effets pratiques pour l'eau (avec des feuilles de plastiques pour ne mouiller aucune peluche), les flammes en papier ou la neige en mousse, on l'a déjà vu mille fois ailleurs mais ici tout fait sens, la direction artistique est logique et aucun élément ne choque. A cette exercice hautement casse gu***** de mouvoir des marionnettes dans un espace en trois dimensions, les créateurs font le pari oser d'assumer leur limitations et même d'en jouer. Les tutelles pour animer les personnages sont visibles, les yeux perlés reflètent les lumières du studio et il n'est pas impossible sur certains plans de voir une main sous une marionnette. Ce n'est pas de l'amateurisme qui permettrait de voir une perche de son par exemple mais un procédé qui sait ce qu'il est, qui ne ment pas aux enfants et qui se repose sur le simple fait que si une œuvre est suffisamment bien faîte, elle vous transportera dans son monde sans que vous pussiez en voir les ficelles.
Mieux, elle impose aux adultes qui regarderaient ce show, de suspendre leur incrédulité (on va en revenir au catch vous allez voir) pour admettre que oui, la boue a été représenté avec des feuilles marrons, mais c'est de la boue. Nana croque dans une biscotte mais la biscotte n'est pas croquée, ce n'est pas grave. L’émerveillement passe avant tout car l'empathie est l'émotion principale véhiculée ici. On ressent les peines et joie d'une enfant de 3 ans car l'on voit son monde à travers ses yeux.
Et puisque la série n'est pas ironique à la manière de l'animation moderne (que je ne critique pas entendons nous, j'en suis le premier fan), alors on ne peut pas se moquer de l'installation. Bien sûr que l'équipe technique aurait pu cacher les tiges pour animer une chenille, et oui on voit bien cette coupe dans le plan pour passer Mona de debout à assise plus haut mais autant pour des raisons de budget que de simplicité et de parti pris le dispositif reste ainsi. Et ce qui à l'époque fonctionnait pour les enfants doit maintenant sa renommée auprès des adultes.
Car on ne va pas se mentir, le revival se fait auprès d'un public qui faute d'avoir vécu au Canada avait au moins l'âge d'avoir vu la série à sa première diffusion. Et tout les mèmes ainsi que commentaires le montrent bien. Mais encore une fois puisque la série est dénuée d'ironie, alors tout l'humour et l'amour que génère cette seconde vie de Nanalan se fait avec beaucoup de pureté et tendresse. Il n'est pas question de pervertir le mythe comme il n'est pas question de dire "regardez comme c'était vilain". Au contraire, à une époque où une fatigue du numérique et une panique de l'IA s'est installé, revoir un contenu fait main, innocent et finalement drôle, c'est un bol d'air frais. Et donc tout le monde finit par s’émerveiller par les potits pieds de Mona qui se dandinent, les danses impossibles de Russel ou les chansons magnifiques de Nana. Tout est mignon comme le plus mignon de ces comptes Instagram que vous suivez sauf qu'il a été produit à une époque où seuls les enfants étaient le cœur de cible. Aucun objectif de viralité, si ce n'est celui de l'amour et de l’émerveillement (oui je vais beaucoup répéter ces mots). Voyant le buzz arriver, les créateurs ont bien entendu ressorti les marionnettes pour des faux lives, des petites vidéos par-ci par-là mais rien n'égalera les 41 épisodes produit sur CBC. Et mettons nous d'accord tout de suite, je vais occulter totalement la première saison qui est un mystère pour moi. Le format y est beaucoup plus court, les marionnettes pas jolies (Nana change vraiment beaucoup) et les intrigues inintéressantes. Tout au plus, cette genèse permet d’apprécier un peu peu plus l'orientation pris par les saisons 2 et 3.
C'est bien ces dernière qui sont reprises dans tout le contenu généré par les fans et même au-delà. Il y a bien évidemment les chansons, élément récurrent surtout de la saison 3 qui ont un haut potentiel de viralité, surtout quand le cast se met à danser et chanter à tue-tête. Mais est-ce suffisant pour expliquer un tel succès ?
5 personnages, 3 lieux, 20 minutes. Comme bon nombre de séries pour jeunes enfants, Nanalan en est si codifié qu'il en est rassurant. Nanalan c'est un livre qu'on nous lit avant de dormir. Et d'ailleurs la série est doublement méta puisqu'elle contient des scènes de marionnettes et des scènes de lecture. Nana est un doudou, celui qui ne change pas, celui qu'on ne peut pas jeter à la poubelle. A chaque épisode quand le générique retentit on sait à peu près tout ce qu'il va se passer et on se laisser bercer. Les rares changements dans les épisodes ne brisent pas la zone de confort et à la fin, la maman (qui est la seule à ne pas avoir de nom..) viendra toujours chercher Mona.
Il y a presque un petit côté conservateur -les enfants sont de droite de toute façon- avec ce retour à un temps simple, chez sa mamie où l'on regarde à peine la télé mais surtout on s'amuse dans le jardin. On idolâtre ses ainés (puisque finalement à part la mère en caméo, il n'y a que des vieux qui entourent Mona) et on se replie un peu sur soi (puisque j'y reviendrais mais la découverte de l'autre est un évènement). Plus que du conservatisme c'est de la pur régression tellement toute les textures rappellent la pâte à modeler ou des peluches. Un temps où nos plus grandes angoisses étaient de se faire couper les cheveux ou de monter sur la balançoire, où le plus grand plaisir était un bon cookie avec du lait de poule.
La pureté visuel est certes quelque chose, mais la pureté morale de la série a fini de rassembler les millenials et autres accros aux vidéos de chiens mignons et de wholesomeness. Une vidéo de Mona déguisée en dinosaure entre deux infos sur un génocide ou des violences policière, ça fait un bien fou. Pardon on avait dit pas de politique.
C'est le moment où malheureusement je dois tempérer mon discours sur la gentillesse et la tendresse pour aborder le cas de Russel.
Si la série m'a tout de suite ravi, je dois bien dire que ce qui m'a fait rester et rire c'est mon agent du chaos à mois, un Jack Russel Terrier qui n'a pas d'autre but que de fiche le bazar partout où il passe. Sans être systématique, ses interventions sont souvent déclencheuses de péripéties dans un monde où aucun vrai antagoniste n'existe. Russel aboie, pleure, danse, cours, casse, salit, effraie. Russel est l'enfant de 3 ans d'un enfant de 3 ans. Il est le chaos dans un monde où rien ne bouge, il est celui par qui les problèmes arrivent et donc par qui l'ordre arrive aussi. Car ce qu'à Nanalan de génial c'est qu'elle enseigne le plus grand des pardons, une bienveillance à toute épreuve contre ce qui nous ennuie dans notre bonheur. Russel n'est pas un mauvais bougre, il est plein de bonnes émotions, et souvent aussi, c'est lui qui pleure, qui a peur ou qui est fâché. Mais jamais Ô grand jamais il n'est puni, grondé ou maltraité, pas plus que Mona.
Car la vraie héroïne c'est Nana, une grand mère qui s'amuse de tout, celle qui nous autorise à jouer dans la boue, à mettre un peu de zizanie dans son salon et qui nous donnera toujours un bon bain chaud et des céréales à la fin. C'est de l'éducation positive en barre, celle où l'on doit faire des erreurs pour apprendre, celle où l'on doit découvrir par soi-même les textures, les goûts, les couleurs.
Et si finalement c'était elle la vraie maman ? Celle qui apprend tout et qui a du temps libre, qui a tout son temps pour mener Mona vers l'apprentissage.
Le moindre dessin à la pastel l'enchante, un simple cadeau la ravit. Alors comment s’énerver face à un Russel qui finalement lui aussi découvre en permanence ce jardin à la faune riche et aux saisons changeantes ?
C'est elle aussi qui viendra consoler le duo terrible lors des évènements les plus terribles de la série comme l'accident de Fliffer ou la chute de la statuette de chat.
Chacune de ses chansons est une Ôde à sa petite-fille qui est tout pour elle dans un monde petit comme un pois.
Et pourtant, sont-elles si seules ?
Ce qui a d'admirable c'est que la série est entièrement disponible gratuitement sur Youtube, c'est dommage car Youtube Kids ne permet pas de laisser un commentaire mais au moins on peut retrouver tout les épisodes (et des bonus) en hd et dans l'ordre. Sauf que pas vraiment. Malgré des numéros d'épisodes associés aux titres des vidéos, c'est l'avant-dernier épisode New Friends qui est placé en fin de la playlist de visionnage. Un choix pas annodin et lourd de sens tant celui-ci semble ouvrir à une potentielle saison 4.
N'ayant lu que peu d'interviews des créateurs je vais maintenant spéculer mais allons bon.
Je disais donc, Nanalan est un rite, maintes fois exécuté à l'identique ou presque. Les 5 personnages apparaissent dans chaque épisode et ne rencontrent que des animaux ou insectes comme étrangers à leur cocon. Ça crée pour nous aussi spectateurices plus ou moins grand•es une certaine douceur où tout est acquis. On est donc bien surpris au début de l'épisode de voir que Mona veut aller au parc, elle qu'on avait pas vu aller plus loin que derrière le jardin pour faire du patin à glace un jour.
On retrouve comme par hasard cette vieille branche de Mr Wooka qui a ramené COMME PAR HASARD son spectacle de marionnettes, on a un écureuil comme guest animalier et une jolie chanson sur les... parcs.
Quand débarquent donc une dame ainsi que son petit-fils on est un peu secoués. Imaginez-vous, encore une fois que pendant plusieurs heures de cette série les seul•es autres humain•es aperçu•es étaient des marionnettes du spectacles de Wooka.
Au-delà du changement de teint de peau, Matthew et Purr (?) sont juste un glitch dans la matrice. Que veulent-iels ? Pourquoi de nouveaux personnages débarquent 5 minutes avant la fin de l'épisode ?
Plus étrange, pourquoi ne reviennent-iels pas dans le vrai dernier épisode diffusé 3 jours plus tard ?
L'ordre était-il ainsi prévu à l'origine ?
Quoi qu'il en soit l'ajout de personnages me semble servir à casser une routine déjà bien établie et peut-être faire grandir le personnage de Nana vers autre chose. Mais Nanalan étant un doudou je suis bien heureux qu'il n'en ai rien été et que, pour l'instant, la série se soit arrêté là.
Bien content aussi parce qu'une saison 3 aurait probablement été celle de trop. Faire grandir le personnage pour raconter autre chose n'aurait plus coller avec les choix artistiques de la série, continuer dans le statut quo aurait limiter les sujets et parce que rien n'est parfait, il faut bien avouer que les séquences routinières comme la lecture ou les spectacles n'étaient pas les plus passionnantes parfois et tournaient en rond (d'où les chansons ou les livres un peu spéciaux).
Aussi une saison réalisée de nos jours serait probablement bien trop ironique et consciente de ses propres enjeux. Si du contenu additionnel pour les réseaux n'entachent pas véritablement le lore de la série canon, qu'en serait-il si la série commençait à devenir méta pour de vrai, à référencer de la pop culture ou à devenir cynique car vu par des adultes ?
Je n'ai pas eu l'occasion de regarder mais Shannon et Hopley ont par la suite crée Mr Meaty, une œuvre bien plus cauchemardesque, pour un public qu'on imagine plus vieux et qui a l'air... différente. Alors certes on ne peut pas vivre dans un monde de bisounours mais le talent des deux hommes s'y prêtait quand même parfaitement et il n'y a qu'à les voir encore aujourd'hui improviser des scenettes avec Mona et Nana sur les plateaux de télés pour se dire que c'est ce qu'ils font de mieux et que le monde actuel en a cruellement besoin.
Parce qu'à la base je voulais ouvrir cette critique sur une citation d'un monsieur aujourd'hui disparu dont je n'ai même pas envie d'écrire le nom mais qui a été érigé en sain pour sa liberté de parole et parce qu'il a été un martyr des on-ne-peut-plus-rien-dire. Ce monsieur qui a dit beaucoup de choses (surtout pour provoquer et agacer les gens car ça le faisait exister) pensait notamment que l'empathie était un mot inventé, un truc facile à utiliser en politique et qui ne valait pas la sympathie. Alors à lui peut-être il aurait fallu montrer quelques épisodes. Il aurait fallu qu'il voit Mona s'occuper d'un petit oiseau à l'aile cassée, Russel qui pardonne qu'on l'ai injustement accusé d'un méfait, Nana qui frotte un petit ventre qui a trop mangé, Mr Wooka qui accueille un camping dans son jardin quand il n'y a plus de courant ou encore la mère qui accourt tout les soirs pour ne rien rater des récits incroyables de la journée.
Et il est où le père ? Dans cette famille de femmes qui s'aiment d'un amour infini où les deux seuls mecs sont un chien lunatique et un papy un peu seul.
Et c'est quoi le truc entre les deux agé.es là ? Vous croyez qu'on vous voit pas roucouler ensemble à chaque épisode ? Attendre que Nana s'éloigne pour discuter ?
Et puis pourquoi Matthew pour dire au revoir il fait un bisou sur la joue ? Pourquoi gâcher une rencontre si pure par une rupture de consentement (mais c'est des enfaaaaaaants c'est si mignon) ?
Et pourquoi parler politique dans une série pour nouveaux-nés ? Mais parce que précisément comme le disait l'autre feu crétin l'empathie est politique. Mais aussi parce que l'art, même le plus innocent qu'il soit est politique (n'en disconvienne aux fans de CoD).
Nanalan nous apprend que la vie est un émerveillement perpétuel. Cette feuille qui tombe de l'arbre au début de l'automne, c'est de la magie. Cette grenouille près de la mare, c'est incroyable.
Et il faut tout aimer, la nature est précieuse, elle est merveilleuse. Chaque relation qu'on tisse ne s'épuise jamais parce que fort•e de toute nos joies, on les décuple et on les entretient.
Parce qu'il faudrait encore pouvoir tout voir avec les yeux d'un enfant de 3 ans, incapable d'haïr la différence, de mépriser plus faible que soit, qui se contente de peu et qui chéri son environnement.
Des girouettes tournent dans les arbres, la pelouse est remplie de nains de jardins, de fleurs. C'est un lieu magique, où l'on prend soin de nous, et où à notre tour nous prenons soin des autres. Elle s'appelait en réalité Agnes Peters, vous l'avez probablement appelé autrement mais nous l'appelons tous Nana. Et cet endroit, c'est Nanaland.