Diffusé pour la première fois sur la première chaîne de l'ORTF à partir du 6 mai 1974, Nans le berger est bien plus qu'un simple feuilleton: c'est pour moi une petite madeleine de Proust. Le feuilleton a été rediffusé, entre janvier et août 1976, sur TF1, les dimanches en fin d'après-midi. J'avais 8 ans. Ce feuilleton cache une grande fresque, l'adaptation d'un cycle romanesque complet: Les Desmichels de Thyde Monnier.
Cette saga familiale en 31 épisodes de 25 minutes nous plonge dans la vie de plusieurs générations de paysans provençaux, au domaine de La Guirande, sur une période couvrant un siècle, de 1830 à 1930 . Loin de se concentrer sur un seul héros, le récit se déploie en six époques distinctes, suivant les branches de la famille Desmichels (Laurent, Nans-Firmin, Antoine, Marguerite, Arnaude et Sylvaine). Les 31 épisodes ne se limitent donc pas à l'histoire de Nans. Les créateurs ont choisi de nommer l'ensemble du feuilleton Nans le berger, en référence au tome le plus célèbre de la saga littéraire (le troisième).
La série doit beaucoup à son cadre enchanteur. Tournée en extérieur dans le Var, à Aups, près des gorges du Verdon , elle offre une expérience de verdure et de lumière à cette chronique rurale, avec en prime l'accent du Midi.
Pour incarner cette lignée, la distribution réunie de nombreux acteurs talentueux, notamment Michel Robbe dans le rôle de Pascal Nans, Serge Martina en patriarche Laurent Michel, Maryvonne Schiltz qui incarne Pascaline et surtout Laurence Imbert dans le rôle de Félicie, dont le regard bleuté habite encore mes huit ans.
Toute ma petite famille portugaise s'est passionnée pour les amours contrariées, les secrets de famille et la lutte des classes dans cette société rurale inégalitaire. Probablement, mes parents y ont-ils vu des similitudes avec le pays rural qu'ils ont laissé: la même terre, le même soleil, la même transmission, les même hiérarchies sociales immobiles... En tout cas, des beaux souvenirs d'enfance de la famille encore réunie.
J'ai revu la série sur Youtube, seul, il y a quelques années et me suis à nouveau passionné par cette saga familiale et revu tous les épisodes en deux petites soirées. Des bribes d'une France que j'ai quitté à 26 ans et qui n'existe sans doute plus que dans mes souvenirs.