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De mon humble avis, Narcos est plus une série coup de cœur, qu'une série pleinement réussi. J'entends par là un dépaysement colombien ultra plaisant, malgré quelques approximations pardonnables.
Padilha ose, s'assume, clairement Narcos est d'une violence sans retenue. Le réalisateur tape sur tout : les cartels de drogue, l'oppression des ricains, la prostitution, l'endoctrinement des civils... La toxicomanie n'est paradoxalement pas autant traité que le reste, c'est surtout le business autour de la poudre blanche qui est mis en avant. Il est vrai peut-être, les labos de cocaïne dans la jungle sont moins en vue que la majeure partie du scénario urbanisé à Bogota et Medellín. On s'éloigne du traffic purement reculé d'Amazonie ou de Blood Diamonds sur les pierres préciseuses en Afrique. Les cribles des balles ont ici une dimension politique, elles atteignent rapidement le béton des villes sans le quitter.
Ce Padilha culotté emprunte plusieurs chemins, tant sur le fond que sur la forme. J'ai été bercé par le générique d'intro et la voix off bien amenée, deux maillons forts qui entrecoupent la narration. Ce brin documentaire à 10% est le parfait dosage. Par brides, il nous explique ainsi le contexte colombien meurtrier des années 80-90, sans enrayer la prestance des acteurs le reste du temps. Avec ce côté voix-off Barry Lindon, Padilha veut nous faire autant prendre au jeu de son aventure qu'à son personnage principal.
Derrière sa moustache de narcotrafiquant, Didier Bourdon... euh Wagner Moura répondra présent à l'instant T comme le Loup du Walt Street. Son ton roque à l'accent colombien embéllie les dialogues, tout comme ses regards noirs silencieux oubliant le bon père muté en magouilleur criminel. Où je suis plus réticen malgré la bedaine, c'est sa ressemblance physique à Che Guevara au lieu d'Escobar. Beaucoup de crétins comme moi pouvaient confondre les deux révolutionnaires sud-américains avant de s'intéresser à leur trajectoire respectives. Concernant Che Guevara, je vous conseille d'ailleurs Carnets de Voyage plus que Che.
Pour revenir au sujet de Narcos, le rythme de la première saison est presque trop rapide sur l'ascension d'Escobar, et à l'inverse la deuxième saison s'avère plus molle et stagnante. Des regrets notamment sur l'apparition du Cartel de Cali qui est mal maîtrisé. Heureusement, les seconds rôles à foison feront mettre le spectateur des deux côtés du mur tel Les Infiltrés. Le duo de flics Murphy-Peña, la crapule Gacha, l'apport efficace de Carillo, m'ont fait définivement accrocher la série. La fidèle femme d'Escobar et le président Gaviria sont tout aussi importants, quand la guérilla et la diplomatie s'interposent.
En toute somme, tant pis pour les essoufflements passagers et les redondances avec les méchants s'échappant par les toits. Il y a d'autres prises de risques tarantinesques qui ont payé. Chantages, rancunes, joutes verbales, Padilha a prouvé qu'il était possible d'associer biopic et audace.
Créée
le 5 août 2021
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