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Saison 1 :

Le premier épisode de Nine Perfect Strangers fait assez envie : un casting en or, avec des pointures comme Michael Shannon ou Melissa McCarthy réunies autour d'une Nicole Kidman dont l'étrangeté naturelle devient de plus en plus effrayante, et un mélange attrayant d'humour embarrassant et de pistes psychologiques. Avec la caution du showrunner David E. Kelley, le responsable de la réussite de Big Little Lies, d'ailleurs adapté d'un livre de la même autrice, Liane Moriarty, qu'est-ce qui pouvait aller mal ? Eh bien à peu près tout !

Surfant sur la fascination US pour les gourous et les sectes en tous genres, et surtout sur le goût planétaire pour la psychothérapie - surtout quand elle n'est pas trop sérieuse, trop scientifique -, voici donc une historie très rapidement téléphonée de gens perdus, en famille, en couple ou seuls, qui cherchent une réponse à leur désarroi existentiel suite à un deuil, un divorce ou un échec dans un refuge de luxe - où ils sont a priori "invités" - et où ils vont avoir l'occasion d'interagir les uns avec les autres, voire avec le personnel étrange du lieu. Nous allons spoiler - mais ça n'a en fait aucune importance, rassurez-vous - mais le secret de Tranquillum, c'est que la "guérison" se fait avant tout par la libération mentale à coup de psychotropes ! On sent bien ici un retour d'acide des années hippies, avec une défense des drogues (pourvu qu'elles soient administrées sous contrôle, on reste politiquement corrects ici...).

Le problème est que, au delà de ces choix "médicaux" aventureux, Nine Perfect Strangers s'égare dans un dédale de rencontres et de conversations sans intérêt, de conflits conventionnels, le tout filmé de manière lisse comme si nous avions en fait affaire à un long, long clip publicitaire pour Tranquillum, justement. La fin, ratée et lénifiante, vient planter un dernier clou dans le cercueil qu'on ne regardera, à l'extrême rigueur, que pour le talent de ses interprètes, qui arrivent à sauver quelques minutes par-ci, par-là.

[Critique écrite en 2021]

Saison 2 :

David E. Kelley et John-Henry Butterworth ont dû se rendre compte des erreurs commises pour la première saison de Nine Perfect Strangers (en dépit d’une réception pas si défavorable aux USA – nous ne comprendrons jamais les Etats-Uniens !), car ils nous offrent, quatre ans plus tard, une seconde saison qui, a priori, rebat les cartes et semble déterminée à partir dans une direction différente.

Les showrunners ont d’abord délocalisé leur nouvelle histoire en Europe, dans les Alpes de l’extrême Sud de l’Allemagne (ou de l’Autriche ?), ce qui permet de rompre avec le caractère extrêmement « américain » de cette approche caricaturale de la thérapie, mais également avec les atmosphères de carte postale ensoleillée (rappelant celles de The White Lotus) de la première saison. Avec une image sombre (trop sombre, souvent, par exemple dans certaines scènes-clé du dernier épisode, quasiment illisibles), une atmosphère lugubre, des personnages de nationalités diverses, et le panorama régulièrement splendide des montagnes enneigées, cette seconde saison tranche de manière saine avec la première.

Mais, au delà du cadre de cette nouvelle « session de thérapie de groupe », aidée par l’utilisation de substances psychotropes, Kelley et Butterworth – libérés de la nécessité de coller à un roman pré-existant – ont centré la saison sur le personnage de Masha (Nicole Kidman, qui a, du coup, plus de matière sur laquelle utiliser son talent d’actrice, toujours remarquable), dont on explorera cette fois le passé, et dont on comprendra mieux la trajectoire, les motivations, la personnalité. Le tout dans une atmosphère de thriller, puisque le fait de réunir, dans un lieu aussi isolé que cet hôtel étrange dans une station de ski perdue, neuf « complets étrangers » cache une machination plus retorse qu’il n’y paraît. Ajouter le personnage mystérieux de la « mentor » de Masha (Lena Olin, toujours aussi fascinante malgré les années) et un antagoniste fort comme un impitoyable milliardaire – typique de notre époque – bien incarné par Mark Strong, est une idée intéressante… Même si ce nouveau « focus » de la série prive finalement les autres protagonistes de « temps à l’écran », et les rend pour la plupart plutôt creux : on voudra bien faire une exception pour le ventriloque Brian (Murray Bartlett, toujours aussi crédible) et pour la singulière nonne qu’est Agnes (Dolly De Leon), mais pour les autres « patients », ça ne passe vraiment pas !

La série avance ainsi tant bien que mal d’épisode en épisode, certains plus réussis que d’autres, sans nous réellement nous passionner, pour venir finalement se planter dans un dernier épisode totalement désastreux, qui réussit le coup de force de nous noyer dans les mêmes poncifs sirupeux que la première saison, tout en créant un retournement de situation ridicule et vain, qui ne sert clairement qu’à justifier l’existence d’une troisième saison…

… Que l’on prendra soin d’éviter, cette fois !

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2025/07/11/prime-nine-perfect-strangers-saison-2-perches-sur-les-cimes/

Eric-Jubilado
4
Écrit par

Créée

le 4 sept. 2023

Modifiée

le 11 juil. 2025

Critique lue 4.2K fois

Eric-Jubilado

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8
8

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