Il n'y a pas un seul char dans les rues d'Oslo. C'est là toute l'affaire.


La Norvège élit un Premier ministre écologiste qui arrête du jour au lendemain la

production de pétrole et de gaz. L'Europe, elle, a froid. La Russie s'installe

donc pour remettre les vannes en route, avec la bénédiction de l'Union

européenne, pendant que les États-Unis ont quitté l'OTAN. Personne ne déclare la

guerre. On appelle ça une assistance.


Et pendant dix épisodes, on regarde un pays occupé sans avoir jamais été envahi.


C'est là que la série est la plus forte, et la plus dérangeante : tout le monde

reste raisonnable. Chaque concession, prise isolément, se défend. Laisser des

techniciens russes accéder à une plateforme, c'est raisonnable. Renforcer un

dispositif de sécurité, c'est raisonnable. Ne pas envenimer les choses, c'est

raisonnable. Additionnez trois mois de décisions raisonnables et vous obtenez une

collaboration en bonne et due forme, sans que personne, à aucun moment, n'ait eu

le sentiment de trahir.


Le personnage qui porte le mieux cette idée n'est ni le Premier ministre ni le

résistant. C'est l'agent de sécurité qui, à force de bien faire son travail, finit

par protéger les mauvais. Il ne bascule jamais. Il glisse.


La série a eu une chance et une malchance considérables : la réalité l'a

rattrapée. Nesbø a eu l'idée en 2008. La première saison est diffusée le 5 octobre

2015, dix-huit mois après la Crimée. Et l'ambassadeur de Russie à Oslo a

officiellement protesté, dénonçant un remake de guerre froide et rappelant au

passage que l'Union soviétique avait contribué à libérer la Norvège en 1945. Une

fiction qui déclenche une réponse diplomatique d'un vrai État : la série n'a pas

eu besoin de plaider sa cause, on l'a fait pour elle.


Revue aujourd'hui, la première saison ne ressemble plus du tout à de

l'anticipation. L'énergie comme moyen de pression, une Europe qui calcule, une

Amérique qui recule. Ce n'était pas un scénario, c'était un calendrier.


Les réserves sont réelles. Les saisons 2 et 3 étirent ce que la première disait en

dix épisodes et se rabattent sur des ressorts de thriller que le sujet

n'appelait pas. Si vous n'en voyez qu'une, prenez la première, elle se suffit.


Quatre-vingt-dix millions de couronnes, la production norvégienne la plus chère

jamais tournée à l'époque. Pour un pays qui imagine une invasion sans un seul

coup de feu, l'argent était surtout dans l'écriture.

MVaertan
8
Écrit par

Créée

le 24 août 2026

Critique lue 6 fois

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