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le 5 nov. 2015
SuivreGuerre froide
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Norvège a été occupée par l’Allemagne. Imaginons un instant que l’histoire se répète, avec des Russes à la place des nazis. Comment la paisible démocratie...
Il n'y a pas un seul char dans les rues d'Oslo. C'est là toute l'affaire.
La Norvège élit un Premier ministre écologiste qui arrête du jour au lendemain la
production de pétrole et de gaz. L'Europe, elle, a froid. La Russie s'installe
donc pour remettre les vannes en route, avec la bénédiction de l'Union
européenne, pendant que les États-Unis ont quitté l'OTAN. Personne ne déclare la
guerre. On appelle ça une assistance.
Et pendant dix épisodes, on regarde un pays occupé sans avoir jamais été envahi.
C'est là que la série est la plus forte, et la plus dérangeante : tout le monde
reste raisonnable. Chaque concession, prise isolément, se défend. Laisser des
techniciens russes accéder à une plateforme, c'est raisonnable. Renforcer un
dispositif de sécurité, c'est raisonnable. Ne pas envenimer les choses, c'est
raisonnable. Additionnez trois mois de décisions raisonnables et vous obtenez une
collaboration en bonne et due forme, sans que personne, à aucun moment, n'ait eu
le sentiment de trahir.
Le personnage qui porte le mieux cette idée n'est ni le Premier ministre ni le
résistant. C'est l'agent de sécurité qui, à force de bien faire son travail, finit
par protéger les mauvais. Il ne bascule jamais. Il glisse.
La série a eu une chance et une malchance considérables : la réalité l'a
rattrapée. Nesbø a eu l'idée en 2008. La première saison est diffusée le 5 octobre
2015, dix-huit mois après la Crimée. Et l'ambassadeur de Russie à Oslo a
officiellement protesté, dénonçant un remake de guerre froide et rappelant au
passage que l'Union soviétique avait contribué à libérer la Norvège en 1945. Une
fiction qui déclenche une réponse diplomatique d'un vrai État : la série n'a pas
eu besoin de plaider sa cause, on l'a fait pour elle.
Revue aujourd'hui, la première saison ne ressemble plus du tout à de
l'anticipation. L'énergie comme moyen de pression, une Europe qui calcule, une
Amérique qui recule. Ce n'était pas un scénario, c'était un calendrier.
Les réserves sont réelles. Les saisons 2 et 3 étirent ce que la première disait en
dix épisodes et se rabattent sur des ressorts de thriller que le sujet
n'appelait pas. Si vous n'en voyez qu'une, prenez la première, elle se suffit.
Quatre-vingt-dix millions de couronnes, la production norvégienne la plus chère
jamais tournée à l'époque. Pour un pays qui imagine une invasion sans un seul
coup de feu, l'argent était surtout dans l'écriture.
Créée
le 24 août 2026
Critique lue 6 fois
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