Les grandes lignes (100 % spoiler)Dans cette deuxième critique de l’année, encore une série. Cette fois, je vais vous parler de la saison 2 de l’adaptation live-action de One Piece, diffusée sur Netflix.Après une première saison somme toute de bonne qualité, malgré tout des défauts surtout vers le dernier arc,
j’attendais beaucoup cette saison 2 pour voir s’ils allaient rectifier le tir. Et c’est en grande partie réussi, autant le dire tout de suite.
Elle n’est toujours pas parfaite : il y a toujours des décisions narratives qui me font poser des questions.
Mais globalement, cette saison 2 est beaucoup plus fidèle à l’œuvre originale et apporte des nouveautés qui sont toujours bienvenues.
Moins de choses inédites contrairement à la saison 1, qui avait quand même tout un arc narratif complètement inventé : celui de Garp.
Ici, on suit la ligne directrice du manga.Chaque épisode est un arc à part entière, parfois découpé en deux épisodes quand l’arc est trop grand, voire 3 pour le dernier arc.
Tout est respecté à la lettre, à quelques soucis près en termes d’impact émotionnel.Tout d’abord, j’aimerais revenir sur la plus grande qualité de cette œuvre : c’est l’amour apporté au détail. Je ne sais pas si Eiichiro Oda est impliqué dans l’écriture ou dans la supervision de l’écriture de la série.
En tout cas, chaque épisode est à la fois fidèle tout en étant différent, sans jamais trahir l’œuvre originale.
Vous allez me dire : c’est le but d’une adaptation. Et c’est pour ça que c’est actuellement la meilleure adaptation live-action d’un manga.
Parce que les scénaristes ont compris qu’il ne suffit pas juste de transposer : il faut adapter, quitte à changer des choses, quitte à rajouter des choses.Presque chaque épisode a un petit changement qui fait le sel de quelque chose qui a été compris. Par exemple, dans le premier épisode, ils ont inventé un anniversaire de la mort de Gold Roger – chose qui n’est pas dans le manga – pour justifier une fête et donc une nouvelle ambiance.
En apportant aussi du lore du coup, car dans ce même épisode, ils rajoutent une discussion entre Garp et Roger.
Et ce sont ces petits détails, ces petits ajouts, qui montrent qu’au moins les scénaristes connaissent leur original – ou, comme peut-être évoqué plus haut, que l’auteur lui-même supervise voire écrit en partie le scénario.Pour ce qui est de l’univers en lui-même, c’est toujours magnifiquement transposé. La série ne se cache pas : elle ne veut pas être autre chose que ce qu’elle est vraiment, une pure série de fantaisie loufoque.
Elle assume tous les partis pris artistiques du manga : les coupes de cheveux improbables, les pouvoirs complètement délirants.
Elle va à fond dans son délire, et c’est pour ça que ça marche. Parce que du coup, même si tout ça paraît tellement bizarre, eh bien c’est tellement constant, tellement partout, que ça devient cohérent pour nous.
Jamais ça ne nous sort de la série, parce que c’est l’univers de la série.
Un univers de fantaisie n’a pas besoin d’être réaliste, mais il faut qu’il nous fasse croire que c’est réel. Et en cela, la série le réussit parfaitement – c’était déjà une force de la saison 1.Pour revenir à la pertinence des ajouts, il faut aussi noter que la série a l’intelligence d’adapter l’œuvre en connaissant ce qui arrive ensuite.
Ils auraient pu juste faire case par case sans rien changer. Mais non : ils ont pris en compte des éléments qui arrivent bien plus tard dans l’œuvre pour les incorporer maintenant, en rendant le tout organique.
Par exemple, la conversation de Sanji avec Nami dans le dernier épisode, quand celui-ci parle de sa mère malade.
Il faut savoir que cet élément-là, dans le manga, on n’en a aucune idée avant qu’on nous le révèle. Et dans le manga, entre le moment où Nami est malade et le moment où on découvre l’enfance de Sanji, il y a presque 20 ans d’écart.
Et du coup, rajouter ça maintenant dans cette situation, non seulement c’est extrêmement intelligent, mais en plus c’est pertinent.
Parce que ça fait partie du passé du personnage, et maintenant on le sait. Donc que lui-même l’évoque à un moment qui lui fait penser à son passé, c’est parfait.
On comprend maintenant sa peur de perdre Nami, ça approfondit le personnage, mais ça ne crée rien qu’on ne sache déjà : ça l’apporte juste à un moment précis qui est justifié.
L’œuvre ne change pas Sanji, elle apporte des subtilités qui sont bienvenues.Il y a plein de petits trucs comme ça disséminés dans toute la saison. Le fait qu’on voit déjà la rêverie, qu’on connaisse déjà la prime de Nico Robin et son prénom. On voit Sabo, on évoque le fils de Gold Roger. Ça nous parle même de God Valley – un truc qu’on vient à peine de voir en manga il y a quelques mois.
Et c’est ça la grande réussite de cette série : elle prend des éléments qui existent plus tard dans l’œuvre sans la dénaturer, sans perdre de spectateurs (si celui-ci n’a jamais lu le manga, ça ne pose aucun problème, c’est du background en plus), et pour celui qui suit le manga, c’est des détails absolument magnifiques.Mais trêve de compliments, parce qu’au niveau de l’écriture, il y a aussi quelques soucis – un peu comme la saison 1, mais atténués.
En effet, pour la saison 1, j’avais vivement critiqué le fait qu’ils avaient ruiné le flashback de Nami, et je maintiens mon propos.
Entre une mère qui se sacrifie non pas pour protéger ses filles mais pour leur dire qu’elles sont ses filles, et une mère qui se sacrifie parce qu’elle est obligée de le faire, il y a une grande différence.
Dans la série, Belle-Mère est forcée de payer pour ces deux filles. Dans l’œuvre originale, elle a gagné le débat, mais juste pour prouver au monde entier qu’elle est bel et bien leur mère, elle dit que la somme donnée n’est pas pour elle mais pour ses filles.
Et avoir changé ça, c’est changer absolument toute l’essence du personnage.Eh bien, dans la saison 2, il n’y a rien de similaire : aucun personnage n’est trahi.
Mais des actions sont diminuées, amoindries. Et ça concerne souvent Luffy en plus.
Par exemple, l’escalade de la montagne : dans la série, il ne porte que Nami ; dans le manga, il porte un ami et Sanji – il porte même Sanji avec sa bouche.
Un peu plus tard, la scène du drapeau avec Wapol : normalement, elle n’est pas dans une pièce fermée. Le drapeau flotte au-dessus du château, et en voyant ça, le méchant veut le détruire, mais Luffy parvient à le sauver – c’est une case iconique du manga.
Eh bien, ils ont changé : maintenant ça se passe à l’intérieur et le fils se met juste devant le drapeau, et c’est tout.
Il y a beaucoup de petits détails comme ça qui diminuent l’impact du personnage. Il paraît moins grand.
Et c’est dommage, parce que Luffy, c’est un personnage qui marche beaucoup à l’action. Ce n’est pas un personnage qui a de grands discours : c’est un personnage qui agit, et ce sont ses actes qui changent les choses.
Alors quand tu diminues la portée de ses actes, tu diminues de facto le personnage.D’ailleurs, je comprends pas pourquoi le combat final n’a pas lieu exactement comme dans le manga. Pourquoi il a fallu qu’ils le mettent en intérieur ?
Ils avaient modélisé le château, ils avaient modélisé l’extérieur du château. Et pourtant, ils le font dans une salle – et ça, je comprends pas.Mais au moins, cette saison 2 ne gâche pas les moments forts. Tout le flashback de Chopper, il est incroyable. La scène des cerisiers, elle est tout aussi puissante que dans le manga.Et pour finir au niveau de l’écriture, il y a eu quelques petites choses inédites – beaucoup moins que dans la saison 1.
Mais ils ont rajouté par-ci par-là des petites aventures, on va dire, avec Robin et surtout avec Smoker – histoire de pas avoir payé les acteurs pour rien.
En soi, ça apporte pas grand-chose ; peut-être ça justifie certaines présences à certains endroits.
Mais j’aurais peut-être préféré qu’ils gardent ce temps d’antenne à des moments un peu plus légers entre l’équipage.Et pour finir sur le plan technique maintenant. C’est le gros point noir de la série : sa réalisation.
Si seulement le soin apporté à l’écriture était apporté à la réalisation, on aurait une œuvre monstrueuse.
Parce que là, vraiment, j’ai l’impression parfois que c’est Jean-Marie Poiré qui réalise la série.
Les gros plans avec l’angle déformé sur les visages… Alors, pour un peu bizarre, un peu étrange dans Les Visiteurs, ça passe, mais dans One Piece ?
Surtout que ça met vraiment pas en valeur beaucoup de comédiens. À commencer par la pauvre comédienne qui joue Nami : alors elle s’est pas compliquée, j’ai l’impression que les réalisateurs de la série ont une dent contre elle.
Ils la cadrent toujours ultra proche, mais la caméra légèrement sous le menton – ça lui donne toujours un visage déformé alors que l’actrice est magnifique.
Et presque tous les champs-contre-champs sont comme ça. Ça devient presque malaisant.
Sans parler de pas mal de faux raccords de positionnement d’acteurs, voire carrément de montage.Vu le budget de la série et vu l’ambition de la série, Netflix devrait vraiment aller chercher des réalisateurs de série beaucoup plus chevronnés.
Demande pas David Fincher ou un des grands réalisateurs qu’ils ont avec eux (quoi que, pour un épisode, ça ferait peut-être un peu stylé).
Mais juste des réalisateurs capables.Et c’est pareil pour les scènes d’action : à part dans l’épisode 3 je crois, il y a aucune scène d’action qui est vraiment bien.
Et c’est quand même dommage pour une adaptation d’un manga.D’ailleurs, petit truc un peu marrant : je pense que en live-action, tout le monde s’est rendu compte que combattre à trois épées pour Zoro, c’est vraiment casse-couilles. Du coup, l’acteur passe son temps à se battre juste avec deux épées.
C’est un petit détail que j’ai trouvé un peu marrant : il ne sort son troisième sabre qu’une seule fois, et tu te demandes vraiment pourquoi.
C’est le genre de truc que tu vois, ça passe bien en animé, ça passe bien en manga, mais dès qu’il faut le mettre concrètement en live-action, tu vois les limites.Je pense avoir fait le tour, j’ai rien d’autre à ajouter. C’est une très bonne saison : l’épisode 7 est probablement le meilleur de la série de très loin même.
La saison 2 est pour moi supérieure à la première.
Mais pour la saison 3, surtout au vu de ce qui va arriver dans la saison 3, il faut vraiment un step up en termes de réalisation – et pas qu’un petit peu.Et au final, oui, bien sûr, je conseille fortement cette saison 2.
Merci d’avoir lu !