Il y a quelque chose de profondément ironique dans le fait qu’un anime dont le héros règle chaque combat d’un seul coup soit lui-même incapable de délivrer le moindre impact. One Punch Man saison 3 est une déception à la hauteur des espoirs placés en elle, c’est-à-dire considérable.
Rappelons-nous.
En 2015, Madhouse nous offrait une première saison d’anthologie : une animation fluide, percutante, des chorégraphies de combat excellentes, et surtout une écriture qui sublimait le paradoxe de Saitama "Ce héros trop puissant, rongé par l’ennui d’une invincibilité qu’il ne souhaitait même plus. Un régal, sans ambages.
La saison 2, confiée à J.C. Staff en 2019, avait déjà fait souffler un vent d’inquiétude sur la franchise. L’animation y était sensiblement plus paresseuse, les combats moins enlevés. Mais le studio s’en était sorti par une pirouette honnête : l’humour restait présent, les personnages secondaires avaient du mordant, et l’ensemble demeurait regardable. On avait accordé le bénéfice du doute.
Ce bénéfice est désormais épuisé.
La saison 3, toujours produite par J.C. Staff, atteint des sommets de médiocrité que l’on espérait ne jamais voir associés à cette franchise. L’animation y est proprement scandaleuse : des plans fixes en cascade, des personnages figés là où on attend du mouvement, une direction artistique qui semble avoir renoncé à toute ambition dès les premières semaines de production. On ne regarde plus des combats, on lit des planches de manga mal animées. Mais ce qui blesse davantage encore, c’est le choix narratif qui structure cette saison. Saitama, le protagoniste, rappelons-le, le personnage autour duquel toute la proposition artistique de la série est censée s’articuler est réduit à l’état de figurant dans sa propre histoire. Genos, son disciple et contrepoint dramatique indispensable, subit le même sort. À leur place, on nous impose des arcs interminables centrés sur l’Association des Héros, institution dont les intrigues internes peinent à susciter le moindre intérêt. Les personnages y sont trop nombreux, trop peu développés, et leur temps d’écran devient rapidement un supplice.
On touche ici au péché capital du studio : J.C. Staff court trop de lièvres à la fois. La production simultanée de multiples séries se traduit inévitablement par une dilution des ressources humaines et créatives, et One Punch Man en fait les frais avec une brutalité qu’on ne peut plus ignorer. Ce n’est pas une question de malchance ou de difficulté technique passagère, c’est un modèle économique incompatible avec l’exigence qu’une franchise de ce calibre requiert.
Au terme de cette saison 3, le constat est sévère mais inévitable : J.C. Staff n’est pas le bon studio pour One Punch Man. La question n’est plus de savoir s’ils peuvent faire mieux, la réponse est manifestement non, ou en tout cas pas dans les conditions qu’ils s’imposent. Il faudrait une reprise en main sérieuse, par un studio avec la discipline et les moyens de rendre à Saitama la dignité qu’il mérite.
En attendant, cette saison 3 ne donne qu’une envie : relancer la saison 1 et totalement oublier le studio J.C.Staff (avis perso pour le studio)