Ayant lu le roman juste avant de lancer la mini-série, j’avais forcément le livre encore très frais en tête. Et, malgré quelques petits défauts, cette adaptation d’Orgueil et Préjugés m’a semblé être une vraie réussite !
Il faut évidemment accepter le charme un peu daté de la production. C’est une mini-série des années 90, avec parfois ce côté téléfilm BBC très sage, très propre, un peu figé. Le jeu d’acteur peut paraître théâtral par moments, la mise en scène n’a rien de particulièrement moderne, et l’ensemble porte clairement la marque de son époque. Mais une fois cela posé, difficile de ne pas reconnaître que la série fait très bien ce qu’elle doit faire : adapter Jane Austen avec respect, clarté et intelligence. Ce qui fonctionne le mieux, c’est sa fidélité au roman. L’intrigue, les relations, les tensions sociales, les caractères : tout est là ou presque. La série prend le temps de laisser exister les personnages, de construire les malentendus, de faire sentir le poids du rang, de l’argent, du mariage et des convenances. Elle ne cherche pas à moderniser artificiellement le propos, mais elle parvient quand même à rendre très lisibles les enjeux de l’époque.
Les personnages, dans l’ensemble, sont très bien rendus. Mme Bennet est insupportable comme il faut, bavarde, anxieuse, envahissante, presque épuisante à chaque apparition. M Bennet, lui, laisse parfaitement transparaître cette exaspération ironique face à sa propre famille, ce mélange de retrait, de sarcasme et de résignation. Les autres personnages secondaires trouvent eux aussi assez bien leur place, sans trahir l’esprit du livre. J’ai peut-être trouvé Elizabeth et Darcy un peu plus doux ici que dans le roman. Dans le livre, leurs défauts sont plus tranchants, leur orgueil et leurs préjugés plus perceptibles, plus piquants. La série les rend légèrement plus aimables, peut-être pour faciliter l’attachement du spectateur. Ce n’est pas forcément gênant, mais cela adoucit un peu le relief de leur évolution. Ils ont un peu moins d'aspérités.
Reste que l’adaptation fonctionne. Elle rend justice au roman, à son humour, à sa critique sociale, à sa finesse dans l’observation des comportements. Elle parvient à communiquer les problèmes de l’époque sans lourdeur, sans jugement trop appuyé, en laissant les personnages et les situations parler d’eux-mêmes. Ce n’est peut-être pas une adaptation parfaite, mais c’est une adaptation solide, élégante, fidèle, et surtout profondément respectueuse de Jane Austen. Et franchement, c’est déjà beaucoup.