OVNI(s)
7.3
OVNI(s)

Série Canal+ (2021)

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Ces derniers temps, entre les séries et moi, ce n’est pas forcément très simple...

J’ai beaucoup de mal à me poser devant la télévision pour regarder tranquillement un épisode de temps en temps. Je traverse une période un peu particulière durant laquelle mon quotidien n’est plus exactement le même qu’avant et, assez naturellement, j’ai progressivement délaissé ma consommation de séries.

J’en ai malgré tout encore quelques-unes de côté qui me font de l’œil. Pas forcément des séries que je découvre en parcourant directement les catalogues des plateformes, mais plutôt des titres dont j’ai entendu parler ou sur lesquels j’ai pu lire quelques avis intéressants à droite et à gauche.


Concernant les séries françaises, je me méfie toujours un peu de ce qui est proposé, parce que j’ai tendance à être assez facilement déçu. Pourtant, j’ai envie de croire que nous sommes capables de produire des séries de plus en plus originales. On sait déjà le faire au cinéma et dans beaucoup d’autres domaines culturels, donc il n’y a pas vraiment de raison que la télévision soit condamnée à rester éternellement enfermée dans les mêmes formats.


C’est notamment pour cette raison qu’OVNI(s) faisait partie des séries que je voulais découvrir depuis un certain temps.


Fort heureusement, elle était disponible sur l’une des plateformes auxquelles je suis abonné. Avec ma compagne, nous nous sommes donc lancés sans réellement savoir à quoi nous attendre. Et c’est vrai que nous avons dévoré les premiers épisodes avec beaucoup d’enthousiasme, avant que le début de la deuxième saison ne finisse malheureusement par nous endormir un peu.

Il faut dire que la série possède, dès ses premières minutes, un cadre particulièrement original.

Nous sommes en France, à la fin des années 1970, au sein d’une région assez provinciale qui accueille pourtant un immense centre spatial. De nombreux ingénieurs et scientifiques y travaillent sur la recherche spatiale et le lancement de fusées.

Le personnage principal, Didier Mathure, est justement l’un des grands responsables de ce programme scientifique. Mais après l’échec spectaculaire d’un lancement dont il avait la charge, il est destitué et envoyé dans un service complètement à l’écart du reste du centre. Un département consacré aux recherches sur les ovnis.


Enfin, « consacré aux recherches » est peut-être une manière un peu généreuse de présenter les choses... Le service ressemble d’abord à une sorte de centrale téléphonique dans laquelle s’accumulent les témoignages de personnes affirmant avoir aperçu des objets étranges dans le ciel. Ces appels donnent ensuite lieu à une succession de petites enquêtes, souvent considérées comme absurdes ou insignifiantes par le reste de la communauté scientifique.

Pourtant, le GEPAN n’a pas été inventé pour les besoins de la série. Cet organisme a réellement été créé au sein du CNES en 1977 afin de collecter et d’étudier les témoignages concernant les phénomènes aérospatiaux non identifiés. La série part donc d’une véritable page de l’histoire scientifique française, avant de la transformer évidemment en terrain de jeu pour développer son humour, ses personnages et ses mystères.

C’est dans ce contexte assez improbable qu’un scientifique profondément cartésien, persuadé que tout phénomène peut être expliqué, se retrouve forcé de travailler aux côtés de personnes beaucoup plus ouvertes à l’idée que certaines choses puissent momentanément échapper à leur compréhension.

À partir de là, la série enchaîne les situations à la fois mystérieuses et humoristiques.

Elle reprend un peu l’ambiance de ces vieilles séries consacrées aux ovnis et aux phénomènes inexpliqués que je pouvais parfois regarder lorsque j’étais enfant, mais que je ne croise presque plus aujourd’hui. La différence, c’est qu’OVNI(s) traite cet univers avec une dimension beaucoup plus comique, sans pour autant transformer complètement son intrigue en parodie.


La série sait rester sérieuse lorsqu’elle en a besoin. Elle parvient réellement à entretenir la curiosité du spectateur grâce aux différents mystères qui traversent les épisodes, aux découvertes faites par les personnages et aux quelques fins d’épisodes qui donnent immédiatement envie de lancer la suite.

C’est probablement ce mélange qui rend le début aussi addictif. On a envie de comprendre ce qui se passe, tout en sachant que la prochaine scène pourra également déboucher sur une situation complètement absurde.

L’humour repose parfois sur les événements eux-mêmes, mais il vient surtout des dialogues. Et sur ce point, je dois reconnaître que la première saison m’a très agréablement surpris.


À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de me retrouver devant une sorte de nouveau Kaamelott.


La comparaison a évidemment ses limites. OVNI(s) est moins incisive et laisse davantage de temps à ses personnages pour développer leurs idées. Nous ne sommes pas dans des scènes extrêmement courtes où chacun doit exister en quelques répliques. On serait peut-être davantage dans quelque chose qui rappelle les dernières saisons de Kaamelott, lorsque les épisodes sont devenus plus longs et que les dialogues ont commencé à prendre davantage de temps pour installer les situations.

Mais on retrouve tout de même cette manière d’enchaîner les quiproquos, les calembours et les raisonnements absurdes à travers des échanges particulièrement rythmés. Certaines conversations réussissent à devenir réellement désopilantes alors que les personnages, eux, restent parfaitement sérieux.


Et cela fonctionne aussi parce que chacun possède sa propre manière de penser. Didier Mathure s’accroche désespérément à sa rationalité, tandis que Marcel, Véra et Rémy abordent les situations avec des logiques parfois complètement différentes. L’humour ne vient donc pas uniquement des bonnes répliques. Il vient aussi du choc permanent entre des personnages qui observent le même phénomène sans jamais réellement voir la même chose.

Les comédiens ont également l’intelligence de ne pas constamment souligner les blagues. Ils jouent l’absurde avec beaucoup de sérieux, ce qui permet justement aux situations de devenir encore plus drôles. À force de les suivre, on finit surtout par s’attacher à cette équipe de marginaux scientifiques, un peu abandonnée dans les sous-sols du centre spatial et pourtant persuadée que son travail mérite d’être accompli correctement.


J’ai encore en tête cinq ou six scènes absolument excellentes.


Avec davantage de popularité, certains de ces passages seraient probablement devenus cultes. On les retrouverait dans des compilations humoristiques, ils seraient régulièrement cités et certaines répliques auraient peut-être fini par entrer dans le langage de ceux qui ont regardé la série.

Mais OVNI(s) semble aujourd’hui avoir été oubliée par une grande partie du public. J’ai donc malheureusement peur que ces scènes restent enfermées dans une série que peu de personnes auront finalement pris le temps de découvrir.

C’est vraiment dommage, parce qu’elle avait beaucoup de choses pour elle.


Pour une série française, elle propose quelque chose de particulièrement audacieux. Son cadre est original, son univers possède une véritable identité et ses décors sont franchement réussis. Toute la reconstitution des années 1970 fonctionne très bien, que ce soit dans les costumes, les objets, les bâtiments, les couleurs ou le mobilier.

On sent une vraie volonté de créer une ambiance immédiatement reconnaissable. La série ne se contente pas de placer quelques vêtements rétro dans des décors modernes pour faire croire que nous sommes revenus cinquante ans en arrière. Elle donne réellement l’impression d’exister dans cette période.


La réalisation participe aussi beaucoup à cette sensation. Les cadrages, les couleurs saturées, les déplacements des personnages et certains effets visuels donnent parfois l’impression d’assister à une immense bande dessinée en mouvement. Des plaisanteries passent uniquement par la manière de placer quelqu’un au fond d’un plan ou de faire durer un silence légèrement plus longtemps que prévu.

La bande originale contribue également énormément à cette identité. Les sons électroniques, les synthétiseurs et les morceaux aux accents disco ne servent pas seulement à rappeler que l’histoire se déroule dans les années 1970. Ils donnent à la série une atmosphère presque cosmique, légèrement mélancolique, comme si quelque chose d’étrange pouvait surgir à tout moment derrière un papier peint orange ou au milieu d’un bureau administratif.


À cela s’ajoute un humour assez particulier, parfois étrange, mais rarement générique. Même lorsque toutes les blagues ne fonctionnent pas, la série conserve une personnalité que l’on ne retrouve pas forcément dans les productions françaises plus classiques.

Je ne peux cependant pas lui attribuer uniquement des qualités...


OVNI(s) souffre de plusieurs longueurs.


Lorsqu’une série doit à la fois faire avancer une intrigue mystérieuse, développer ses personnages et conserver un rythme humoristique régulier, l’équilibre devient forcément difficile à maintenir. Et malheureusement, ses créateurs ne sont pas toujours des maîtres jongleurs.

Il arrive donc que certains passages soient privés de cette dose d’humour qui faisait le charme des premiers épisodes, sans que l’histoire principale avance réellement pour autant. À d’autres moments, l’intrigue continue de progresser, mais les mystères semblent rester en attente et ne se développent pas suffisamment.

On se retrouve alors face à des scènes qui ne sont pas forcément mauvaises, mais qui paraissent beaucoup plus longues parce qu’elles ne répondent plus vraiment à ce que la série nous avait appris à attendre d’elle.


Le problème vient peut-être aussi du nombre de personnages secondaires et de sous-intrigues qui apparaissent progressivement. Plus la série avance, plus elle tente de développer les relations personnelles, les conflits professionnels, les histoires familiales et les trajectoires individuelles de chacun.

Tout cela peut évidemment enrichir l’univers, mais finit aussi par diluer ce qui rendait le point de départ aussi efficace. À force de vouloir suivre trop de personnages en même temps, la série perd parfois de vue son enquête principale et l’étrangeté qui constituait pourtant son meilleur argument.

Je pense surtout que son écriture repose sur un équilibre très difficile à conserver. Il faut développer les mystères, faire avancer les personnages, maintenir l’humour et proposer une histoire suffisamment solide pour donner envie de continuer. Sur ce point, la série finit par se casser un peu la figure, aussi bien vers la fin de la première saison que pendant toute la première partie de la deuxième.


La deuxième saison met notamment beaucoup trop de temps à redémarrer. Les nouveaux personnages ne sont pas toujours très intéressants et certains changements dans les relations entre les protagonistes deviennent assez faciles à anticiper.

Ce n’est pas forcément catastrophique, mais cela rend l’ensemble beaucoup moins agréable à suivre, surtout après une première saison qui nous avait habitués à cette petite dose de mystère particulièrement originale.

Malgré tout cela, je continue de recommander OVNI(s).

Peut-être que je suis même un peu trop sévère dans mon appréciation globale, parce que lorsque je repense à la série, ce ne sont pas nécessairement ses longueurs ou les moments les plus faibles de sa deuxième saison qui me reviennent en premier.


Je pense surtout à son univers, à ses dialogues, à ses décors et à cette volonté de proposer quelque chose de différent.

Mais je pense aussi de plus en plus au message qui semble traverser toute l’œuvre.

À première vue, OVNI(s) raconte l’opposition entre un scientifique rationnel et des personnes prêtes à croire à l’existence des extraterrestres. Mais la série ne cherche pas simplement à déterminer lequel des deux camps a raison. Elle montre surtout les limites de chacun.

La rationalité peut devenir une forme d’aveuglement lorsqu’elle refuse d’écouter tout ce qu’elle ne comprend pas immédiatement. À l’inverse, la croyance peut devenir dangereuse lorsqu’elle accepte n’importe quelle explication sans jamais chercher à la vérifier. Entre les deux, la série semble défendre quelque chose de plus difficile à atteindre. La possibilité de conserver son esprit critique tout en restant capable d’écouter les autres.

J’ai moi-même pu être très critique, et parfois franchement moqueur, envers les complotistes ou les personnes qui défendaient des croyances que je trouvais absurdes. Évidemment, grandir ne signifie pas que l’on doit commencer à considérer toutes les affirmations comme vraies ou accorder la même valeur à une connaissance démontrée et à une théorie inventée de toutes pièces.

Mais avec le temps, on gagne aussi un peu de recul et je crois que c'est de ça dont parle cette série.


On comprend que se moquer de quelqu’un ne permet pas forcément de comprendre pourquoi cette personne s’accroche à une croyance. On comprend aussi que le mépris ne convainc personne et qu’il peut même renforcer ceux que l’on cherchait initialement à contredire.

C’est là qu’OVNI(s) m’a finalement charmé. La série ne demande pas de renoncer à la science ou à l’esprit critique. Elle rappelle simplement que l’on peut douter de ce que raconte quelqu’un sans nier ce qu’il a ressenti. Que l’on peut chercher une explication rationnelle sans traiter immédiatement l’autre comme un imbécile. Et que nos certitudes, même lorsqu’elles reposent sur des connaissances solides, ne devraient pas nous empêcher de reconnaître les limites de ce que nous savons.

Didier Mathure ne progresse pas nécessairement en abandonnant la raison. Il progresse lorsqu’il comprend que sa manière de posséder la vérité l’empêchait parfois de regarder réellement ce qui se trouvait devant lui.


Je préfère largement une série imparfaite qui tente quelque chose et qui me pousse à réfléchir à ce genre de sujet plutôt qu’une production techniquement correcte, mais complètement interchangeable.

OVNI(s) possède des défauts évidents, mais elle possède également une personnalité, une ambition et une atmosphère que l’on croise trop rarement. Elle parle de science, de croyance et d’inconnu, mais elle parle peut-être surtout de notre capacité à vivre avec les certitudes des autres sans immédiatement chercher à les humilier.

Rien que pour cette originalité, pour la qualité de sa reconstitution des années 1970, pour plusieurs scènes humoristiques réellement excellentes et pour ce message étonnamment bienveillant, elle mérite que l’on s’y intéresse.


C’est une série qui aurait probablement gagné à être mieux équilibrée et un peu plus régulière dans son rythme. Mais malgré ses faiblesses, elle a réussi à me charmer.


KumaCreep
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KumaCreep

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