« Padustream, c’est fini. »
L’annonce fut laconique ou – pour être plus exact – elle fut surtout putaclic.
Parce qu’en effet, dans cette vidéo publiée sur YouTube le 25 février 2025 (soit il y a un an, jour pour jour, au moment de la parution de ce présent billet), il s’est très vite avéré qu’en fait, l’influenceur politique Pas Dühring n’entendait clairement pas communiquer sur la fermeture de sa chaîne secondaire, pas plus qu’il n’aspirait d’ailleurs à en abolir le principe.
Non, le « Padustream » n’allait pas s’arrêter. Et, oui, il allait bien rester une émission de « réact » à la fréquence de publication quasi-quotidienne.
En fait, l’annonce que comptait faire cette vidéo du 25 février 2025, c’était plutôt celle d’un simple rebranding. « Padu » souhaitant désormais partager l’antenne à parité avec deux de ses réguliers intervenants – à savoir Chris et Dr_Zoé – il lui a semblé plus pertinent de rebaptiser le Padustream en la PaduTeam. Rien de plus. Pas de quoi fouetter un chat, en somme. Un vrai non-évènement, serait-on donc presque en droit de se dire…
Et pourtant, pas vraiment.
« Pas vraiment » parce qu’à bien y regarder, quelque chose a bien changé, avec le temps, entre ce qu’était le Padustream et ce qu’est devenu aujourd’hui la PaduTeam.
C’est un changement qui s’est opéré par touches successives, au fil du temps et des vidéos, au point que celui-ci prenne la forme d’une réelle mue. Une mue qui, pour être honnête, m’a pas mal interpellé, au point que cela me donne envie de m’exprimer à nouveau au sujet de cette chaîne.
Parce qu’en effet, pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, j’avais déjà produit une critique portant sur le contenu de Pas Dühring, il y a de cela deux ans. J’y disais à la fois ma sincère sympathie à l’égard de cet influenceur ancré à gauche, notamment pour ce qu’il savait apporter comme recul, nuance et comme connaissance théorique pour traiter des sujets d’actualité, mais j’y exprimais également tout mon regret à le voir se laisser formater, dans le fond comme dans la forme, par ces structures mentales propres aux réseaux sociaux.
Petit à petit, Pas Dühring devenait un peu plus un nouveau Dany, un nouveau Canard ou un nouveau Usul, c’est-à-dire un commentateur en chambre, ne se singularisant des autres que sur quelques points d’achoppements idéologiques et stratégiques. De possible alternative, il devenait progressivement une nouvelle déclinaison d’un standard que je juge intellectuellement et politiquement stérile.
Un constat peu flatteur donc, mais que le trio a – à ma grande surprise – fini lui aussi par rejoindre.
C’est le 4 octobre 2025 que la PaduTeam a opéré un tournant significatif dans sa logique de production. Par une nouvelle vidéo au titre à nouveau putaclic mais sous forme de running joke – à savoir « Paduteam, c’est fini ?! » – l’équipe d’influenceurs fait savoir qu’elle va arrêter de streamer sur Twitch.
La décision est franchement louable et courageuse. Parce que Twitch, c’est clairement une plateforme plus rentable financièrement que YouTube et surtout, elle favorise davantage la rétention de son audience. Seulement voilà, comme le trio l’explique très bien dans sa vidéo, Twitch, ça favorise aussi et surtout un relationnel « parasocial » et « malsain » avec le public ; tout ça se faisant au détriment des activités de terrain qui sont pourtant les seules propices à créer du vrai lien avec des vraies gens. Comme Chris le résume très bien : « l’outil Twitch n’a pas de sens quand tu fais du collectif. » (7’). Mieux encore, il a même la lucidité de reconnaître que la présence d’un chat quand il s’agit d’analyser, de commenter et de débattre, est une « gène ».
Ce choix, il a donc clairement été dicté par une volonté sincère de trouver une forme plus effective de militantisme numérique – quitte à ce que ça se fasse au détriment de la viabilité financière de la chaîne – et, franchement, c’est un point qu’on ne peut que leur donner.
Il suffit d’ailleurs de comparer les vignettes d’hier et celles d’aujourd’hui pour se rendre compte qu’il y a bien eu un passage de l’intention aux actes.
Scroller à travers les productions de 2024, c’est faire défiler sous nos yeux des Tatiana Ventose en costume de la Werhmarcht ou des Psyhodelik tenus en laisse par Kroc Blanc, des « PLS » ici, des « droitardés » là… Ça racle clairement les caniveaux du Net pour participer à cette gigantesque usine à gaz intellectuelle que sont la grande majorité des échanges d’idées sur les réseaux sociaux…
En comparaison – et cela même si la chaîne entretient toujours un peu un rapport assez racoleur à ses illustrations de vidéo – on constate malgré tout que 2025 s’oriente effectivement vers d’autres sujets : « J’explique le communisme » ; « l’origine du fémonationalisme » ; « le racisme anti-asiatique » ; « Mélenchon défend Le Pen ?? » ; « le concept de Moïsation » ; « la stratégie gagnante » ; « la bourgeoisie pense le bien-être »…
…Et c’est là un premier gros changement salvateur. D’une part la PaduTeam se désintéresse désormais beaucoup plus des discussions de comptoir numérique au profit de l’actualité politique, du traitement de l’information par les médias ou bien encore des déclarations de personnalités politiques. Mais en plus de ça, d’autre part, elle ne le fait plus dans l’optique d’un simple « réact » à la façon d’un « Psyhodelik de gauche » (expression qu’a d’ailleurs concédée Padu lors de sa vidéo du 4 octobre 2025), mais davantage dans une perspective d’analyses politiques durant lesquelles il va être question de confronter le contenu étudié à des faits, à des chiffres ou à des ouvrages théoriques.
Bref, en un mot comme en cent, la PaduTeam apporte ce qu’il manque énormément aux autres influenceurs dits politiques. Elle apporte du fond.
Pour ma part, parmi les différentes configurations que peut proposer la Team, j’avoue être particulièrement friand des épisodes réunissant Padu et Chris, surtout lorsqu’ils sont prétextes à des moments d’acculturation théorique.
Alors d’accord, ça fait parfois donneurs de leçon, surtout quand il s’agit de corriger un ou une camarade qui s’est exprimé(e) dans les médias – mais il n’empêche qu’en ce qui me concerne, ça comble clairement un manque. Malgré mes vingt années passées à militer dans de multiples orgas de gauche, il se trouve que je n’ai eu, à bien tout considérer, que très peu de stages de formation, et jamais aucun qui n’a su se révéler à la hauteur d’exigences ne serait-ce que basiques. Ma formation théorique à moi, je me la suis faite à l'arrache, sur les conseils des uns et des autres, que ce soit sur le Net ou dans la vie de tous les jours. Donc autant dire que lorsqu’on me parle de Lucien Goldmann ou de Georg Lukács, je note les noms et je me rancarde. Et vu que lorsque ça parle des auteurs que moi je connais un peu, comme Marx, Lénine ou Clouscard, ça n’en dit clairement pas n’importe quoi, alors j’avoue avoir tendance à faire plutôt confiance et à écouter avec une oreille studieuse.
Et franchement, c’est loin d’être superflu ces épisodes-là. Quand ça permet notamment de faire tomber des mystifications, ou d’aider à mieux positionner les acteurs et penseurs politiques qui parcourent les médias, je trouve que c’est un véritable apport que la chaîne fait au débat public.
Parce que débunker des tocards comme des Julien Rochedy, des Tatiana Ventose ou des Michel Onfray, ça va deux minutes. Je pense que plus grand monde à gauche ne se fait d’illusion sur d’où ils parlent, de quoi ils parlent et surtout de comment ils en parlent. Par contre, s’attaquer à François Bégaudeau comme ils ont pu le faire en décembre 2025, ça, c’était loin d’être accessoire.
Parce qu’il a beau être très intéressant à lire et à écouter le Bégaudeau que, comme beaucoup de monde, il a parfois pas mal de trous d’air dans sa pensée. Or, pendant un certain temps, Bégaudeau, c’était une vache sacrée que personne n’osait toucher à gauche, et dont chacun buvait les mots sur les réseaux sociaux, sans sourciller un seul instant. Et même s’il est vrai que, depuis ses déboires liés à ses propos sexistes à l’encontre de Ludivine Bantigny, l’auteur a un peu perdu de son aura, il n’empêche que personne n’avait vraiment pris le risque de s’en prendre à lui sur le fond. Or, cette vidéo de décembre 2025, je trouve qu’elle présente pour grand mérite de « se faire » Bégaudeau ; mais de se le faire sur le bon terrain et pour les bonnes raisons.
Même remarque quand il s’est agi de démonter Cécile Cuckierman, porte-parole du PCF, suite à son interview catastrophique sur le plateau de Ça ira – émission de l’Huma – en novembre 2025. Je suis moi-même militant du PCF, et autant ça me consterne franchement quand j'entends des influenceurs bas du front rabâcher encore ces histoires de saucisse autour de Roussel (N’est-ce pas, Usul et la Zawa…), autant des critiques à la façon PaduTeam, moi, je les prends et je les chéris. Ça met le doigt sur un problème évident. Ça pose les bonnes questions. Et surtout ça prend bien la peine – dans cette vidéo, en tout cas – de ne pas faire d’amalgames fâcheux qui pourraient clairement exaspérer certains camarades de lutte (parce que, non, pour celles et ceux qui ne sauraient pas encore, tous les militants du PCF ne sont pas roussellistes, hein…) Donc autant vous dire que, à mes yeux, des vidéos comme celles-là, c’est vraiment d’utilité (de salut) publique.
Et franchement, des louanges, je pourrais en faire sur pas mal d’autres points…
Bravo, par exemple, d’apporter cette diversité nécessaire au sein du militantisme numérique de gauche. Jusqu’à présent régnait une confusion vraiment problématique où, pour être de gauche, il fallait nécessairement être libertaire. Rappeler ce qu’est véritablement le communisme en remettant Marx au centre du village numérique, c’était une nécessité plus que salutaire.
Bravo aussi de prendre régulièrement la peine d’apporter de la contradiction en mobilisant des chiffres, de la méthode ou des faits, affichant parfois mêmes ces chiffres et faits à l’écran, afin qu’on puisse remonter à la source si jamais on souhaite en apprendre davantage.
Bravo également de parler désormais davantage du monde du travail et des services publics. Alors, bien sûr, les témoignages les plus intéressants sont ceux qui concernent surtout les expériences personnelles de nos trois influenceurs, parce qu’ils parlent dans ce cas en pleine connaissance de cause. Certes, la conséquence de ça, c’est que ça tourne souvent autour du milieu médical (puisque Padu comme Dr_Zoé sont médecins), voire parfois autour du monde du bâtiment (car le compagnon de vie de Dr_Zoé y exerce), mais c’est quand même bien plus signifiant que ces discussions hors-sols d’influenceurs qui vivent exclusivement de la charité de leur communauté et qui n’ont généralement du monde du monde du travail qu’une expérience personnelle réduite à celle d’un petit auto-entrepreneur.
Bravo d’ailleurs, par rapport à ça, de savoir donner la parole à d’autres acteurs de terrain, notamment sur d’autres chaînes annexes comme On ne veut plus.
Bravo aussi de rappeler que le vrai militantisme se fait justement sur le terrain, au sein des partis comme des syndicats, et qu’Internet ne doit être perçu que comme un outil de réflexion et de ralliement plutôt que comme une fin en soi.
Et enfin et surtout, bravo d’avoir su répondre intelligemment aux provocations des autres influenceurs « dits de gauche » qui ont cherché à faire replonger la PaduTeam dans la lie du drama Internet. A chaque fois, ils ont su ne réagir qu’une fois, sur le fond et en toute transparence. Une attitude qui, l’air de rien, leur a non seulement permis de faire tomber pas mal de masques – et je pense notamment à ceux des influenceurs issus de la sphère « Zawa » - mais aussi de démontrer toutes les limites de ce militantisme qui se réduit à du simple « just chatting ».
Pour toutes ces raisons, oui, je trouve que la PaduTeam participe à la mue du militantisme sur Internet, notamment dans la nécessité de le connecter au militantisme de terrain. En cela donc, oui, je pense qu’ils sont en train d’ouvrir une brèche. Et je les félicite pour ça. Vraiment.
Sincèrement.
Mais, bon…
Il n’aura sûrement échappé à personne qu’à côté de mon texte, il y a aussi une note.
C’est une convention imposée par ce site – une convention discutable et discutée– mais une convention qui a néanmoins pour grand mérite d’obliger tout un chacun à une forme de synthèse et de transparence.
Or oui, malgré toutes les qualités que je viens d’énoncer jusqu’à présent, je dois bien avouer que ça reste encore compliqué pour moi de considérer cette chaîne comme une source recommandable d’information, d’analyse et/ou de réflexion.
C’est que, malgré les progrès enregistrés depuis la création du Padustream en février 2023, il y a encore un paquet de caractéristiques dans ce programme qui me dérangent pas mal (voire parfois beaucoup), au point de continuer à considérer la PaduTeam comme un problème autant qu’une solution.
Je noterais d’abord une rigueur argumentative qui reste perfectible.
Alors, bien sûr, il est évident qu’à partir du moment où nos trois influenceurs – qui ont une activité professionnelle et une vie de famille à côté de ça, rappelons-le – se décident à aborder et à commenter un large éventail d’actualité politique et sociale, qu’en conséquence ils n’aient pas les mêmes aises avec tous les sujets. Ça, c’est entendable.
Par contre, là où je trouve que ça commence à devenir particulièrement problématique, c’est quand ce genre d’approximation touche des éléments fondamentaux et récurrents développés par la chaîne, comme c’est le cas par exemple de leur fameux « Saint graphique ».
Régulièrement mobilisé dès qu’il s’agit de répondre à des sondages ou toute autre forme de projection électorale, le Saint graphique joue systématiquement, dans les analyses de la PaduTeam, le rôle d’argument d’autorité. Cependant, sitôt cherche-t-on à comprendre ce qu’il est et comment est-il mobilisé, que soudain tout devient plus flou. Il existe pourtant bien toute une playlist de vidéos explicatives, mais il s’avère qu’en vérité, plus qu’expliquer en profondeur le graphique, ces vidéos ne font au final que le décrire en surface.
De ce qu’on nous en montre, le Saint graphique ne serait vraisemblablement qu’un simple diagramme de dispersion. Sur un axe horizontal les citoyennes et citoyens sont classés selon leurs sources de revenus (une logique « capital vs travail ») et sur l’autre axe, ils sont classés selon leur position au sein de la hiérarchie sociale des rapports de subordination (une logique « exécutants vs dirigeants »). Et à partir de ce diagramme, la PaduTeam – ou pour être plus exact, Chris – isolerait des Professions et Catégories socioprofessionnelles (CPS) pour leur attribuer un comportement électoral précis.
Alors c’est vrai, on en a vu des vidéos durant lesquelles Chris était en train de commenter le Saint graphique en l’associant avec moult autres données, conférant vraiment à sa démarche une impression de travail fouillé et sérieux. Il n’empêche qu’au bout du compte, tout ça ne reste qu’une impression.
Parce que, dans les faits, comment Chris répartit les comportements selon les CPS ? On ne sait pas trop. Quel est son degré de marge d’erreur ? On ne sait pas non plus.
Et moi, pour le moment, tout ce que j’en retiens de cette histoire de Saint graphique, c’est une vidéo d’avril 2025 dans laquelle la Team mobilise son diagramme magique pour se risquer à une prédiction des résultats des Présidentielles de 2027 et où on assiste littéralement à la scène suivante :
[Padu :] « On va commencer par vous montrer les résultats tels quels, grâce au Saint graphique, pour vous dire ce qu’il va se passer en 2027 et pouvoir après analyser comment, dans une disposition où Mélenchon passe au second tour, comment est-ce qu’il peut aller chercher la victoire au second tour. Donc, on va voir tout ça. Voyez les résultats du premier tour s’afficher. Est-ce que ça c’est pas beau ? […] Vous avez en haut 19,88% pour le Rassemblement national et la France insoumise deuxième avec 16,86%. Vous avez ensuite le Parti socialiste avec 16,18%. Vous avez les Républicains avec 13,68%. Vous avez Horizons avec 10,84%. Vous avez Debout le peuple... C’est quoi Debout le peuple ? Ah oui ! C’est Villepin ? »
[Chris :] « C’est Ruffin ! C’est Ruffin ! Je l’ai appelé comme ça parce que comme il n’a pas encore son nom de parti je l’ai appelé Debout le peuple en hommage à la Série Baron noir. […] »
[Padu :] « Oh ! Ce bandeur ! Il a fait Révolution permanente à 4,72% ! »
[Chris :] « Ça, je vais vous expliquer comment s’est passé le premier tour […] pour le camarade Anasse [ndlr : Kazib]. Il a fait le taf. »
Rassurez-vous, j’ai bien évidemment compris la dimension sarcastique et divertissante que les deux influenceurs ont voulu donner à leur démonstration. Après tout, on peut très bien donner à comprendre aux gens qu’une victoire de Mélenchon en 2027 est un scénario plausible tout en se pliant quelque peu aux injonctions du net. Franchement, « pourquoi pas ». Après tout, c’est le jeu ma pauv’ Lucette…
Mais d’un autre côté, pourquoi, au bout d’un moment, ne pas se sortir de ce dispositif fantaisiste pour savoir sur quoi reposait vraiment cette projection ? Pourquoi, après la petite blague, on n’a pas sorti le fameux graphique ? Pourquoi n’a-t-on pas établi clairement quels allaient être ces corps sociaux en action ? Avec quels effectifs ? Pour quelles orientations potentielles ? Selon quelles marges d’erreur ?
Pourquoi être resté sur cette blague où on passe son temps à spéculer à partir de théories parfois franchement tordues telles que Bardella ralliant le LR de Retailleau, Attal ralliant le PS de Vallaud, Ruffin faisant 10%, soit presque autant que Villepin et Révolution permanente réunis…
Cette vidéo de prédiction, c’était le moment idéal pour convaincre tout le monde, alors pourquoi cette dérobade ?
À quand une exposition claire et transparente de la méthode de conception et d’utilisation du Saint graphique ? On nous la promet depuis des mois et, au jour d’aujourd’hui, soit le 25 février 2026, on attend encore…
Alors soit, sûrement qu’un jour cette exposition tant annoncée aura lieu, et peut-être même que, ce jour-là, je serai le premier à me plier derrière la pertinence de l’outil ainsi que derrière la rigueur méthodologique de son utilisation. Il n’empêche qu’en attendant, j’avoue personnellement percevoir dans chacun recours à ce Saint graphique une forme d’enfumage rhétorique ; enfumage d’autant plus dérangeant à mes yeux qu’il s’habille – volontairement ou pas, consciemment ou pas – des mêmes oripeaux sophistiques que ceux utilisés par les Usul et Cie. sitôt s’agit-il de décrédibiliser toute forme de critique portée à leur encontre.
Ça joue de la blague. Ça joue de l’autodérision. Ça joue de l’ironie. Pire, ça joue même parfois la carte du mépris.
Le procédé me dérange d’autant plus qu’il ne se limite pas qu’à l’usage du Saint graphique.
Sitôt la PaduTeam arrive-t-elle dans un angle mort de sa pensée ou une zone de faiblesse de son logiciel qu’elle reproduit régulièrement ce travers.
L’exemple qui m’a paru le plus édifiant à ce sujet, ce fut cette vidéo du 30 mai 2025 dans laquelle Padu et Zoé entendaient « réact » aux propos tenus par Nathalie Arthaud sur le voile islamique lors d’une interview donnée au Média. L’enjeu ouvertement affiché était de traiter la question « en tant que marxiste » afin d’éviter, y disait Padu « [d’]être affiliés à ce genre d’avis catastrophique ». Pourtant, quand on écoute ces 25 minutes de réact, non seulement on constate que la position tenue par Nathalie Arthaud ne dénote en rien avec ce que Marx, Engels ou Lénine ont pu écrire sur la question mais, en plus de ça, la contre-argumentation apportée par les deux influenceurs de la PaduTeam se révèle au mieux idéologiquement confuse – opposant à l’argumentaire marxiste d’Arthaud une critique de nature libérale et communautariste – au pire, totalement sophistique, voire franchement malhonnête.
Je ne vais rentrer ici dans le détail de la critique car c’est quelque chose que j’ai déjà eu l’occasion de faire ailleurs sur ce site (et je précise : textes à l’appui), donc si jamais ça vous intéresse – ou si jamais vous doutez du fondement de ma critique – je vous invite à consulter ma réaction postée sur la page dédiée à la chaîne de Pas Dühring.
Or, autant je peux leur pardonner le premier grief que je trouve le second difficilement acceptable. Parce que, sincèrement, je peux comprendre qu’on puisse juger le marxisme dépassé sur la question religieuse, surtout pour des individus de la génération z qui, comme Padu et Zoé, ont été biberonnés politiquement par Internet et donc, par son entremise, ont été pas mal modelés par des conceptions très étatuniennes du rapport à l’individu, à l’identité et au commun. Et si c'est la ligne qu'ils veulent vraiment défendre, alors soit... Mais dans ce cas-là, qu’ils assument.
Parce qu'au lieu de ça, la PaduTeam préfère multiplier les feux de diversion sur la question, les faux dilemmes ainsi que – osons dire les termes – le mépris et les insultes. Je n’en ferai pas la liste exhaustive ici puisque c’est, là encore, quelque chose que vous pourrez retrouver dans le post que j’avais déjà rédigé sur le sujet, néanmoins je me permettrais juste de rappeler avec quels mots Zoé a décidé de rentrer dans le débat.
Introduite par son partenaire d’antenne qui lui demande « comment ça va ? », elle lui répond littéralement ceci : « Salut Padu. Moi ça va très bien. Je vais voir avec intérêt l’avis désastreux de Nathalie Arthaud. LO sont-ils les class first originals complément teubés ? On va voir ça. C’est parti. »
Voilà. « Complétement teubés, » donc. Les camarades de lutte que sont les militants de LO apprécieront. Pour sûr que ça va grandement aider à tisser du lien sur le terrain, ça…
Et le souci, c’est que cette mécanique, avec la PaduTeam, elle est assez fréquente.
Sitôt abordent-ils une question qui reste ouverte à gauche, mais sur laquelle ils ont une position arrêtée, que les trois influenceurs vont très vite vicier le débat.
La primaire à gauche ? C’est une pantalonnade pour Chris ! Tout le monde sait très bien que c’est une machine à faire gagner les lignes les plus conservatrices. Et puis, de toute façon, comment espérer faire militer des glucksmanniens pour Mélenchon si Jean-Luc l’emporte et vice-versa ? Non. Le plus sûr moyen de gagner, c’est de partir avec des candidats qui ont des lignes claires, trancher la question par les urnes, puis compter ensuite sur les ralliements de second tour… C’est là une ligne qui peut se défendre, c’est vrai. Et je dis ça franchement, hein ! …Mais c’est aussi une ligne qui peut se contester.
Non, une primaire ne fait pas forcément émerger la ligne la plus conservatrice. Pour rappel, c’était Hamon qui avait remporté la primaire socialiste de 2022 et – on pense ce qu’on veut de Hamon – mais c’était le candidat qui affichait l’une des lignes les plus radicales lors de cette campagne. De même, il faudrait m’expliquer comment on peut espérer un ralliement autour d’un candidat de gauche radicale à une élection nationale si ce même candidat ne parvient déjà pas à être majoritaire sur un électorat de gauche. Parce que, pour rappel, le but de la primaire, ce n’est pas de forcer des glucksmanniens à adhérer, militer et tracter pour Mélenchon en cas de victoire aux primaires. Non, le but de la primaire, c’est de forcer Glucksmann à RETIRER sa candidature si c’est Mélenchon qui gagne la primaire. C’est tout. C’est juste acter le fait que, si tu n’es déjà pas capable de rallier la majorité des suffrages au sein de la gauche, alors ça ne sert à rien d’espérer la rallier lors du scrutin national. C’est donc trancher par les urnes avant l’autre passage aux urnes.
Dire ça, ce n’est pas dire que la primaire c’est la solution seule et unique car, effectivement, rien ne garantirait que les candidats perdants ne se présentent pas malgré tout au scrutin national, pas plus que ça ne garantirait une fidélité de la part de l’électorat de la primaire en faveur de son vainqueur. Malgré tout, en disant ça, c’est vrai qu’on reste avec cette question sur les bras : si la primaire n’est pas une machine à faire mécaniquement gagner la ligne la plus conservatrice, comment ça se fait que Mélenchon a toutes les chances de la perdre si jamais il y participe ?
La PaduTeam pourrait se poser cette question. Je considère même qu’au regard de la nécessité impérieuse d’une victoire de la gauche, la PaduTeam devrait se poser la question de savoir si Jean-Luc Mélenchon est bien la meilleure chance pour elle de gagner en 2027 ?
Mais, au bout du compte, il n’en est donc rien. Et non seulement, sur pas mal de questions, on se contente, du côté de la PaduTeam, de simplement reprendre la ligne et l’argumentaire de la France insoumise mais, en plus de ça, on se décide régulièrement à fermer toute forme de discussion par un napalmage de mépris quasi-systématique.
Ainsi, tout partisan d’une primaire à gauche devient dans le vocable de la PaduTeam, une « noisette ». Toute personne adhérant à une ligne antiraciste autre que la ligne décoloniale devient, comme Nathalie Arthaud, « un peu islamophobe ». Toute personne acceptant de concéder le caractère dictatorial de la présidence de Nicolas Maduro devient mécaniquement un valet de l’impérialisme étatsunien.
C’est du forçage en bonne et due forme, et un forçage qui est justement rendu possible par cette atmosphère « discussion entre potes ». Parce que derrière l’appel au « plaisir, [au] bonheur, [à] l’envie […] de venir se moquer » (je cite ici une intro de vidéo faite par Zoé sur Sarah Knafo), on se retrouve avec tout un dispositif qui établit deux camps antagonistes et binarisés à l’extrême, entre d’un côté la pensée des justes qu’il ne convient même plus de justifier et de l’autre la pensée des teubés d’en face qu’on peut moquer à l’envie.
Alors oui, on pourrait toujours me rétorquer que, dans le cas de Sarah Knafo, on peut bien se permettre. Après tout, c’est une vraie facho et il n’y a rien à sauver chez elle. Dans ce cas de figure, pourquoi ne pourrait-on pas se lâcher un peu ? ...D’accord, mais franchement, dans quel intérêt ?
Qui, parmi ceux qui regardent la PaduTeam, a besoin d’être convaincu de la nullité de Sarah Knafo ? Moi, je pense sincèrement que personne n’en a besoin. Ce qui veut donc dire que, si la PaduTeam continue de faire ça, c’est dans une pure logique de « Psyhodelik de gauche », en fait. C’est pour occuper l’espace. Faire de la rétention d’audience. Réduire les temps de respiration nécessaires à la réflexion. Bref, c’est pour entretenir des travers qu’on condamnait pourtant au moment de quitter Twitch.
Donc, comme quoi, on s’était dit, à la PaduTeam, qu’on ne le ferait plus, mais au bout du compte on le fait quand même. Et ça, pour moi, c’est clairement retourner dans le bourbier du Padustream dont on prétendait pourtant s’extraire.
Est-ce que la PaduTeam y gagne franchement à se laisser aller à ça ? Moi, sincèrement, je ne trouve pas. Et, à bien tout prendre, je pense que personne n’y gagne. Ni eux, ni nous, ni la gauche.
Est-ce que la PaduTeam et LFI y ont vraiment gagné, au moment du renversement du régime de Maduro, à faire le choix de s’arc-bouter contre l’emploi du mot « dictature » ?
Concéder ce mot, disait la PaduTeam, c’est forcément donner un point à l’impérialisme. De mon côté, j’ai plutôt l’impression qu’en s’arc-boutant sur ce terme, LFI a donné l’image d’un parti dans le déni qui refusait de considérer une réalité actée par tous. Qu'elle ait eu raison ou tort sur le fond du débat sémantique ne change en cela rien à l'affaire, car au bout du compte, la séquence médiatique s’est clairement faite en sa défaveur (et en plus de ça, en défaveur de la cause bolivarienne. Donc, par effet de vases communicants, en faveur de l’impérialisme.)
Est-ce que la PaduTeam et la LFI y gagnent vraiment lorsqu'elles refusent de lever les ambiguïtés et les contradictions présentes au sein de la mouvance décoloniale ? Je ne pense pas.
Je pense même que, sur ce point encore, elles renvoient toutes deux une image de déni et de complaisance à des fins électoralistes lorsqu'elles versent dans ce travers. En plus de ça, à tenir coûte-que-coûte une ligne que je juge personnellement comme confuse et contre-productive par rapport aux luttes qu'elles sont censées défendre, la PaduTeam comme la LFI entretiennent un point faible sur lequel elles peuvent régulièrement se faire attaquer et donc perdre en crédibilité.
D'ailleurs, de manière générale, la PaduTeam et la LFI y gagnent-elles tant que ça à cette stratégie dogmatique qui consiste à ne concéder aucun point à l'adversaire, quitte à user un peu de mauvaise foi ? Là encore, j'en doute franchement (et c'est un doux euphémisme).
La mauvaise foi, en politique comme ailleurs, c'est généralement un très mauvais calcul. Et si je devais conclure mon propos au sujet de la PaduTeam sur un point particulier, je le conclurais certainement sur celui-ci.
Malgré tout ce que j'ai pu dire lors de ces derniers paragraphes, je ne retire rien à ce que j'ai pu dire en première partie de critique. Oui, je continue de penser que, parmi les chaînes d'influenceurs politiques, la PaduTeam fait partie de celles qui ont su faire des choix louables et courageux dans une volonté sincère de faire évoluer le militantisme sur Internet vers quelque chose de productif et de vertueux. Ils espèrent participer à l'ouverture d'une brèche et, s'ils savent encore progresser, ils pourraient, à termes, y parvenir. Mais, de mon point de vue, ils n'y parviendront jamais vraiment s'ils ne savent pas se départir de ce qu'ils pensent être une nécessaire mauvaise foi.
Parce que le triple problème de la mauvaise foi c'est que 1) ça prend les gens pour des cons, 2) ça finit par se voir et surtout 3) ça finit toujours par nous rendre cons nous-mêmes.
Je ne sais pas comment évolueront les choses avec le temps, mais ce que je constate pour le moment, en ce jour de souffler la première bougie de la PaduTeam, c'est que la chaîne est en train de franchir un cap dans la malhonnêteté intellectuelle qui devrait tous nous interpeller et nous interroger, y compris nos trois influenceurs.
Moi par exemple, j'aimerais sincèrement savoir pourquoi, dans leur vidéo du 10 février 2026 consacrée à Clément Viktorovitch et les propos qu'il a tenus à l'encontre de la candidature de Sophia Chikirou, Chris n'a pas jugé nécessaire de réagir à TOUTE la vidéo de l'ancien chroniqueur du groupe Canal ?
Je tiens à le préciser tout de suite : tout comme la PaduTeam, je ne suis pas pleinement convaincu par le contenu produit par le rhétoricien et je partage d'ailleurs une bonne partie de leurs critiques à son encontre : sa manière de définir son positionnement politique, son approche essentiellement discursive de l'actualité politique, même la construction de sa vidéo à l'encontre de Sophia Chikirou, tout ça pose clairement problème.
Il n'empêche que l'argumentaire du bon docteur pour juger la candidature de l'Insoumise problématique reposait sur quatre points : sa récente mise en examen, son interview donnée à un influenceur complotiste, ses déclarations sur le régime chinois ET ses déclarations antisémites.
Cette vidéo de Viktorovitch, je l'avais vue avant celle de la PaduTeam, et je me souviens qu'en la visionnant, je m'étais dit : « s'ils font un réact, je peux encore voir comment ils entendent contrer les trois premiers points – surtout au regard des erreurs tactiques faites par le bon docteur – par contre, ça va être compliqué pour les accusations en antisémitisme, vu comment c'est sourcé à l'écran. Je ne vois pas comment on peut contrer ça dans un react, à moins développer un propos flirtant avec le complotisme. »
Au bout du compte, la PaduTeam ne s'est donc pas embarrassée : elle a traité les trois premiers points comme il était prévu qu'elle le fasse puis, au moment d'aborder le dernier point, « ciao bye ! Fin de la vidéo ! Pensez à vous abonner ! »
Le procédé est quand même moche, je trouve.
Et pour le coup c'est un pur procédé de youtubeur poubelle à la Psyhodelik.
On ne met aucun lien vers la vidéo d'origine, on en dit ce qu'on veut, on retient ce qui va dans notre sens, on retire ce qui va à l'encontre, et voilà comment on ferme une jolie boucle de confirmation ; une boucle de confirmation dont leurs auteurs finissent eux-mêmes par se retrouver eux-mêmes prisonniers.
En même temps, à une cadence d'une vidéo par jour, avec un boulot et une famille à côté, comment espérer prendre du recul sur ce qu'on sait, ce qu'on pense et sur ce qu'on dit ?
Tous les trois, je les pense bien intentionnés. Mais comme le dit si bien le dicton, l'enfer est pavé de bonnes intentions.
À force de vouloir remodeler pour les autres un monde sans cesse plus simple afin que celui-ci les conduise plus facilement vers la direction souhaitée, nos trois faiseurs d'opinion perdent de plus en plus de vue qu'eux-mêmes finissent par filtrer leur perception du monde au regard d'un prisme qui valide leur vision. Et c'est ainsi que sournoisement, à force de confirmations répétées, on finit par transformer tout cela en conviction inamovible ; une conviction d'autant plus forte qu'on est persuadé qu'on se l'est forgée soi-même, alors qu’en fait d'autres faiseurs d'opinion ont déjà travaillé en amont pour nous guider dans cette direction univoque.
Aujourd'hui, en ce mois de février 2026, il est de plus en plus compliqué de voir sur quels aspects la PaduTeam se distingue de la ligne insoumise.
Les trois influenceurs contesteraient certainement une telle affirmation, rappelant leurs nombreuses déclarations au sujet d’Un Avenir en commun qu’ils ne jugent pas suffisamment radical. Et si, sur ce point, il est vrai qu’ils n’auraient pas tort, il n’empêche qu’en parallèle de ça, ils se sont transformés, ces derniers temps, en véritables chiens de garde du mouvement de JLM.
Les tirs de barrages se multiplient de leur part contre tous les médias ou influenceurs qui se permettraient de douter de la nécessité de sa victoire, voire de l’avènement de cette victoire. Quelques semaines avant le débunk sélectif opéré contre Viktorovitch, la PaduTeam traitait justement de cette fameuse affaire de mise-en-examen opposant le Média à la candidate insoumise. Elle y avait défendu la thèse de la manipulation judiciaire (et franchement, pourquoi pas), mais elle l’avait fait en ne s’appuyant pour cela que sur une seule source : la déclaration de Sophia Chikirou.
La PaduTeam a-t-elle caressé la possibilité que cette déclaration puisse être potentiellement arrangeante à l’égard des faits ? Bien sûr que non. Mais je ne pense pas qu’il faille y voir là un acte de confiance aveugle. Je pense juste qu’il faut y voir là la conséquence d’un désintérêt stratégique pour une certaine réalité des faits. Il faut sauver le soldat Chikirou, qu’importe ce qu’elle peut cacher.
C’est d’ailleurs avec ce genre de petits arrangements réguliers avec la réalité que, de temps en temps, la PaduTeam s’autorise désormais à mobiliser quelques fake news qui vont dans le sens d’une défense des intérêts insoumis. Qu’il s’agisse de la rumeur attribuant une domestique sans titre de séjour au couple Corbières-Garrido ou bien de celle faisant de Glucksmann un agent de la CIA, on semble désormais prêts, du côté de la PaduTeam, à franchir de plus en plus de lignes rouges pour aider à la victoire de JLM en 2027…
Récemment encore, ça tirait à boulets rouges sur un débat Médiapart opposant le sociologue Manuel Cervera-Marzal et le politologue Rémi Lefebvre au sujet de la possibilité d’une victoire de JLM aux prochaines présidentielles. Une heure complète à dégainer des « noisettes » et autres « noisetas » ; sautant de timecode en timecode pour cibler les points du débat qui collaient le plus avec leur narratif, ; et ne sachant sortir comme nul autre argument pour asseoir la supériorité de leur analyse politique que le Saint graphique ; ce fameux Saint graphique dont on attend toujours de soulever le capot pour voir à quoi il tourne vraiment…
Tout ça prend quand même de plus en plus des allures de martèlement sophistiqué à but bassement propagandiste.
Parce qu’ils en diront ce qu’ils en voudront, nos chers camarades de la PaduTeam mais, pour le moment, en l’état actuel de leur argumentation, cette victoire de Mélenchon en 2027 qu’ils ne cessent d’annoncer avec de plus en plus de certitude, ce n’est en fait qu’un pari. Présenté au départ comme un possible scénario qu’on se raconte sous forme de blague, voilà que c’est progressivement devenu une véritable prophétie ; un acte de foi qu’on cache de moins en moins derrière le rideau protecteur de l’ironie.
On verra bien ce qui se passera en 2027 mais, en ce qui me concerne, j’avoue avoir du mal à envisager comment Jean-Luc Mélenchon pourrait gagner les Présidentielles, même s’il se qualifie au second tour. Et face à cette possibilité, j’avoue que j’attends de voir comment la PaduTeam réagira dans cette situation de probable gueule de bois.
Auront-ils la même réaction que tous les influenceurs et militants insoumis, c’est-à-dire considérer qu’on a bien tout fait comme il le fallait chez les Insoumis mais que, tout ça, c’est de la faute des autres ? Faute aux autres candidats qui ne se sont pas retirés. Faute aux médias soc’dem qui ont bien torpillé JLM. Faute aux électeurs petits bourgeois qui se disent de gauche mais qui, au bout du compte, ont encore préféré jouer à nouveau la carte de la social-traitrise…
Se livreront-ils donc à ces chouineries de militants gazelightés, ou bien auront-ils le bon réflexe de l’analyse politique ? Du recul critique ?
Cet aveuglement pour Mélenchon, il est pour moi le révélateur de tout ce qui cloche encore dans l’activité militante de la PaduTeam et de tout ce qui leur reste à accomplir. Car cet aveuglement, pour moi, il n’est possible que lorsqu’on pratique son militantisme en vase clos, soit dans des bulles internet, soit dans des happenings ne réunissant que des convaincus.
Un peu d'expérience de terrain suffit généralement déjà à grandement reconsidérer ce narratif insoumis qui s'impose dans tous les médias. Dans ma circo par exemple, c’est devenu compliqué de tracter sans être agressé verbalement, voire parfois physiquement, par des militants insoumis. Leurs militants n’ont aucune formation de terrain et traitent les autres forces de gauche comme des bandes rivales avec lesquelles il faut littéralement se battre pour gagner des territoires. Ils refusent toute invitation à discuter puis ils font des déclarations à la presse dans lesquelles ils inversent les rôles sans ciller. Et sitôt interroge-t-on les camarades des autres circos qu’on tombe sur des récits similaires, parfois même plus inquiétants. Dans pas mal d’endroits, ça négocie avec les imams et les grands frères. Dans d’autres, on passe des accords électoraux locaux qu’on ne respecte pas ensuite.
La réalité du terrain de la France insoumise, c’est celle-là, et elle s'ajoute à une réalité au sommet du mouvement où on retrouve les mêmes comportements, lesquels étant décuplés par les coups de sang propres au personnage de Mélenchon et face auxquels il n'existe aucun garde fou. Une réalité qui, si on l'a prend bien dans son ensemble, permet de comprendre que LFI n'est pas vraiment une machine mise au service de la victoire de la gauche, mais plutôt une machine visant à établir son hégémonie sans partage à gauche.
Et une fois qu’on commende à considérer ce schéma d'action, on peut comprendre pourquoi certains partis de gauche ont plutôt tendance à favoriser des alliances sans la France insoumise.
Réaffirmer ça, ce n’est pas dire que les Insoumis sont les méchants de l'histoire et que les autres en sont les gentils. Ce n’est pas dire non plus qu’ils ont tort sur tout et que seules les forces traditionnelles de la gauche sont dans le vrai. Loin de là. Parce que, l'air de rien, la stratégie de LFI rappelle quand même – et sur pas mal d'aspects – le PS mitterrandien (...ce qui n'a rien d'étonnant d'ailleurs quand on sait d'où est issu Mélenchon, mais ça, ce serait un autre sujet à traiter.)
Par contre, en réaffirmant ça, on se donne de nouvelles clefs de compréhension pour appréhender la réalité politique. On abandonne ses œillères de militant bas du front et on s'offre la possibilité d'aborder l'actualité avec davantage de lucidité. On comprend que tout le monde à gauche va avoir besoin de repenser en profondeur sa stratégie si on aspire vraiment à de futures victoires, Insoumis y compris.
Moi, c’est ça que j’attends d’un média ou d’un influenceur de gauche. Et c’est ça que la PaduTeam peine encore à produire, mais qu’elle pourrait produire un jour.
Après, n’oublions pas que l’équipe n’a officiellement qu’un an. N’oublions pas que, déjà, par le passé, ils ont su se remettre en question et qu'ils ont su prendre des décisions courageuses. Les choses ont encore le temps de murir pour eux, et c’est sincèrement ce que je leur souhaite…
Cependant – je ne vais pas vous mentir – je pense qu'avec les élections présidentielles qui approchent, je vais quelque peu prendre mes distances avec tous ces influenceurs peu soucieux de la rigueur intellectuelle. Car sur des sujets aussi cruciaux, la rigueur me semble plus que jamais de mise. Je vais donc suivre tout ça aux côtés de l’Huma, et reléguer les camarades de la PaduTeam à la remise. Je le conçois, à leur égard c’est peut-être un petit peu rêche. Mais je préfère revenir vers eux, lorsqu’il y aura vraiment la possibilité d’une brèche…