Pax Massilia
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Pax Massilia

Série Netflix (2023)

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Marseille, un paradis pour les fictions Netflix ?

Saison 1 :

Avec les faits divers sanglants qui s’accumulent à Marseille depuis pas mal d’années, il est malheureusement inévitable que la seconde ville de France soit devenu peu à peu l’un des décors les plus propices à mettre en scène des histoires de criminalité et de violence. Comme avec le Chicago de la prohibition ou le New-York sauvage des années 70, ou comme encore avec les favelas de Rio de Janeiro, les scénaristes paresseux des films ou séries TV policières peuvent toujours compter sur la couche de fantasmes qui s’est progressivement sédimentée dans le cerveau du (télé)spectateur pour se payer à peu de frais une crédibilité de personnages hyper-violents, sanguinaires, corrompus, pas très fûtés non plus. Bien sûr, tous les amoureux de la belle ville de Marseille ne pourront que se sentir offusqués par cette représentation caricaturale d’une cité qui semble ici être totalement livrée à la violence et la corruption, et où il est visiblement impossible d’aller à la plage sans se prendre une balle perdue : ils se consoleront, espérons-le, en admettant que c’est toujours mieux que d’utiliser les tensions sociales bien réelles pour faire de la propagande d’extrême-droite, comme ça avait été le cas dans le scandaleux BAC Nord !

Le titre de la série, en latin s’il vous plait, est une allusion directe à la période historique appelée « pax romana », pendant laquelle l’Empire Romain connut une paix relative, après avoir liquidé les petits chefs de guerre locaux qui se menaient jusque là des guerres continuelles. Dans Pax Massilia, c’est un flic issu des quartiers chauds, Lyes, qui a « pacifié » la ville en concluant un accord avec le plus gros dealer de la région, Ali Saïdi – un ancien ami d’enfance – lui permettant d’assurer un contrôle total sur tout le trafic de drogues à Marseille. Jusqu’à ce que cette paix soit rompue par l’apparition d’une équipe rivale, qui ne recule devant aucune violence, même la plus horrifique, pour déstabiliser la ville.

On retrouve clairement ici l’un des sujets fétiches d’Olivier Marchal, ex-flic passé au cinéma : il est impossible de faire régner l’ordre sans, dans une certaine mesure au moins, pactiser avec l’ennemi. C’est la vieille théorie de la « real politik », selon laquelle le mieux est l’ennemi du bien, et les idéaux se fracassent toujours contre la coque très dure de la réalité. Cette vision du monde n’est pas forcément très enthousiasmante, surtout quand elle revient à nous rendre sympathiques certaines des ordures dans le milieu des trafiquants, et antipathique le personnage (classique) du flic intègre travaillant aux « affaires internes » et chargé de nettoyer les écuries d’Augias.

Pourtant, paradoxalement, en dépit de l’accumulation de clichés et l’idéologie assez douteuse qui sous-tend la fiction, Pax Massilia reste une série relativement divertissante. Et le charme de Jeanne Goursaud, échappée des Barbares germaniques (mais conservant une pointe de son joli accent allemand) ainsi que la forte personnalité de Nicolas Duvauchelle ne sont pas étrangers à notre bienveillance !

Il reste que cet équilibre précaire entre les outrances d’une série peu subtile et notre bonne volonté finit par être gâché dans les derniers épisodes, quand le scénario empile au delà de toute vraisemblance les vengeances personnelles des uns contre les autres, les liens familiaux et émotionnels, les destins entremêlés et les débats cornéliens. Avec une histoire un peu plus simple, avec un peu moins d’excès dans la description du milieu marseillais, Pax Massilia aurait presque pu être une bonne série…

[Critique écrite en 2024]

https://www.benzinemag.net/2024/01/05/netflix-pax-massilia-marseille-un-paradis-pour-les-fictions-netflix/

Saison 2 :

Est-il raisonnable d’attendre encore, après autant d’années à le voir sévir dans le cinéma français, un changement chez Olivier Marchal ? Sans doute pas, d’autant que sa série Pax Massilia a été plutôt bien reçue hors de France, où le public avide d’action et de clichés brutaux et machistes y a trouvé son content. Donc pas de tentative de réinvention en vue dans cette saison 2. On est plutôt dans une envie de creuser le même sillon, et même – ce qui en soit n’est pas inintéressant – d’assombrir encore l’univers de la série. Un univers "à la Marchal", donc, brutal et tendu, où les différences entre flics et truands sont finalement anecdotiques, dont il s’agit cette fois d’accentuer la noirceur. Plus question d’ailleurs de parler de « paix », maintenue tant bien que mal par des compromis et des compromissions comme dans la première saison, cette fois, c’est la guerre à Marseille.

Car cette fois, le héros corrompu (Tewfik Jallab, toujours aussi inexpressif et monocorde) n’est plus policier : il est devenu un taulard dont la peau ne vaut pas cher, avant de se reconvertir en infiltré chargé de faire tomber son « frère » truand, pour pouvoir retrouver son honneur et son poste. Soit le trajet classique d’un infiltré déchiré entre des loyautés contradictoires, comme dans des dizaines de polars qui ont raconté le même genre d’histoire. Et qu’il ne s’agit pas non plus de réinventer.

Dans cette seconde saison, Pax Massilia renforce sa structure feuilletonnesque : les intrigues s’enchevêtrent, les doubles jeux se multiplient, les alliances se font et se défont, et, comme toujours chez Marchal, les lignes entre institutions, politique, police et monde du crime deviennent chaque fois plus poreuses. L’histoire de cette saison 2 ne manque donc pas de densité, mais elle génère aussi un effet de confusion, d’excès : trop de groupes antagonistes qui s’affrontent, trop de conflits entre individus, trop d’enjeux qui se contredisent et s’embrouillent, au risque que le téléspectateur baisse les bras et devienne largement indifférent à ce qui se passe à l’écran, en attendant la prochaine « surprise » ou la prochaine scène d’action.

Le point le plus intéressant de cette seconde saison, c’est la prise en compte par le scénario d’une réalité tragique constatée « sur le terrain », à Marseille comme ailleurs : le rajeunissement des criminels, avec l’apparition de tueurs sans pitié qui n’ont même pas encore 15 ans. L’excellent personnage de Mehdi, superbe – parce qu’ignoble et effrayant – « bad guy », ajoute beaucoup d’intérêt à la saison, même si paradoxalement, la série semble finalement s’en désintéresser pour revenir aux rapports plus convenus entre les deux « frères » ennemis, Lyès et Ali. On notera aussi le personnage « nouveau » du très jeune cousin descendu de Paris pour faire ses armes de tueur à Marseille, rapidement désarçonné par la violence extrême de ce monde qu’il découvre.

A l’inverse, cette seconde saison s’intéresse moins que la première à la « vie réelle » des habitants des quartiers, et perd donc en réalisme, au profit de l’intensification des scènes d’action et des intrigues « policières ». Elle néglige également un peu trop le beau personnage d’Alice, et Jeanne Goursaud n’a plus grand chose d’intéressant à faire. Certes, la mise en scène reste l’un des points forts les plus évidents de Pax Massilia : la tension est quasi permanente, les scènes d’action sont brutales. Marseille n’est plus une ville, mais un champ de bataille… répondant ainsi parfaitement aux fantasmes des acharnés de la répression tout azimut.

Si les dilemmes éthiques des personnages sont clairement posés, et la question de la responsabilité de chacun au sein d’un système gangrené est au centre de la série, l’écriture de Marchal et de ses co-scénariste privilégie la posture, le geste, la punchline, au détriment de la complexité psychologique. Finalement, Pax Massilia questionne beaucoup la morale et le devenir d’une société en crise, mais ne fait pas grand chose de ces questions. Elle capte quelque chose de notre époque (la défiance générale envers les institutions, la spirale sécuritaire, la tentation du cynisme), mais, dans ce qui est typique d’ailleurs de la majorité des "produits Netflix" , elle se contente d’en faire un spectacle addictif qui n’encourage jamais la réflexion.

Il reste à espérer que la prochaine saison, qu’on nous promet s’attaquant aux plus hautes sphères du pouvoir, fera preuve de plus d’ambition.

[Critique écrite en 2025]

https://www.benzinemag.net/2026/01/07/netflix-pax-massilia-saison-2-bellum-massiliense/

Eric-Jubilado
5
Écrit par

Créée

le 5 janv. 2024

Modifiée

le 7 janv. 2026

Critique lue 196 fois

Eric-Jubilado

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