Le film à sketches Persona, porté par la présence centrale de IU, construit une réflexion fragmentée mais cohérente sur la femme, le désir et la manière dont une existence est transformée par le regard des autres. Quatre courts-métrages, quatre écritures différentes, mais une même idée sous-jacente : une femme comme miroir des projections amoureuses, fantasmées ou douloureuses.
Le premier court-métrage s’ancre d’abord dans une dimension très physique du désir. Le sport, le tennis, les échanges de balle deviennent une extension du corps et des émotions. On y lit une tension permanente entre attraction et rivalité, mais surtout une mise en avant du corps comme premier langage de l’amour. Les gros plans sur les visages, les lèvres, les gestes, les contacts presque accidentels, tout renvoie à une sensualité contenue. Même la supposée intrigue autour du père et de la jalousie se brouille progressivement : ce qui semblait être une rivalité familiale se reconfigure en un jeu plus ambigu entre deux femmes, où le désir circule à travers les regards, les frôlements, et les émotions non dites. Le corps devient ainsi le véritable terrain de vérité, bien plus que les mots ou les récits apparents.
Le deuxième court-métrage glisse vers une autre forme de puissance : celle de l’envoûtement. La femme n’est plus seulement désirée, elle devient celle qui attire et absorbe les autres, presque mythologique, proche de la figure de la sirène. Les hommes y apparaissent vulnérables, incapables de résister à cette force qui les dépasse. Le désir n’est plus seulement une tension entre deux individus, mais une dynamique de domination émotionnelle, où la femme semble posséder un pouvoir quasi fatal sur ceux qui l’entourent.
Le troisième court-métrage introduit une rupture plus douce : celle de la découverte du sentiment amoureux. Ici, tout est dans l’entre-deux, dans ce moment fragile où l’amitié peut basculer vers autre chose sans jamais en être certain. L’amour n’est ni désir brut ni fascination, mais hésitation, proximité, silences et gestes retenus. C’est une exploration de la naissance du lien, là où les émotions ne sont pas encore nommées mais déjà ressenties.
Enfin, le quatrième court-métrage bascule dans une dimension plus intérieure et presque onirique. La femme n’est plus pleinement présente dans le réel : elle apparaît à travers le rêve, la mémoire et les projections mentales du personnage masculin. Elle devient une présence absente, persistante, qui continue d’exister dans les souvenirs et les visions. Cette lecture ouvre une interprétation où l’absence n’efface pas l’amour, mais le transforme en réminiscence. Cependant, cette persistance est traversée par une idée plus sombre : le sentiment que les rêves s’effacent, que les morts finissent par être oubliés, et que même le désir d’être aimée peut se dissoudre dans le temps. Le quatrième segment devient alors une réflexion sur la fragilité du souvenir et sur la frontière incertaine entre rêve et disparition.
Ainsi, les quatre récits dessinent une progression implicite : le désir charnel du corps, l’envoûtement et la fascination, la naissance du lien amoureux, puis la trace onirique et fragile laissée par l’absence.
La performance de IU est essentielle à cette construction. Elle n’est pas seulement un personnage, mais un point fixe autour duquel se projettent différentes formes de féminité. Sa présence repose sur une grande subtilité : les regards, les silences, les expressions légères du visage, les jeux narratifs donnent à chaque segment du film une tonalité différente, tout en maintenant une continuité émotionnelle. Elle peut être à la fois objet de désir, figure de pouvoir, jeune femme hésitante ou souvenir fantomatique. C’est cette capacité à incarner des états émotionnels contradictoires qui donne au film son unité.
Au final, Persona ne raconte pas seulement l’amour ou la femme, mais la manière dont une existence est fragmentée par les regards et les mémoires des autres. Entre le corps désiré du premier segment et la femme rêvée et peut-être vouée à disparaître du dernier, le film explore une même question : comment une personne continue-t-elle d’exister lorsqu’elle n’est plus seulement vécue, mais imaginée, désirée ou rêvée ?