8
3 critiques
Un début incroyable
Le scénario où on voit une unité humaine fonctionnelle, pragmatique, qui au final fait passer les humains restants pour des ordures. Un idéal humain finalement qui répond à tout les problèmes de...
le 17 nov. 2025
J’ai lu absolument tout et son contraire sur Pluribus, cette série qui semble avoir cristallisé pas mal de tensions en 2025. Forcément, je l’attendais au tournant. Déjà parce que derrière il y a Vince Gilligan, un auteur dont je sais qu’il est capable du meilleur comme du pire à mes yeux. Breaking Bad reste encore aujourd’hui ma série préférée, une œuvre qui m’a marqué au fer rouge, là où Better Call Saul, malgré ses qualités évidentes, m’a toujours paru indigne d’exister comme spin-off d’un monument aussi culte. Autant dire que je regardais Pluribus avec une vraie méfiance mêlée d’attente.
Et pourtant, dès le premier épisode, quelque chose a pris. Là où beaucoup ont crié à la lenteur, au côté trop méditatif, voire ennuyeux de la diffusion hebdomadaire, je me suis senti parfaitement à l’aise dans ce rythme. Parce que cette lenteur n’est jamais vide. J’ai trouvé l’écriture extrêmement efficace, justement parce qu’elle prend le temps de poser ses idées, de les laisser infuser, de ne jamais souligner lourdement ce qu’elle raconte. Pluribus parle beaucoup, tout le temps, même quand elle semble se taire.
Alors franchement, j'aimerai parler pour commencer de l’écart gigantesque entre ce que j’ai lu autour de la série et ce que j’y ai vu. Là où certains ont dénoncé du wokisme, de la récupération politique un peu paresseuse, j’ai perçu presque l’inverse. Une œuvre pleine de nuances, parfois même une critique très acide de la bien-pensance et de la pensée unique. Le concept de ce virus qui rend les gens gentils, fragiles, obsédés par un vivre-ensemble forcé m’a immédiatement évoqué une métaphore du communisme poussé à l’extrême, ou plus largement d’une idéologie qui prétend gommer toute aspérité humaine au nom de l’harmonie collective.
Il y aurait des dizaines de scènes à citer, mais celle impliquant John Cena m’a littéralement scotché. À la fois hilarante et profondément glaçante. Sa triple lecture est redoutable. On y découvre que ces créatures sont contraintes de se manger elles-mêmes, que cette horreur est intégrée à leur fonctionnement, et pire encore, qu’elle est tacitement acceptée par ceux qui n’ont pas été touchés par le virus. Tout est dit à ce moment-là et le rire se coince dans la gorge, tant il tétanise le spectateur!
Plus la série avançait, plus j’avais l’impression qu’elle formulait un message global d’une violence assez folle. Le prix de l’harmonie, ici, c’est la déshumanisation. Et le choc est d’autant plus fort à l’ère de l’IA. Pluribus montre une société parfaitement fonctionnelle, fluide, apaisée en apparence, mais qui n’existe qu’au prix d’une élimination méthodique de ce qui nous rend humains. Le conflit, la contradiction, la diversité des opinions. Cette société finit par ressembler à une intelligence artificielle collective, souriante, efficace, mais totalement vide d’empathie réelle. Une empathie mimée, performative, poussée jusqu’au ridicule, et c’est précisément cette exagération qui, à mes yeux, confirme la pertinence du propos.
J’ai aussi beaucoup aimé la symbolique liée à l’héroïne principale. Le paradoxe est brillant. Une femme lesbienne, dans un monde devenu totalement progressiste, normé dans sa bienveillance, et qui finit par rejeter en bloc ce système pourtant censé la protéger. Ce décalage crée un contraste extrêmement fort et renforce l’idée d’une dictature de la majorité, même quand celle-ci se pare des habits de la tolérance.
Un autre paradoxe m’a littéralement glacé le sang. Les victimes du parasite respectent scrupuleusement le consentement des personnes immunisées, alors que le parasite, lui, a colonisé l’humanité sans aucun accord. J’y ai vu une hypocrisie monstrueuse. Les immunisés, bien heureux de la situation, se cachent derrière une façade de bienveillance alors qu’ils profitent en réalité de la défaillance totale de ce système. En y repensant, j’en ai encore un frisson. Aucun enfer ne me semble plus cruel que celui-ci. Un enfer qui ressemble à un paradis, aux apparences les plus douces, les plus morales, les plus rassurantes.
Au-delà de l'aspect un peu lent, je regrette de ne pas avoir eu de belles scènes dialogués et des moments cultissimes qui m'impliquait un peu plus... Mais avec tous ce que cette première saison a pu apporté et au vu du ton, j'en demande certainement beaucoup trop?
Je comprends parfaitement que tout le monde n’y voie pas ce que j’y ai vu. Je comprends qu’on puisse trouver la série froide, exigeante, trop lente, trop contemplative pour une grande partie du public. Pluribus demande une attention constante, une disponibilité mentale que beaucoup n’ont plus envie d’accorder.
D'ailleurs sur les premiers épisodes, j'étais surtout touché par ce que j'avais interprété, à savoir une héroïne qui incarne surtout la dépression sous tous ces aspects et un monde qui lui semble totalement inadapté, même quand tous le monde semble l'aider. J'entrevoyais les prémisses d'une oeuvre sur la dépression, en nous plaçant dans la peau d'un personnage dans le pire/meilleur environnement possible... Et non!
J'ai pu d'ailleurs suivre des tonnes d'avis d'influenceurs ayant détesté la série, au moins ou j'en viens presque à croire que je dois être un fou furieux de l'avoir interprété de la sorte...
Mais de mon côté, je sais déjà que je me jetterai sur une suite sans la moindre hésitation. Cette première saison m’a totalement conquis. Parce qu’elle ose dire que vouloir supprimer tout conflit pour atteindre la paix, c’est vouloir supprimer l’humain lui-même. Parce qu’elle montre qu’on préfère souvent singer la bienveillance plutôt que l’incarner réellement. Et cette idée-là, aussi dérangeante soit-elle, continue de me hanter bien après le générique de fin.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleures séries de 2025 et Les meilleures séries des années 2020
Créée
le 27 déc. 2025
Critique lue 78 fois
8
3 critiques
Le scénario où on voit une unité humaine fonctionnelle, pragmatique, qui au final fait passer les humains restants pour des ordures. Un idéal humain finalement qui répond à tout les problèmes de...
le 17 nov. 2025
3
7 critiques
Un début de scénario sympa. Voilà un des seuls compliments que je ferai à cette série. Ça retombe comme un soufflet dès le deuxième épisode. Plus rien. Vide. Derrière la première bonne idée se cache...
le 14 déc. 2025
8
179 critiques
Soyons honnêtes, quand j'ai vu que Vince Gilligan (le génie derrière Breaking Bad) revenait sur Apple TV+ avec une série de science-fiction, j'étais curieux mais méfiant. Est-ce qu'il pouvait...
le 22 nov. 2025
9
983 critiques
Kazuo Umezu, si ce grand nom du manga trônant aux côtés d’un Osamu Tezuka ne vous dit rien, c’est avec joie que je serais votre guide. Cet immense artiste est au manga d’horreur ce que les Frères...
le 22 févr. 2018
3
983 critiques
J’ai pas tenu bien longtemps… Seulement 5h… Puis voici l’éternelle question, ais-je le droit de donner un avis car j’ai fait le choix de ne pas perdre encore 35h sur ce jeu? Je suis vraiment désolé,...
le 3 juin 2020
10
983 critiques
Y'a un truc que je trouve insupportable chez les gens de SensCritique... Je consomme beaucoup de produit culturel, donc je passe beaucoup de temps sur ce site et je lis aussi beaucoup de critique...
le 19 oct. 2018
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème