Je n'y vais pas par quatre chemin, la série est très bien, très bien faite, inventive et super originale. Pondre un pitch pareil, il faut le vouloir, ou avoir la fanbase suffisante pour être sûr d'être suivi par des millions de personnes. En fait il faut s'appeler Vince Gilligan.

La série qui n'a rien à envier aux épisodes "spéciaux" d'X-Files dont Gilligan avait le secret tout en étant la digne héritière de Better Call Saul et Breaking Bad avec son rythme parfois lent, sa réalisation ultra chiadée et ses dialogues savoureux. Pluribus est encore plus ambitieuse sur ces points car elle est centrée sur la solitude et l'individualisme donc les interactions sont plus rares, il y a beaucoup de moment d'errance. On verra souvent Carole (Rhea Seahorn) seule, isolée et l'on se focalise avant tout sur sa psyché. On la voit pleurer, douter, déprimer, errer, et tout tourne autour de ce personnage qui n'est pas spécialement sympathique mais auquel on s'attache forcément. Et tout cela est mis en relation avec l'intelligence collective extra-terrestre (je n'en reviens toujours pas de ce pitch) si "bienveillante".

Je comprends la démarche de Gilligan de vouloir faire autre chose tout en faisant en sorte que ça colle parfaitement à son style (la lenteur des scènes, des plans) mais je trouve que la formule marche tout de même moins bien. Alors oui l'actrice est incroyable, oui la réalisation est très soignée, on dirait presque du cinéma à ce niveau mais est-cela qu'on a envie de voir ça quand on mate une série ? Vous me direz il est fou le gars, il se plaint que la série soit une masterclass de réalisation et de direction photo...mais ce n'est pas ça..

C'est très cool de faire du cinéma en format série mais regardez Friends, une nounou d'enfer (oui je sais c'est des sitcom), ou même Lost, les Sopranos, ou n'importe quelle série des années 90-2000, pas besoin d'atteindre un tel niveau de perfection, de netteté et de moyens pour faire une bonne série et raconter une bonne histoire. Le perfectionnisme de Gilligan le dessert un peu et ça devient parfois pompeux d'autant que son style est très reconnaissable. Je saluerai toujours Gilligan sur le fond mais sur la forme, je trouve cela parfois trop léché et même un peu nombriliste d'autant que le gars commence à se répéter un peu....Si vous avez vu en intégralité Better Call Saul et Breaking Bad, il y a peu de chance que l'ambiance de Pluribus vous décroche la mâchoire. De plus je trouve que la série est vraiment autocentrée, dans ses thèmes, dans son rythme, dans le temps d'écran des personnages, c'est une ode à Rhea Seahorn, et en tant qu'actrice encore méconnue, je comprends tout à fait la démarche, mais on ressent cette volonté de créer un show télé qui tourne littéralement autour de l'actrice (dont Gilligan doit être amoureux même platoniquement). Mais le pitch aussi fou soit-il ne suffit pas à créer toutes l'alchimie, les réactions chimiques d'un Breaking Bad où l'on avait une galerie très fournie de personnages et donc des situations forcément plus variées, plus rythmées. Dans Pluribus il arrive souvent de faire du surplace, de se regarder le nombril et même si c'est voulu, c'est pas pour cela que c'est intéressant à suivre et ce malgré le talent indéniable de Vince G. de parvenir à filmer des banalités, tout en y agrémentant beaucoup de sous-textes et de la symbolique.

Donc voilà avec Pluribus, j'ai un peu le cul entre deux chaises. D'un côté je suis bluffé par ce que fait Vince G. d'un tel pitch et comment il arrive à nous happer avec cette histoire étonnante et ce rythme si lent. Et en même temps, en dressant le bilan de cette saison 1, je ne peux m'empêcher de me dire que finalement ça n'a pas raconté grand chose, que toutes les grandes questions que posent la série ne sont pas si bien exploitées, et finalement pas si profondes. Alors oui le sous-textes est très riche, ça parle d'individualisme face au collectivisme, de solitude, l'isolement, de dépression, de l'homosexualité, de l'IA, de régime totalitaire, de positivité toxique, de la "zombification" des consciences, de deuil aussi (avec Helen dont j'ai apprécié cette présence quasi désincarnée), bref de la condition humaine sous toutes ses formes face aux changements (réseaux sociaux, IA, société de consommation, société en général) et face à sa chute. Et je ne parlerais pas des révélations assez prévisibles comme celle où on apprend que les "Autres" mangent les humains..une idée horrifique rigolote (ou ultra glauque pour d'autres) en soit, mais on le voyait venir à des kilomètres....même chose pour l'épisode final avec la bombe...que vont-il en faire ? Perturbant, intriguant, mais ça peut aussi être un pétard mouillé, à voir...C'est à se demander si un film de 2h n'aurait pas suffit.

Les questionnements ou la réflexion qu'amène le visionnage de la série sont donc assez sommaires, on y répond assez vite et surtout, tout cela est présenté par un prisme très américano-occidental...Carol est un personnage plutôt négatif car il incarne les valeurs occidentales de liberté, d'individualité, là où les survivants comme Carol qui viennent du tiers monde sont plutôt réceptives et profitent de cette nouvelle vie et sont même prêt à se faire effacer. Mais en même temps ces valeurs de pays riches nombrilistes destructives, sont peut être la solution pour sauver l'humanité (certains pourraient y voir un discours limite anti-écolo ou anti-woke alors que Carol est lesbienne mais c'est un autre débat).

Finalement qui peut penser que "les autres" sont la solution pour l'humanité ? ou qu'ils sont pétris de bonnes intentions... Ils tuent littéralement les humains qu'ils occupent, ils sont pacifiques, mais cherche à coloniser l'univers et à "changer" ceux qui leur résistent.

On verra bien en saison 2 en 2027, autant d'attente c'est vraiment abusé (le prix de la qualité) mais ça peut valoir le coup.

uther
7
Écrit par

Créée

le 6 janv. 2026

Modifiée

le 7 janv. 2026

Critique lue 18 fois

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