Poker Face m'a fait passer un très bon moment, porté par un concept aussi simple qu'efficace : Charlie Cale, interprétée par une Natasha Lyonne excellente et parfaitement dans son élément, possède le don de détecter instantanément quand quelqu'un lui ment, ce qui fait d'elle une enquêtrice hors pair au fil de ses pérégrinations à travers les États-Unis après avoir fui des ennuis à Las Vegas. Le format en épisodes largement autonomes, façon polar rétro à la Columbo où l'on connaît le coupable dès le début et où le plaisir vient de voir comment Charlie va démêler la vérité, fonctionne remarquablement bien et donne à la série un charme suranné très agréable, renforcé par une réalisation soignée signée notamment Rian Johnson et un casting d'invités vraiment savoureux d'épisode en épisode. L'écriture est maligne, souvent drôle, et Natasha Lyonne porte littéralement la série sur ses épaules avec un charisme et une présence qui rendent Charlie immédiatement attachante, entre répartie mordante et vulnérabilité bien dosée. Le souci, c'est que ce format épisodique, bien que rafraîchissant, montre aussi ses limites sur la durée d'une saison entière : certains épisodes sont clairement plus réussis que d'autres, l'intrigue globale autour de la traque de Charlie par des hommes de main reste assez en retrait et peine à créer une vraie tension sur l'ensemble de la saison, et la mécanique du récit, une fois bien identifiée, perd un peu de son effet de surprise au fil des épisodes qui se ressemblent parfois trop dans leur structure. On sent aussi que la série joue la carte de la sécurité en restant très fidèle à ses influences plutôt que de prendre de vrais risques narratifs, ce qui est appréciable pour le confort de visionnage mais qui manque d'un peu d'audace pour vraiment marquer les esprits sur la longueur. Au final, cette première saison de Poker Face reste une réussite solide et un vrai plaisir à suivre, portée par une actrice principale en état de grâce et un concept malin qui fonctionne bien, même si la série aurait pu se permettre un peu plus de prise de risque pour éviter une certaine sensation de redite sur certains épisodes.