Quand tu te demandes au premier épisode s'il y a une saga littéraire à l'origine de cette série, ça en dit long sur l'ampleur de l'ensemble.
Le premier épisode est un chef d’œuvre et clairement le meilleur film de Ridley Scott depuis vingt ans. Par la suite, la série aura du mal à égaler cet incroyable postulat de départ, brûlant ses cartouches trop vite pour diluer après son scénario au cours d'une saison plus conventionnelle dans sa narration. Néanmoins, une constante demeure : celle de personnages androïdes qui font probablement parti des meilleures incarnations de cette icône de la science fiction, tout médiums confondus; à ce titre, l'acteur Abubakar Salim trouve un équilibre incroyable entre l'automatisme de son personnage et l'empathie pourtant immédiate qu'il suscite, clairement la révélation de la série pour moi.
A partir de là, je me suis laissé complètement embarquer dans une Lore maitrisée de bout en bout, des personnages pétris de contradictions et jamais gravés dans le marbre et un apprentissage douloureux de l'humanité et ses imperfections autant pour les enfants de la nouvelle terre que de leurs gardiens prétendument passifs. Un peu comme Battlestar Galactica en son temps, c'est la science fiction que j'affectionne mais dans un registre très différent et où je suis dès lors enclin à pardonner bien plus facilement tous ses défauts de conception; que ce soit les limites évidentes du budget, un Travis Fimmel une énième fois en roue libre dans le rôle d'un fanatique et les codes de la science fiction réaliste où le noir, le blanc et le gris se battent en duel dans tout l'univers. Pourtant, contrairement aux Dunes assez austères de Villeneuve, je trouve qu'il y a malgré tout une vraie générosité en matière d'imaginaire et des questionnements existentiels abordés avec sincérité et sans prétention auteuriste. Au point où je serais clairement prêt à signer avec cette équipe pour une adaptation même cheapos d'Hypérion; avec ces gars là aux commandes, le matériau originel serait respecté. Parce que oui, ça reste aussi de la science-fiction qui n'a pas peur de déranger son public, lorgnant parfois presque vers un Body Horror salvateur après la purge d'Alien Earth.
Malheureusement, il semblerait qu'après Scavenger Reigns, il y a une véritable malédiction sur les séries de science fiction ambitieuses et annulées trop tôt. La série n'avait clairement pas anticipé cet arrêt soudain et la saison 2 s'achève ainsi sur un rebondissement introduisant les péripéties à venir; néanmoins, on ne regrette pas le visionnage pour autant, même si l'histoire devait demeurer inachevée.
Donc faîtes moi plaisir; oubliez Dune Prophecy et laissez plutôt sa chance à cette série qui en avait bien besoin. :p