Cette série suédoise imagine un présent uchronique, où la société intègre des androïdes (faillibles) principalement pour effectuer les tâches ménagères. Or, tout le monde n’apprécie pas la présence, ni l’assistance apportée par ces faux humains. Alors qu’une frange de la population est hostile à ces machines serviables, certains androïdes dépassent leur programme et rêvent d’émancipation. En pleine crise existentielle, ils sont en quête de reconnaissance de leur individualité. Évidemment, Asimov est cité ; ce qui n’empêche pas la reprogrammation illégale de ces cerveaux électroniques, ainsi que quelques complots d’organisations gouvernementales.
Entre révolte humaine et révolte robotique, le scénario est dans la continuité d’un Black Mirror, dans le sens où il va questionner notre rapport à l’évolution technologique et ses possibles conséquences pour la société. Ainsi, les thèmes abordent le remplacement de l’homme (au travail), les relations (amoureuses, sexuelles) avec ces êtres mécaniques, dénués de sentiments, ou encore le transhumanisme, et la numérisation de la conscience. Les 20 épisodes poussent le vice humain dans l’utilisation des androïdes pour leur plaisir sadique, et souvent immoral. Cependant, l’aspect sociétal au sens large (mondial) est peu présenté ; le scénario se cantonne au regard éthique de quelques personnes. La deuxième saison amène une sous-intrigue complémentaire de virus et s’enlise un peu dans une trame à tiroir (parfois proche du nanar) qui lui fait perdre son élan. Malheureusement, l’annulation de la série nous laisse avec un finale décevant sur les bras.
C’est dommage, tant l’œuvre parvenait à se faufiler entre les genres (SF d’anticipation, techno-thriller, comédie) et se nimbait d’une atmosphère mystérieuse, presque surréaliste, malgré une mise en scène secondaire. Il faut surtout louer les acteurs interprétant les androïdes pour leurs mouvements mécaniques, leur maquillage plus rigide, et le jeu adapté à l’ancienneté du modèle. L’uncanny valley est clairement présente et de nombreuses scènes partagées avec ces humains dans la machine créent le malaise recherché. L’écriture exploite totalement cette ambivalence qui fait évoluer certains personnages diamétralement. Malgré ses imperfections et une exécution parfois simpliste de la complexité de sa thématique, cette production suédoise complète et abreuve excellemment les dilemmes moraux et sociétaux initiés par plusieurs épisodes de Black Mirror.