Remontada
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Remontada

Websérie YouTube (2020)

Six ans d'existence. Presque cent vidéos produites. 250 000 abonnés. 45 millions de vues cumulées. Partenaire officiel de la Ligue 1... Voilà ce qu'est devenue la chaîne Remontada en cette veille de Coupe du Monde 2026...

Et pourtant, malgré ça, pas de fiche sur SensCritique. Il a donc fallu que je la crée avec mes petits doigts pour ensuite poster mon billet à son sujet. Voilà qui, selon moi, est déjà révélateur de quelque chose...


C'est d'autant plus révélateur que, jadis, quelqu'un avait déjà créé ladite fiche. Les notes commençaient déjà à s'y agréger mais, soudain – pschitt ! Disparition ! – la chaîne s'est faite purger par l'équipe de modérateurs. Éviter de surcharger la base de données avec des contenus insignifiants et sans dimension culturelle intrinsèque : voilà la raison régulièrement invoquée par l'équipe d'admin pour justifier cet écrémage régulier. Et si c'est une raison qui peut certes s'entendre, ça reste néanmoins une raison qui en dit long.

Parce que, d'accord, il y a encore quelques années, Remontada ne pesait pas encore autant qu'elle pèse aujourd'hui, mais à cette époque déjà, il existait sur le site de nombreuses chaînes plus petites et plus récentes qui n'ont pas vu leur fiche disparaître. Difficile de ne pas y voir une forme de mépris à l'égard d'un contenu dont le ressort premier est de faire des sketchs potaches autour du monde du football.


Sketchs. Potache. Football.

Je pense qu'il n'y a pas besoin de chercher bien plus loin.

Et c'est vrai qu'à première vue – et surtout si on s'attarde sur leurs anciennes vidéos – on serait en droit de ne voir dans leur production qu'une bande de potes qui s'amusent et qui se filment en train de faire des blagues. Et c'est vrai qu'à la base, c'est ça Remontada. Des potes qui s'amusent et qui se filment en train de faire des blagues.

Et parfois, je le concède, ça peut être bien gras.


Seulement voilà, à y regarder de plus près, considérons quelques faits.

Déjà, Remontada, c'est ce qu'on appelle dans le jargon un « format » ; d'aucun diraient un « format catalogue ». La vidéo est écrite, montée, tournée comme un épisode unitaire. Il a son sujet, son propos, sa consistance propres. Ce n'est pas du stream jetable ou une capsule de commentaires en face cam de l'actualité brûlante qui perd tout son intérêt 48 heures après la production dudit contenu.

Non, un épisode de Remontada peut se voir et se revoir même plusieurs années après, à la façon d'un de ceux produits par le Joueur du Grenier.

Ça dure vingt minutes en général et il n'en sort qu'un tous les mois : le genre de démarche qualitative qui se fait rare, de nos jours, sur la plateforme.


Et l'air de rien, même s'il y a encore un petit côté roots dans les moyens mobilisés, je trouve qu'il y a une vraie qualité d'écriture qui se dégage de cette chaîne.

La blague, c'est toujours déconsidéré par le modèle culturel dominant, alors que ça nécessite un sacré savoir-faire. C'est d'autant plus technique que pas mal de blagues reposent sur des références culturelles qui sont parfois propres au public ciblé.

Par exemple, voir la tronche de Vincent Kompany apparaître sur le front d'un gros Airbus, moi, ça m'a fait rire. Mais bon, si tu ne connais pas Vincent Kompany – et surtout si tu ne saisis pas quel état d'esprit de gamin de six ans permet d'expliquer pourquoi sa tronche s'est retrouvée soudainement à poper sur cet avion – eh bah la blague t'échappe.


Malgré tout – et pour l'avoir testé sur quelqu'un qui ne suit pas trop le foot – eh bah l'humour Remontada, ça reste cependant assez inclusif.

Parce que, sur ce point-là aussi, on sent que le format est réfléchi. Les petites private jokes sont glissées çà et là, mais les blagues au cœur d'une scène sont généralement accessibles au plus grand nombre. C'est qu'avec Remontada, le foot n'est jamais traité ex nihilo. Ça retrace l'histoire des clubs, la particularité des pays de certains championnats exotiques comme ça peut parfois simplement relatées des anecdotes parfois incongrues liées au monde du ballon rond. Rajoutez à ça la bonne humeur communicative de cette bande de joyeux drilles (notamment celle de Sylvain Cocco, que je trouve formidable dans chacune de ses apparitions) et on a déjà là une bonne base pour apprécier Remontada et la considérer comme un produit culturel de son temps ; légitime à être reconnu comme tel.


Mais l'intérêt de Remontada ne s'arrête clairement pas là.

J'aurais même envie de dire qu'on n'en a pour le moment abordé qu'un aspect plus que superficiel.

Parce que, comme annoncé juste au paragraphe précédent, au-delà des blagues, il y a aussi les sujets abordés. Et, aussi surprenant cela puisse paraître, mais c'est souvent passionnant.

Vous croyez par exemple qu'un épisode sur le Championnat de Gibraltar n'est qu'un prétexte à faire des blagues sur le fait qu'il y a à peine la place pour construire, une ville, un aéroport, un stade et devoir en plus cohabiter avec des singes sauvages ? Bon alors oui, bien sûr qu'ils vont faire des blagues là-dessus, nos petits gars de Remontada, mais à côté de ça, ils vont aussi se demander à quoi ça ressemble un championnat national dans une enclave aussi petite. Quels en sont les clubs ? Comment organiser les journées de championnat alors qu'il n'y a que deux stades ? Pourquoi ne pas avoir fait un seul club qui jouerait dans le grand championnat voisin comme Monaco en France ?

Et voilà comment à partir de questions purement footballistiques, on en vient à se pencher sur les relations entre l'Espagne et le Royaume-Uni au sujet de l'enclave, qu'on discute de géopolitique de football, de règlements des instances européennes, de l'attractivité d'un certain type de joueurs pour ce championnat dans lequel les clubs historiques n'ont parfois été fondé que par des piliers de bar...

Oui oui, passionnant vous disais-je...


Et dites-vous qu'il y a des épisodes sur le foot en Corée du Nord ou au Vatican. Dites-vous qu'on se penche aussi, sur cette chaîne, sur les championnats (un temps) émergents comme la Chine ou la MLS. Et à chaque fois, l'épisode ose aller dedans et n'élude aucun sujet.

J'en connais quelques-uns des amoureux du ballon rond qui regardent Remontada et, dans tous les cas, aucun de ceux-là ne se matent un épisode tout seul ! Chacun a toujours réussi à faire en sorte que quelqu'un dans son entourage se laisse prendre et se mette à suivre la chaîne avec un réel intérêt alors que le football n'était pas nécessairement un sujet pour eux.


Mais là où, moi, ils me parlent particulièrement les petits gars de chez Remontada, c'est qu'au bout du compte, ils ne parlent pas de n'importe quel football. Alors bien sûr, des fois ça parle des grosses cylindrées et des du ballon rond, mais l'essentiel du temps, Remontada, ça parle surtout du football de seconde zone.

Pour exemple, le présentateur de l'émission, Guilhem Renaudin, il est supporter de l'Espérance sportive Troyes Aube Champagne. Et on n'est pas supporter de « l'Estac » parce qu'on s'intéresse vite fait au foot. Supporter l'Estac, c'est supporter un club qui passe son temps à faire l'ascenseur entre la Ligue 1 et la Ligue 2, c'est aller au stade pour parfois enchaîner des records de défaites, c'est voir tes meilleurs joueurs partir au bout de six mois... Bref, c'est s'intéresser au fait d'aimer le football pour d'autres raisons que ceux qui supportent le PSG, le Real ou le Barça.


Dans Remontada, il y a un vrai goût, non pas du puriste, mais de celui pour qui le foot c'est aussi et surtout une forme de sociabilité, un folklore, l'expression d'une identité. Aussi, les success story dont on parle, c'est l'élimination du Barça par le FC Metz, c'est l'épopée de l'En Avant Guingamp jusqu'en quart de finale de Coupe d'Europe, voire même tout simplement la victoire du FC Gueugnon en coupe de la Ligue face au PSG.

Mais surtout, Remontada c'est la chute et la reconstruction du RC Strasbourg Alsace ; mais c'est aussi c'est la chute et la reconstruction de SC Bastia ; et c'est enfin la chute et la reconstruction du FC Sochaux Montbéliard...

Remontada, c'est le goût du « football des petits » ; ce football familial qui essaye de résister au football business. C'est la glorification du « Assaf, casse-toi ! », ce sont des vers narrés en l'honneur des stades mal branlés, c'est le chambrage loué quand celui-ci est bon-enfant...


L'air de rien, il y a une vraie cohérence d'ensemble à tout ce programme. Forme comme fond, tout est une déclamation d'amour aux petits ; aux vrais.

Ce sont des petits gars de Youtube qui célèbrent les petites choses jolies du petit football.

Et derrière une blague bien grasse ou un gag absurde, un épisode nous invite parfois à contempler l'émerveillement a jouer un match dans des paysages insolites dans les îles Féroé, à s'émerveiller d'une solidarité construite autour d'un club qu'on ne veut pas voir couler ou bien tout simplement s'enthousiasmer une belle aventure humaine, quand bien même s'arrête-t-elle en quart de finale ; quand bien même ne se limite-t-elle qu'à un seul match ; quand bien même ne concerne-t-elle qu'une équipe d'un échelon inférieur.


En cela, Remontada joue pleinement sa part d'objet culturel, sur toutes ses dimensions. Non seulement il parvient à se faire le porte-parole d'une certaine culture populaire, mais en plus il le fait sous une forme qui en est la directe émanation et qui parvient à la retranscrire et la transposer sur pas mal d'aspects.

C'est en cela que Remontada comble un vide et porte en lui un pan de la culture populaire.

Une culture aussi légitime qu'une autre, quand bien même se joue-t-elle sur des terrains davantage méprisés et moins mis en lumière.

Parce que, pour Youtube comme pour le foot, ce n'est pas forcément la débauche de moyens et les productions cliniques qui me bottent le mieux, parfois je leur préfère bien plus les beaux collectifs qui savent mettre leur envie au service du beau jeu...

Créée

le 9 juin 2026

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