Voilà un animé qui ne cache pas son identité par un premier épisode aguicheur. Jusqu'au dernier souffle, la trame proposée est développée de jolie façon, sans sorties de pistes.
Nous sommes dans un animé qui ne cesse de faire des va-et-vient dans le temps, dans un tempo assez lent qui sera gage de compréhension. Ajoutons à cela une impression de pesanteur, peu engageante au premier abord, pour la mise en place du propos à caractère philosophique.
Les mécanismes alambiqués de l'animé peuvent être pris en défaut, évidemment. Pour autant, le résultat me semble constamment riche et d'envergure. Le spectateur est touché, avant même que la supériorité intellectuelle du héros soit consolidée (formule qui prend à revers le Shōnen type). J'aurais envie de citer "Classroom of the Elite", dans ses deux premières saisons et sous un prisme différent, qui propose un entre-deux assez intéressant.
Je trouve cela assez rassurant que l'animé ne se fasse pas descendre par une tripotée de glandeurs, qui n'ont pas vu la fin du premier épisode. Comme une preuve que malgré sa forme relativement singulière pour de la japanim, il est difficile d'affirmer qu'il vise à côté de son sujet exigeant. Le fait que ce soit à la base un roman "light novel" explique le soin qui est apporté à l'écriture en général.
Chaque épisode va ouvrir en vous tant de questionnements. C'est pour cela qu'il faut être en phase, avant de se plonger dans ce récit. Et aussi éviter d'oublier les épisodes précédents, pour ne pas épaissir le brouillard. Les respectables esprits cartésiens "au sens pas noble du terme" (grosso modo, la bêtise populiste ambiante), peuvent retourner voir Squid Game à la place... (pas encore vu ce truc)
La forme choisie est plutôt en adéquation avec le propos. Peu de propension au "magnifique" (Terrence Malick, mon amour), des personnages aux travers profondément proches du spectre autistique, une focalisation fidèle à nos deux protagonistes, aucun élément distrayant inutile, un fan service réduit à sa peau de chagrin (snif), etc. Bref, de la sobriété, là où une explosion des sens avait tout son potentiel.
Mon explication, est qu'un approfondissement de chaque scène et dialogue nous montre un verre déjà bien rempli (pour mon petit cerveau, du moins). En ce sens, l'animé ne respecte pas le cahier des charges d'une forme de transcendance visuelle et sonore, propre à cet art. On peut y relever sa volonté de démocratiser des sujets borderline, philosophiquement parlant (potentiellement déstabilisant pour un ou une adolescente en construction, même un adulte d'ailleurs).
Sa qualité première est donc de ne pas tromper le public sur sa marchandise audacieuse. Son autre qualité est de mettre en place, de façon ordonnée et captivante, une réflexion d'ordre métaphysique sur la question essentielle (pour certains) du sens de l'incarnation de l'être humain, ici-bas. Je peux donner dix autres sujets que l'animé porte; c'est celui-ci qui a fixé mon attention par la spécificité même de la civilisation japonaise.