Scavengers Reign est une série d’animation américaine qui parvient à transmettre, de son enveloppe artistique 2D simple, des plans extrêmement évocateurs, empreints d'une essence SF subjuguante. On y suit les rescapés d'un vaisseau de marchandise échoué sur une planète alien qui pullule de vie et d'étrangeté. Les environnements extraterrestres sont aussi intrigants que magnifiques, bénéficiant d'une colorisation pastel harmonieuse et d'une excentricité de mise en scène qui rappelle régulièrement le dessin de Jean Giraud. On peut également rapprocher les fantastiques séquences visuelles d'un Lastman et la place laissée à la contemplation, aux cadres sur ces faune et flore à la fois poétiques et hostiles, à un Primal. Les dialogues sont effectivement minimalistes, laissant l'animation s’exprimer, notamment grâce à un sound design abondant et une musique électronique partagée entre émerveillement et terreur insondable, façon Disasterpeace. D'autres partitions, liturgiques, dignes de Philip Glass, accompagnent des séquences de pur enchantement au cœur de cette nature alien symbiotique.
Faisant penser à certains plans d'Annihilation, Made in Abyss, ou encore Nausicaä, la série plonge régulièrement dans l'exo-body horror, présentant des créatures incongrues et psychédéliques qui, à chaque épisode, repoussent les limites de l'ésotérisme. Ainsi, les réalisateurs transmettent parfaitement le ressenti des naufragés qui tentent de se familiariser et interagir avec cet environnement cherchant à les assimiler et altérant totalement leur condition. Malgré la richesse présentée sur cette première saison, et les nombreux concepts de planet opera et SF psychologique mis en image, l'univers foisonnant de Scavengers Reign semble regorger de surprises encore. Par ailleurs, les 12 épisodes de 25min ne concluent pas l'histoire, mais apportent une finalité à ce premier chapitre de survie explorative, tout en dessinant les bases d'une continuité plus space opératique, et aux prémisses alléchantes.