La genèse d’un mythe télévisuel
Pense à Lassie ; pense à Milou ; pense à John Wayne
À bord d’une camionnette bringuebalante, quatre jeunes gens accompagnés d’un imposant chien, aussi pleutre qu’attachant sillonnent le pays et visitent demeures hantées et lieux mystérieux où se manifestent des apparitions prétendument surnaturelles.
I. Une atmosphère gothique inégalée
Contrairement aux itérations postérieures, sensiblement plus bariolées et légères dans leur propos édulcoré, cette série originale de 1969 se distingue, avec une singularité que le temps n’a jamais démentie, par une ambiance que les générations successives n’ont jamais tout à fait su retrouver ni égaler. Les arrière-plans, peints à la main avec un soin méticuleux et une patience monacale — manoirs délabrés et croulants, marécages embrumés et fangeux, parcs d’attractions désertés et livrés aux toiles d’araignée —, instaurent un authentique climat gothique, où l’inquiétude feutrée le dispute sans relâche à la fantaisie la plus débridément enfantine.
II. Une vertu pédagogique dissimulée sous le divertissement
Le programme, sous ses dehors purement récréatifs et anodins, enseignait avec une ludicité appréciable et une constance méritoire que le surnaturel demeure une pure illusion, forgée de toutes pièces par des intérêts fort terrestres et bassement matériels. Les monstres et spectres se révèlent invariablement des adultes cupides, des promoteurs immobiliers totalement dépourvus de scrupules ou des escrocs locaux dissimulés sous d’effrayants oripeaux et de grimaçants masques. La résolution de chaque intrigue repose ainsi, avec une constance rassurante, sur la logique déductive la plus rigoureuse, la curiosité intellectuelle la plus vive et l’esprit de cohésion collective — vertus dont l’inculcation, subtile et jamais pesante ni moralisatrice, mérite un hommage appuyé.
III. Une distribution de personnages harmonieusement complémentaire
L’équilibre savamment orchestré entre la rigueur cartésienne de Véra, l’autorité tranquille et bienveillante exercée par Fred et Daphné, et la bouffonnerie irrésistiblement attendrissante du duo formé par Sammy et Scooby, fonctionne avec une belle et constante efficacité, chacun des protagonistes trouvant sa juste et légitime place au sein de cette mécanique commune admirablement bien huilée.
IV. Un vivier de suspects trop restreint
Il faut néanmoins déplorer, avec une franchise que la bienveillance n’interdit point, un nombre de coupables potentiels bien trop souvent réduit à sa plus simple expression, circonstance fâcheuse qui prive quelque peu le spectateur le plus perspicace du plaisir authentique de véritablement mener l’enquête, l’identité du fautif se laissant deviner avec une facilité presque déconcertante, voire décevante.
V. Une structure narrative d’une répétitivité assumée
La construction de chaque épisode obéit invariablement, avec une rigidité quasi mécanique, à un canevas identique et immuable : panne ou détour fortuit de la camionnette bringuebalante, rencontre avec la créature menaçante de circonstance, quête minutieuse d’indices révélateurs, poursuite burlesque et échevelée, piège savamment tendu par Fred et démasquage final du coupable dûment confondu. Cette formule invariable, si elle donne à la série une reconnaissance instantanée et une identité forte, finit également par instaurer une prévisibilité tenace que l’on pardonnera néanmoins volontiers, et sans grande difficulté, à une œuvre résolument pionnière en son genre.